À Beaune, le Festival international d’opéra baroque déploie une 44e édition plus vivante que jamais
- Emmanuel Rials

- 28 juin
- 4 min de lecture
À Beaune, en Côte-d’Or, la musique baroque investit à nouveau l’été. Du 3 au 26 juillet 2026, la 44e édition du Festival international d’opéra baroque de Beaune s’installe dans la ville avec dix-huit concerts et opéras répartis sur quatre week-ends. Cet événement emblématique se déploie dans des lieux historiques tels que les Hospices, la basilique Notre-Dame, le théâtre municipal, la Lanterne magique et diverses chapelles, combinant patrimoine architectural et musique ancienne pour une expérience unique.
Un héritage pionnier de la redécouverte baroque
Né il y a plus de quarante ans au cœur du mouvement de redécouverte de la musique baroque, le festival est l’un des plus anciens en France dédiés à ce répertoire « d’avant Mozart », comme le souligne son directeur Maximilien Hondermarck. Dans les années 1960 et 1970, un réveil passionné a permis de renouer avec les pratiques musicales du XVIIe et XVIIIe siècles, redonnant vie à des instruments anciens, joués avec des archets et cordes en boyaux, et à une interprétation plus fidèle des œuvres historiques.
Ce renouveau a nourri la création du festival qui a su attirer au fil des décennies de grandes figures européennes de la scène baroque et bâtir une réputation internationale solide, attirant annuellement un public passionné et érudit.
La thématique 2026 : « L’Au-delà », entre mémoire et mystère
Cette 44e édition s’articule autour d’une thématique saisissante : « l’Au-delà ». Les œuvres proposées explorent les grandes questions du temps, de la mort et des frontières invisibles, mêlant profondeur spirituelle et musicalité. Ainsi, des chefs-d’œuvre comme le Actus tragicus de Bach ou le Stabat Mater de Pergolèse dialoguent avec un « Requiem imaginaire » consacré à l’empereur Charles Quint, offrant au public une promenade entre émotion et réflexion historique.
Concert phare : « L’Épée et le lys » et la fusion des arts
Le festival met aussi en lumière le patrimoine local à travers un fascinant parcours musical inspiré du polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, conservé aux Hospices. Le concert L’Épée et le lys, conçu par la formation britannique Fount & Origin sous la direction de James Tomlinson, invite les spectateurs à un voyage sonore au temps des ducs de Bourgogne (XVe siècle). Cette création audacieuse mêle chant et instrumentaux reflétant les quinze panneaux du retable, concluant en beauté cette édition dans un lieu chargé d’histoire.
Un laboratoire avant-gardiste pour la scène baroque
Au-delà de sa riche programmation, le festival se veut un véritable laboratoire pour la musique baroque. En 2025, près de 4 744 spectateurs ont assisté à 37 événements réunissant 437 artistes dans six lieux différents, avec une forte audience internationale (20 % du public vient de l’étranger).
Pour 2026, les nouveautés s’enchaînent : ouverture récente des chapelles des Jacobins et de la Charité pour accueillir des concerts intimistes, arrivée du théâtre municipal et de la salle de musiques actuelles La Lanterne magique, où un spectacle familial inédit Peau d’Âne est proposé, mêlant récit et violes de gambe dans une mise en scène fidèle à l’époque de Charles Perrault.
L’Avare de Gasparini : premier opéra baroque mis en scène à Beaune
La grande innovation de cette édition est la présentation pour la première fois d’un opéra baroque de manière scénique : L’Avare de Francesco Gasparini, un intermezzo en trois actes créé en 1720 inspiré de Molière. La mise en scène confiée à Théophile Gasselin, sous la direction musicale de Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème Harmonique, investit le théâtre municipal, offrant une expérience immersive avec décors baroques, costumes d’époque et orchestre en fosse. Une première à Beaune qui témoigne du dynamisme et de la volonté de renouvellement du festival.
Des expériences culturelles enrichies et ouvertes à tous
Le festival ne se limite pas à la musique : il propose également des visites musicales chantées pour découvrir la ville autrement, des conversations avec artistes chaque samedi, ainsi que des dégustations de vins et dîners dans les lieux emblématiques comme les Hospices et l’Union des maisons de vins de Grande Bourgogne. Cette symbiose entre musique, patrimoine architectural et culture viticole fait partie intégrante de l’identité du festival et de son attrait singulier.
Accessibilité et dynamisme touristique
Les tarifs raisonnables, allant de 10 euros pour les moins de 18 ans à 140 euros pour certaines productions, visent à favoriser un large public, des mélomanes expérimentés aux familles curieuses. La municipalité et les acteurs locaux voient dans le festival un levier majeur pour attirer des visiteurs européens tout en offrant aux habitants une redécouverte culturelle de leur ville.
Enjeux et perspectives pour une édition majeure
À l’heure où les festivals doivent concilier exigence artistique et ouverture, Beaune mise sur un équilibre entre grandes productions lyriques, événements intimistes, propositions familiales et valorisation de son patrimoine. Le pari de l’opéra mis en scène, de nouveaux lieux et d’une thématique forte promettent de renforcer la renommée internationale du festival tout en renouvelant l’expérience des festivaliers.
Les réservations ouvertes en ligne dessineront les premiers signes de l’engouement, avant que, durant tout le mois de juillet, la musique baroque ne résonne dans les cours, chapelles et salles historiques de Beaune, ravivant la passion des mélomanes et invitant chacun à un voyage musical hors du temps.



