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À Cluny, le festival D’Aujourd’hui à Demain réinvente Beethoven et Kagel avec « Traduttore, traditore ? »

Le 5 juillet 2026 à 20 heures, le Farinier de l’abbaye de Cluny, joyau patrimonial en Saône-et-Loire, sera théâtre d’un concert unique réunissant l’héritage de Beethoven et l’audace artistique de Mauricio Kagel. Ce rendez-vous, organisé dans le cadre du festival de musique contemporaine D’Aujourd’hui à Demain, s’intitule « Beethoven–Kagel : Traduttore, traditore ? » et se compose d’un programme double mêlant une relecture de la célèbre Symphonie héroïque de Beethoven sur instruments historiques et la création d’une version inédite de Ludwig van, œuvre emblématique du compositeur argentin d’origine allemande.

Un avant-goût du bicentenaire de Beethoven en 2027

Alors que 2027 marquera le bicentenaire de la mort de Ludwig van Beethoven, le festival clunisois choisit de devancer les célébrations en plongeant dès 2026 dans les questionnements modernes sur l’interprétation et la réinvention de l’œuvre du compositeur. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de nourrir le dialogue entre répertoire classique et création contemporaine, notamment en interrogeant comment nous écoutons, jouons et revisitons aujourd’hui l’héritage d’une figure aussi monumentale.

Le festival D’Aujourd’hui à Demain : un carrefour entre patrimoine et innovation

Créé il y a un quart de siècle, le festival D’Aujourd’hui à Demain s’est affirmé comme un rendez-vous incontournable de la musique contemporaine en Bourgogne. Sa 25e édition, qui se déroulera du 5 au 11 juillet 2026, réunira 46 musiciens lors de sept concerts aux programmes variés, dans des lieux emblématiques comme l’abbaye bénédictine de Cluny et son Farinier. L’acoustique exceptionnelle de ce dernier, ainsi que son ambiance intimiste, en font un écrin idéal pour une programmation qui mêle répertoire historique et œuvres expérimentales.

Une journée dédiée à Mauricio Kagel et son œuvre Ludwig van

Le concert du 5 juillet constitue l’aboutissement d’une journée entière centrée sur Ludwig van, une œuvre complexe et multidimensionnelle créée en 1970 par Mauricio Kagel pour commémorer le bicentenaire de la naissance de Beethoven. Cette œuvre, à mi-chemin entre film, collage sonore et pièce musicale, déconstruit avec ironie et intellect la vénération quasi religieuse entourant Beethoven au XXe siècle.

Au programme : un colloque réunissant musicologues et interprètes, suivi de projections ouvertes au public et d’une immersion musicale où se confronteront instruments anciens et nouvelles technologies, grâce à un brillant quintette baroque, un quatuor amplifié et de jeunes virtuoses issus du Projet Strophes.

« Traduttore, traditore ? » : l’interprète entre fidélité et trahison

Le titre donné au concert, « Traduttore, traditore ? », reprend avec légèreté une expression italienne signifiant « traducteur, traître ». Cette formule illustre la tension éternelle entre le texte original et son interprétation : en musique, l’interprète trahit-il toujours l’intention originelle du compositeur lorsqu’il adapte, rejoue ou réinterprète une œuvre ? Mauricio Kagel, dont les compositions mêlent souvent critique et jeu avec les codes, semblerait répondre que cette trahison est inévitable, et même nécessaire.

La Symphonie « Héroïque » revisitée pour instruments anciens

La première partie du concert mettra à l’honneur la Symphonie n°3 en mi bémol majeur, dite « Héroïque », dans une transcription pour instruments historiques réalisée par le harpiste et arrangeur Sylvain Blassel. Cette version resserrée mobilisera cinq musiciens spécialistes des instruments d’époque pour restituer l’œuvre majeure de Beethoven sous un angle plus intimiste, tout en conservant son ampleur dramatique et sa puissance expressive.

Cette approche permet non seulement de proposer une nouvelle lecture de cette symphonie fondatrice, mais aussi d’illustrer la nature même de l’interprétation musicale, où chaque exécution est un compromis entre respect du texte et empreinte personnelle.

Une nouvelle vie pour Ludwig van, œuvre phare de Mauricio Kagel

La seconde partie proposera une version inédite et immersive de Ludwig van, mêlant musique, performance et technologies sonores actuelles. Cette œuvre, souvent décrite comme un « méta-collage », questionne la commémoration de Beethoven par la société moderne, en particulier le fétichisme entourant sa figure.

A Cluny, cette nouvelle mouture convoque un dialogue entre passé et présent, associant instruments baroques et amplifications contemporaines, jeunes talents et musiciens confirmés, revisitant ainsi le rapport entre musique et mémoire.

Un dialogue ouvert entre générations et disciplines

Le festival ne se contente pas d’exposer des œuvres : il crée une passerelle dynamique entre des générations d’interprètes, entre musicologues et publics, entre création et héritage. En intégrant la participation du Projet Strophes, dispositif d’accompagnement de jeunes musiciens, cette initiative valorise la transmission et la pérennité du questionnement artistique.

Un contexte international de célébrations Beethoveniennes

Alors que de nombreuses institutions européennes, notamment Boosey & Hawkes et le Théâtre du Châtelet à Paris, programment des cycles dédiés à Beethoven pour le bicentenaire de sa mort en 2027, ce concert à Cluny s’inscrit dans une mouvance plus globale. Il remet en question la simple commémoration pour favoriser une introspection sur la manière dont Beethoven continue d’influencer et d’inspirer la création musicale aujourd’hui.

Le Farinier, un écrin patrimonial au service de la musique

Le choix du lieu, le Farinier de l’abbaye de Cluny, participe pleinement à l’expérience. Connu pour son acoustique remarquable et son atmosphère chargée d’histoire, il offre un cadre parfait pour une rencontre où mémoire et modernité s’entrelacent. Ce lieu a prouvé son succès lors d’événements antérieurs comme le festival des Grandes Heures de Cluny, témoignant de la forte affluence d’un public amateur et curieux.

Conclusion : entre fidélité et renouveau, faire vivre Beethoven aujourd’hui

Au-delà d’un simple concert, « Beethoven–Kagel : Traduttore, traditore ? » propose une réflexion profonde sur l’interprétation, la mémoire et la créativité. Cette soirée met en lumière que fidélité à une œuvre ne signifie pas répétition mécanique, mais ouverture à la réinvention et à la trahison poétique. À Cluny, le 5 juillet 2026, sous les voûtes du Farinier, le public est invité à une écoute renouvelée, entre les éclats héroïques de la Troisième symphonie et les déformations audacieuses de Ludwig van, symbole d’un héritage vivant et en constante réinvention.

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