Cendrillon, un opéra familial pour ouvrir en musique le 46e Festival de Saint‑Céré dans le Lot
- Emmanuel Rials

- 25 juil.
- 5 min de lecture
Le Festival de Saint-Céré s’apprête à retrouver son public dans le Lot, du 26 juillet au 7 août 2026, pour sa 46e édition placée sous le signe de l’opéra et des formes musicales inventives. Pour l’ouverture, dimanche 26 juillet 2026, l’équipe de ScénOgraph, qui porte le festival, a choisi de mettre en avant Cendrillon, l’opéra de Pauline Viardot, dans une version revisitée et destinée à toute la famille.
Deux représentations sont programmées dans la journée, à 11 heures et à 18 heures, au Théâtre de l’Usine à Saint-Céré, suivies d’un bal ouvert au public dans la cour du théâtre, prolongeant la soirée dans une atmosphère festive. La veille, samedi 25 juillet à 10 h 30, un café-rencontre gratuit permettra aux spectateurs de dialoguer avec les artistes et de découvrir les coulisses de cette création, une première occasion d’en apprendre davantage sur cette œuvre rare.
Un choix d’œuvre singulier pour une identité forte
Ce choix d’une œuvre comme Cendrillon pour ouvrir le festival s’inscrit dans l’histoire singulière de Saint-Céré, qui a fait de l’opéra et du théâtre musical son identité depuis le milieu des années 1980. Porté par ScénOgraph, scène conventionnée d’intérêt national, le festival s’attache depuis plusieurs années à conjuguer patrimoine et création, investissant châteaux, cours et théâtres du nord du Lot, tout en travaillant la médiation culturelle auprès des publics locaux.
Programmée dans un territoire rural, cette manifestation entend rendre l’art lyrique accessible à un large public, avec des spectacles délibérément conçus pour être vus en famille. Le choix de Pauline Viardot, figure majeure du XIXe siècle musical longtemps restée dans l’ombre de ses contemporains masculins, participe aussi de cette volonté de faire découvrir un « joyau méconnu », selon l’équipe artistique de la Co[opéra]tive, à l’origine de cette nouvelle production.
Pauline Viardot et son Cendrillon : un opéra méconnu à redécouvrir
Pauline Viardot (1821-1910), mezzo-soprano et compositrice d’exception, a marqué le XIXe siècle par sa double carrière d’interprète et de créatrice. Issue d’une famille d’artistes, elle fut une figure charismatique de la vie musicale européenne. Pourtant, ses œuvres composées restent trop souvent méconnues du grand public.
Cendrillon est un opéra-comique écrit à la fin de sa vie, autour du célèbre conte de Charles Perrault. Initialement pensé pour un effectif réduit et un cadre intime, il mêle légèreté mélodique et finesse d’écriture. La partition illustre à la fois l’élégance romantique et une subtile modernité dans sa narration musicale.
Une version revisitée et engagée
Le spectacle présenté à Saint-Céré conserve les éléments incontournables du récit – la citrouille transformée en carrosse, les demi-sœurs malveillantes, la fée bienveillante, le bal où tout se joue – mais propose une lecture plus contemporaine et sociale. L’héroïne, accablée par l’injustice, ne se contente plus de subir son sort : elle se tourne vers « les damnés de la terre », ces oubliés et laissés-pour-compte auxquels elle tend la main.
Le Prince, quant à lui, est dépeint comme un personnage en quête d’authenticité, cherchant son âme sœur non pas dans la splendeur du palais, mais déguisé en mendiant, au contact de celles et ceux qui vivent loin des privilèges. Cette mise en scène humaniste et sociale offre une nouvelle lecture du conte, qui résonne avec les questionnements actuels sur l’égalité et la justice.
La Co[opéra]tive : un collectif dynamique pour un opéra vivant
Cette création est portée par la Co[opéra]tive, un collectif d’opéra constitué de plusieurs structures de production et diffusion qui mutualisent leurs moyens pour créer et faire circuler des œuvres lyriques sur le territoire français. Invité régulier du Festival de Saint-Céré, ce collectif revendique un opéra « pétillant » et accessible à tous, enfants comme adultes.
La scénographie joue avec les codes du conte, tout en ancrant l’action dans une réalité proche du spectateur d’aujourd’hui. Les chanteurs et musiciens adaptent la partition de Viardot à un format convivial et léger, aisément transportable, ce qui permet à la production d’être reprise dans d’autres villes françaises. Ainsi, la création verra une vie au-delà de la première au festival.
Une soirée festive pour prolonger la magie
Après les représentations de 11h et 18h, le public est invité à rester pour un Bal’Ograph dans la cour du Théâtre de l’Usine. Cette soirée dansante, accompagnée de musique live, transpose l’univers du spectacle dans un bal populaire, où chacun peut incarner un prince ou une princesse moderne, dans une ambiance ludique.
Initiative originale de ScénOgraph, ce bal vise à estomper la frontière entre artistes et public, transformant la sortie en spectacle en un moment de convivialité partagée, un moment ancré dans la tradition festive du festival, mais également son renouvellement.
Médiation culturelle et ouverture au public
Le samedi 25 juillet à 10h30, le café-rencontre au Bistrot du Théâtre de l’Usine propose une rencontre privilégiée avec les artistes de la Co[opéra]tive. Gratuit et ouvert à tous, ce moment d’échange permet de mieux comprendre la démarche artistique autour de Cendrillon, depuis le travail vocal jusqu’à la réalisation des décors et costumes.
Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de médiation portée par ScénOgraph, multipliant rencontres, ateliers, et projets éducatifs, afin de désacraliser l’opéra et le rendre accessible aux habitants du Lot et aux visiteurs.
Une programmation riche pour une édition ambitieuse
La programmation 2026 du Festival de Saint-Céré ne s’arrête pas à Cendrillon. Parmi les autres temps forts, on trouve Fidelio, l’unique opéra de Beethoven, des concerts de musiques actuelles et de chanson avec le duo Birds on a Wire, des collaborations autour du poète et rappeur Walid Ben Selim, ou encore la venue du baryton Stéphane Degout pour un programme lyrique.
Cette diversité, mêlant répertoire classique, créations contemporaines et formats intimistes, souhaite toucher un public étendu, du connaisseur d’opéra aux néophytes en quête de découvertes musicales. L’édition 2026 affirme sa vocation d’exigence artistique tout en restant profondément ouverte et conviviale.
Informations pratiques pour assister à Cendrillon
L’opéra Cendrillon est recommandé à partir de 8 ans. Le tarif d’entrée est de 28 euros. Pour informations et réservations : 05 65 38 28 08 ou sur le site officiel festival-saint-cere.com.
Dans un contexte où la culture cherche à retrouver son essor après des années difficiles, le festival mise sur cette ouverture accessible, festive et familiale comme un appel à renouer avec le plaisir du spectacle vivant.
Un festival qui fait vivre l’opéra au plus près des habitants
En valorisant l’œuvre méconnue de Pauline Viardot, en s’appuyant sur la créativité de la Co[opéra]tive et en proposant un bal participatif, le Festival de Saint-Céré poursuit sa mission : faire de l’opéra un art vivant, tout proche de ses habitants, et non un rendez-vous réservé aux seuls initiés.
Cette ouverture donne le ton pour une édition qui conjugue tradition et innovation, culture populaire et élévation artistique, assurant la place du Lot dans le panorama des rendez-vous musicaux incontournables de l’été en France.



