Festival de Colmar : l’Orchestre de la Monnaie illumine Saint-Matthieu entre opéra et violoncelle
- Emmanuel Rials

- 8 juil.
- 3 min de lecture
Le Festival international de Colmar, événement phare de la scène musicale européenne, a récemment vibré au son de l’Orchestre symphonique de la Monnaie de Bruxelles. Installé dans l’acoustique exceptionnelle de l’église Saint-Matthieu, ce rendez-vous a marqué la seconde et dernière apparition de la formation orchestrale bruxelloise sous la direction inspirée d’Alain Altinoglu pour l’édition 2026, qui se tient du 5 au 14 juillet. En conjuguant avec finesse opéra et musique symphonique, le programme mettait à l’honneur les univers d’Hector Berlioz, Camille Saint-Saëns et Edvard Grieg, offrant un écrin idéal au violoncelle incandescent du soliste français Edgar Moreau.
Un écrin historique et acoustique d’exception
Depuis sa création en 1979 par le chef Karl Münchinger, le Festival international de Colmar a su imposer sa singularité en valorisant les lieux patrimoniaux de la cité alsacienne — notamment ses églises au riche passé architectural et à l’acoustique réputée. L’église Saint-Matthieu, où s’est déroulé ce concert, est reconnue pour son équilibre sonore parfait, mêlant précision et chaleur, offrant un cadre idéal à ce type de programmation mêlant musique lyrique et symphonique. Cette 45e édition a fidélisé un public varié, attirant amateurs éclairés, mélomanes curieux et touristes passionnés, contribuant ainsi à l’écho grandissant de la manifestation au-delà des frontières françaises.
La Monnaie à Colmar : une relation qui s'affirme
L’Orchestre symphonique de la Monnaie, rattaché à l’opéra national de Belgique, bénéficie d’une réputation solide en Europe. Sous la houlette de son directeur musical Alain Altinoglu, la formation a connu une revitalisation profonde depuis les années 1980, se situant aussi bien dans la fosse que sur scène, mêlant répertoire lyrique et œuvres symphoniques avec une élégance notable. Le thème de cette édition 2026, « La Monnaie, entre Seine et fjords », souligne justement cette alliance entre le paysage musical français et nordique, par le biais des compositeurs au programme, renforçant la cohérence du festival.
Un voyage musical entre opéra et récital
Le concert débutait avec Le Carnaval romain op. 9 d’Hector Berlioz, œuvre emblématique souvent utilisée en ouverture de concert. Si cette pièce n’est pas une simple transposition du premier acte de l’opéra Benvenuto Cellini, elle en extrait avec brio les thèmes principaux pour en faire une fresque orchestrale éclatante. La richesse des timbres, la virtuosité des solos et les contrastes dynamiques rendent hommage à l’extraordinaire talent d’orchestrateur de Berlioz, familiarisant le public à son univers coloré et théâtral.
Au cœur de la soirée, le Concerto pour violoncelle en la mineur op. 33 de Camille Saint-Saëns offrait une expérience d’une intensité rare. Composée en 1872 pour le violoncelliste Auguste Tolbecque, cette œuvre en un seul mouvement, subtilement construit, déploie une ligne soliste d’une grande expressivité, alliant virtuosité, chant et émotion. Le violoncelliste Edgar Moreau, lauréat du prestigieux Concours Tchaïkovski, a transcendé ce concerto avec un phrasé raffiné et une présence scénique empreinte de profondeur, captant l’attention par un jeu alliant douceur et puissance lumineuse dans le décor gothique de Saint-Matthieu.
La seconde partie plongeait le public vers les rivages scandinaves avec des extraits de Peer Gynt op. 23 d’Edvard Grieg. Initialement composée comme musique de scène pour la pièce d’Henrik Ibsen créée en 1876, cette œuvre a rapidement connu un immense succès grâce à ses deux suites orchestrales regroupant certains des épisodes les plus célèbres dont « Matin » et « Dans l’antre du roi de la montagne ». Ces pages traduisent avec finesse la nature, la danse et la dramaturgie, cela dans un dialogue subtil avec l’esprit du festival, qui lui aussi se veut pont entre la France et la Scandinavie.
Un enrichissement culturel aux retombées économiques notables
L’invitation de l’Orchestre de la Monnaie à jouer deux soirs consécutifs s’inscrit dans une démarche stratégique du festival visant à renforcer sa place sur la carte des grands rendez-vous classiques européens en tissant des partenariats durables avec de prestigieuses maisons lyriques. Par ailleurs, la fréquentation croissante générée par le festival soutient non seulement l’effervescence culturelle locale, mais aussi le tourisme, profitant à la richesse du patrimoine et à l’économie de Colmar et de sa région.
Une soirée mémorable pour l’édition 2026
Alors que résonnaient les dernières notes de cette deuxième soirée de la Monnaie à Colmar, l’accueil enthousiaste de la foule, mêlant amateurs et connaisseurs, confirmait l’appétence pour des programmes exigeants alliant virtuosité, narration et profondeur émotionnelle. La formation d’Alain Altinoglu retrouvera prochainement sa résidence bruxelloise, poursuivant sa saison, tandis que le festival s’apprête à accueillir de nouveaux artistes. La réussite de cette parenthèse musicale, portée par la finesse d’Edgar Moreau et la complicité entre orchestre et chef, reste un jalon important dans l’histoire de ce festival, cultivant un équilibre subtil entre opéra, symphonie et un art du récit musical résolument contemporain.



