Un concert de musique classique en pleine ferme à Saint-Germain-du-Plain, quand le festival Grand Air de Bresse rencontre « Concerts à la ferme »
- Emmanuel Rials

- 6 juil.
- 6 min de lecture
Ce mercredi 1er juillet 2026, à la SCEA de Marosse, une exploitation agricole de Saint-Germain-du-Plain en Saône-et-Loire, la musique classique s’est invitée pour la deuxième année consécutive au cœur des bâtiments de ferme. Dans le cadre du festival Grand Air de Bresse et du dispositif national « Concerts à la ferme », un programme de musique vocale et instrumentale a réuni public, musiciens professionnels et choristes amateurs, autour d’un moment culturel pensé pour rapprocher le monde agricole et la création musicale. La famille Chaumont, exploitante de la ferme de Marosse, a de nouveau ouvert ses portes pour cette soirée singulière qui s’inscrit dans une tournée plus large de concerts en milieu rural.
Un concept novateur mêlant culture et ruralité
Le principe de ces concerts est désormais bien identifié : il s’agit de proposer de la musique classique, lyrique ou de jazz directement dans des fermes en activité, en lien étroit avec des agriculteurs volontaires et les habitants des territoires. Le projet « Concerts à la ferme », lancé en 2023 dans les Hauts-de-France, a pris une dimension nationale à partir de 2025, avec des dates dans plusieurs départements et une programmation construite avec des festivals locaux. Selon la présentation officielle de la structure, l’objectif est de « mettre en lien des artistes, des agriculteurs et les habitants des territoires ruraux autour d’expériences sensibles, accessibles et collectives, et créer du lien autrement, par le biais de la musique » (concertsalaferme.fr).
À Saint-Germain-du-Plain, cette philosophie se combine avec l’histoire récente du festival Grand Air de Bresse, né pour faire vivre la musique à l’échelle d’un village et de son territoire, avec des concerts à l’église, à la salle des fêtes, dans le parc du château et désormais dans une ferme. Le festival, programmé du 1er au 5 juillet 2026, revendique une démarche de proximité et une ouverture à des lieux inattendus, avec une communication largement relayée par les sites touristiques régionaux (Bourgogne Tourisme, Bresse Bourguignonne).
Un rendez-vous culturel inscrit dans la vie locale
Dans ce cadre, le concert organisé à la ferme de Marosse s’inscrit dans une série de rendez-vous intitulés « Concert à la ferme » ou « Classique, mais pas trop », déjà expérimentés les années précédentes. La page officielle du festival Grand Air de Bresse évoque la volonté de « faire partie de la saison itinérante des Concerts à la Ferme » et d’inviter « une foule de musiciens » sur le site agricole de Saint-Germain-du-Plain (grandairdebresse.fr, page de présentation). La municipalité de Saint‑Germain‑du‑Plain relaie elle aussi l’événement, en le présentant comme l’un des temps forts du début de l’été, aux côtés d’autres animations locales (mairie de Saint‑Germain‑du‑Plain).
En 2025, un premier concert sur ce même site avait déjà suscité des commentaires enthousiastes sur les réseaux sociaux, saluant un « très beau moment » et « un mélange des instruments et des chœurs » particulièrement apprécié (publication Facebook « SanGerminois »). L’édition 2026 prolonge cette expérience, avec une montée en puissance liée au développement national du label « Concerts à la ferme ».
Une programmation artistique riche et accessible
Sur le plan artistique, la soirée du 1er juillet à Marosse s’appuie sur plusieurs partenaires : le « Festival et académie des musiques » associé à Grand Air de Bresse, la structure nationale « Concerts à la ferme » et la participation du Chœur de chambre de l’université Paris Sciences et Lettres, mentionné dans l’article du Journal de Saône‑et‑Loire comme invité pour interpréter des œuvres françaises et internationales.
Le projet « Concerts à la ferme », tel que présenté par son co‑directeur Arnaud Thorette sur France Bleu Périgord, assume une programmation variée, pouvant aller de Mozart à Bartók, en passant par le répertoire vocal français, afin de s’adapter aux lieux et aux publics (France Bleu, émission « L’art de vivre en Périgord », 2023). La programmation liée à Grand Air de Bresse mentionne par ailleurs des soirées autour des bords du Danube, de Brahms ou de Mozart, avec la participation de chanteurs lyriques comme Delphine Haidan ou Karine Deshayes sur d’autres dates du festival (concertsalaferme.fr, programmation 2025 et annonces Grand Air de Bresse).
Sans détailler morceau par morceau le contenu de la soirée de Marosse, les organisateurs insistent sur un équilibre entre exigence artistique et accessibilité, avec des présentations parlées des œuvres pour faciliter l’écoute, un aspect crucial pour rendre ces rencontres musicales mémorables à tous les publics.
Le lieu, un acteur clé de l’expérience
La spécificité de ce rendez-vous tient d’abord au lieu. La SCEA de Marosse est une exploitation agricole en activité, au cœur de la Bresse chalonnaise. Le concept de « Concerts à la ferme » prévoit que les représentations se déroulent dans des bâtiments de ferme, des granges ou des cours, en veillant à l’acoustique et à l’accueil du public.
Dans un entretien à France Musique consacré à ces concerts itinérants, les organisateurs expliquent que certains événements se tiennent « chez une éleveuse bovine, une productrice d’escargots ou encore des exploitants céréaliers » et que cette diversité des lieux contribue à changer le regard sur le monde rural (France Musique, « Concerts à la Ferme : quand la musique part en campagne », 2024). À Saint‑Germain‑du‑Plain, l’implantation de la scène dans un espace agricole participe du même mouvement : offrir un moment de culture « hors du commun » tout en restant au plus près du quotidien des habitants de la campagne bressane.
Un public varié reconnecté à la musique classique
Le public, composé d’habitants du village, de spectateurs venus des environs et d’amateurs de musique classique suivant le festival, répond présent. Les organisateurs des « Concerts à la ferme » indiquent que cette formule permet souvent de toucher des spectateurs « éloignés de l’offre culturelle traditionnelle », qui ne fréquenteraient pas spontanément les grandes salles urbaines (concertsalaferme.fr).
La billetterie de Grand Air de Bresse, relayée par les sites touristiques régionaux, met en avant des tarifs accessibles et un esprit convivial, avec parfois la possibilité de prolonger la soirée autour d’un verre ou d’échanges avec les musiciens. Dans leurs prises de parole, les responsables du projet insistent sur cette dimension de rencontre : entre artistes et agriculteurs, entre urbains et ruraux, mais aussi entre mélomanes avertis et curieux de passage.
Un modèle culturel au service du territoire rural
Ce type d’initiative intervient dans un contexte plus large où la question de l’accès à la culture en milieu rural est régulièrement mise en avant par les pouvoirs publics et les acteurs associatifs. Des rapports et analyses consacrés aux politiques culturelles soulignent la nécessité de multiplier les formes de médiation et les partenariats locaux, qu’il s’agisse de cinéma itinérant, de résidences d’artistes ou de concerts en plein air.
Les « Concerts à la ferme » s’inscrivent dans cette tendance, en proposant une saison structurée et un modèle reproductible dans plusieurs départements, comme le montrent les tournées annoncées en 2024 et 2025 par Radio France et les antennes locales de France Bleu. À l’échelle de la Bresse bourguignonne, le festival Grand Air de Bresse contribue, lui aussi, à cette dynamique, en s’appuyant sur un maillage local : commune, associations culturelles, agriculteurs partenaires et structures touristiques.
Perspectives : un avenir prometteur pour les concerts en milieu agricole
À court terme, la réussite de la soirée du 1er juillet 2026 à la SCEA de Marosse conforte les organisateurs dans leur choix d’installer durablement ce rendez-vous dans le paysage culturel de Saint-Germain-du-Plain. Le site officiel du festival évoque déjà la volonté de poursuivre la collaboration avec « Concerts à la ferme » et de maintenir ce format de concert en ouverture ou en complément des autres dates.
Du côté de la structure nationale, cette date bressane s’ajoute à une liste croissante d’exploitations partenaires, qui vont de la ferme d’élevage à la production de céréales, dans plusieurs régions françaises. Reste à voir comment ce modèle évoluera à moyen terme, tant sur le plan économique que logistique, alors que les agriculteurs font face à de fortes contraintes et que les festivals doivent composer avec des budgets serrés. Dans l’immédiat, le pari de faire entrer la musique classique dans une ferme, porté par la famille Chaumont, le festival Grand Air de Bresse et le réseau « Concerts à la ferme », semble avoir trouvé son public en Bresse chalonnaise et pourrait inspirer d’autres territoires désireux de faire dialoguer culture et ruralité autrement.



