
Entre hommages poignants et promesses d'avenir, l'actualité musicale nous rappelle la fragilité de l'art et la nécessité de le transmettre. De l'Opéra-Comique à Radio France, voici ce qui a marqué ces derniers jours.
Ce matin, en parcourant les sites d'actualité musicale, je réalise à quel point novembre 2025 s'annonce comme un mois de transitions. Les adieux côtoient les nouveaux départs, les hommages rencontrent les promesses. C'est tout le paradoxe de notre monde musical : il célèbre simultanément ses patrimoines et ses audaces, pleure ses disparitions tout en accueillant de nouveaux talents. Dans cette semaine particulièrement dense, quatre actualités m'ont particulièrement touché – et vous allez comprendre pourquoi.
Iphigénie en Tauride à l'Opéra-Comique : Wajdi Mouawad signe un coup de maître
La nouvelle production d'Iphigénie en Tauride de Gluck, inaugurée le 2 novembre à l'Opéra-Comique, fait déjà parler d'elle. Sous la direction de Louis Langrée et dans la mise en scène de Wajdi Mouawad, cette tragédie lyrique trouve une actualité brûlante : le dramaturge franco-libanais situe l'action dans la Crimée contemporaine, transformant le mythe antique en réflexion sur la spoliation des œuvres d'art en temps de guerre. Tamara Bounazou triomphe dans le rôle-titre, portée par Le Consort et le chœur Les Éléments. Les critiques sont unanimes : voilà une production qui prouve que Gluck, en 1779, parlait déjà à notre époque.
Maria João Pires tire sa révérence à 81 ans
Le 1er novembre, lors de la remise du Prix Helena Vaz da Silva à Lisbonne, Maria João Pires a annoncé la fin de sa carrière de concertiste. À 81 ans, la grande pianiste portugaise, qui avait subi un accident vasculaire cérébral en juin dernier, parle d'un "processus de changement radical" et d'une "recherche de vérités". Après 76 ans sur scène – elle avait donné son premier récital à cinq ans –, cette interprète lumineuse de Mozart, Schubert et Chopin laisse un héritage discographique considérable, notamment chez Deutsche Grammophon. Son départ marque la fin d'une certaine école du piano, celle de la poésie et de l'intériorité.
Mirga Gražinytė-Tyla rejoint l'Orchestre Philharmonique de Radio France
Dans le registre des bonnes nouvelles, l'annonce du 4 novembre m'a réjoui : Mirga Gražinytė-Tyla, la brillante cheffe lituanienne de 39 ans, devient Première cheffe invitée de l'Orchestre Philharmonique de Radio France à partir de septembre 2026, pour trois saisons. Elle rejoindra Jaap van Zweden, nouveau directeur musical, et Myung-Whun Chung, directeur musical honoraire. Ancienne patronne du Birmingham Symphony Orchestra, passionnée de Weinberg et de la création contemporaine, Gražinytė-Tyla représente cette génération de chefs qui renouvelle le répertoire sans renier la tradition – exactement ce dont la musique française a besoin.
La France perd la claveciniste Françoise Lengellé
Le 2 novembre nous quittait discrètement Françoise Lengellé, grande dame du clavecin français. À 81 ans, cette spécialiste du répertoire baroque (Chambonnières, Rameau, Couperin) laisse orphelins ses anciens élèves du Conservatoire de Lyon, où elle enseigna jusqu'en 2010. Lauréate du concours de Bruges en 1977, pédagogue recherchée jusqu'en Californie, elle incarnait cette exigence et cette élégance propres à l'école française du clavecin. Son décès, survenu peu après celui de Maria João Pires en termes d'annonces, nous rappelle cruellement la fragilité de ces transmissions – et l'urgence de les préserver.
