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E.Rials, rédacteur

03/10/25

Aida de Verdi renaît sous le regard brûlant de Shirin Neshat à l’Opéra Bastille

La metteuse en scène iranienne Shirin Neshat propose à l’Opéra de Paris une relecture saisissante de l’Aida de Verdi, entre tragédie antique et échos des conflits contemporains, portée par une distribution vocale d’exception. Opéra Bastille du 24 septembre au 04 novembre 2025.

L’Opéra Bastille a ouvert sa saison avec un choc esthétique et politique : Aida de Giuseppe Verdi, revisitée par l’artiste et cinéaste iranienne Shirin Neshat. Ce monument du répertoire, créé au Caire en 1871, est ici transfiguré par une mise en scène qui met en lumière les fractures du monde contemporain. Exit l’exotisme poussiéreux des temples égyptiens et des processions triomphales : place à une fresque sombre, tendue, où se superposent l’intime et le géopolitique, la passion et la guerre.


Une Aida à l’épreuve du présent

Shirin Neshat n’a jamais caché sa volonté de replacer l’opéra dans une actualité brûlante. Les costumes, signés par la créatrice elle-même, mélangent influences antiques et accents militaires modernes : uniformes kaki, foulards noirs, silhouettes évoquant à la fois l’Iran d’aujourd’hui et un Moyen-Orient ravagé par les conflits. Les projections vidéo qui ponctuent la scène, autre marque de fabrique de l’artiste, plongent le spectateur dans un univers de ruines, de visages en gros plan et de cortèges endeuillés. La « marche triomphale », souvent prétexte à des défilés spectaculaires, prend ici des allures funèbres : la victoire a le goût amer du sang versé. Cette relecture dérange, mais elle passionne. Car sous l’apparat verdien, il y a toujours eu une œuvre profondément politique. Verdi lui-même, chantre du Risorgimento italien, savait que derrière l’histoire d’une princesse éthiopienne captive et amoureuse de son ennemi Radamès, se jouait un drame universel : celui de la domination, de l’exil et du sacrifice. Neshat ne fait que tendre ce miroir à notre époque.


Une distribution de haut vol

Pour donner chair à cette vision, l’Opéra de Paris a réuni une distribution exceptionnelle. Dans le rôle-titre, la mezzo-soprano belge Ève-Maud Hubeaux impressionne par la noblesse de sa diction et la profondeur de son timbre, capable de passer de l’élan héroïque à la fragilité la plus désarmée. Face à elle, le ténor polonais Piotr Beczała campe un Radamès d’une intensité dramatique rare, éclatant dans ses aigus mais bouleversant dans ses hésitations de soldat partagé entre l’amour et le devoir. Amneris, la rivale, est incarnée par la mezzo Clémentine Margaine, dont la puissance scénique emporte tout sur son passage. Sa jalousie, sa rage, mais aussi sa douleur finale résonnent avec une vérité déchirante. Les seconds rôles, du Roi d’Égypte au grand prêtre Ramfis, complètent avec brio cette distribution homogène. À la baguette, le chef italien Michele Mariotti dirige l’Orchestre de l’Opéra national de Paris avec une énergie précise et fluide. Sous sa direction, la partition déploie toute sa richesse : éclats guerriers, grands ensembles choraux, mais aussi ces pages intimes où Verdi laisse parler la tendresse. Le Chœur de l’Opéra, magnifiquement préparé, s’impose comme un protagoniste à part entière, rendant palpable la ferveur d’un peuple tantôt exalté, tantôt accablé.


Un opéra-monde

Ce qui frappe, au-delà de la réussite musicale, c’est l’intensité avec laquelle le spectacle dialogue avec notre monde. Quand Aida et Radamès choisissent de mourir ensemble plutôt que de trahir leurs idéaux, c’est toute la condition humaine face à la violence des régimes qui s’exprime. Neshat filme cette mort lente comme une image de résistance : deux êtres écrasés par l’Histoire, mais invincibles dans leur fidélité à l’amour. Cette Aida n’est pas seulement une redécouverte d’un chef-d’œuvre lyrique ; c’est une expérience esthétique et politique, un coup de poing visuel qui oblige à penser l’opéra autrement. Comme l’écrit un spectateur en sortant : « On n’assiste pas à un simple spectacle, on traverse une épreuve ».


Un pari audacieux pour l’Opéra de Paris

En confiant à Shirin Neshat les clés de ce classique du répertoire, l’Opéra de Paris a pris un risque. Mais c’est précisément ce risque qui redonne au théâtre lyrique sa vitalité. Le public, parfois bousculé, ressort profondément marqué, preuve que l’art lyrique reste un espace de débat et d’émotion. Plus de 150 ans après sa création, Aida continue de nous parler. Verdi voulait faire de l’opéra une tribune pour l’humanité. En 2025, à l’Opéra Bastille, Shirin Neshat lui offre une nouvelle jeunesse, sombre et éclatante, qui résonne avec les tumultes de notre temps.


Opéra Bastille

du 24 septembre au 04 novembre 2025

de 15 € à 220 €

Réservations : https://www.operadeparis.fr/saison-25-26/opera/aida#calendar


Durée : 3h20 avec 1 entracte

Langue : Italien

Surtitrage : Français / Anglais

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