
Du Prix Birgit Nilsson remis à Stockholm aux nouvelles productions qui s'apprêtent à investir les scènes parisiennes et alsaciennes, la vie musicale française s'écrit en lettres d'or. Retour sur les moments forts de ces derniers jours.
Quelle semaine ! Je ne sais pas vous, mais moi, ces derniers jours m'ont rappelé pourquoi j'aime tant ce métier. Entre le faste des cérémonies royales suédoises et l'intimité des répétitions à l'Opéra-Comique, entre les polémiques qui animent les foyers parisiens et les triomphes strasbourgeois qui se préparent, l'automne lyrique français vibre d'une énergie particulière. J'ai sélectionné pour vous quatre actualités qui dessinent le visage contrasté de notre vie musicale : une consécration internationale qui fait chaud au cœur, une création qui promet d'être bouleversante, une première alsacienne qui s'annonce flamboyante, et une production parisienne qui fait débat. Voilà ce qui bouge vraiment dans l'univers de la musique classique et des opéras en France.
Le Festival d'Aix-en-Provence couronné à Stockholm par le Prix Birgit Nilsson
Le 21 octobre, le Festival d'Aix-en-Provence a reçu à Stockholm le Prix Birgit Nilsson d'un million de dollars, devenant le premier festival distingué par cette récompense prestigieuse. La cérémonie, en présence du roi Carl XVI Gustaf de Suède, a été marquée par un hommage à Pierre Audi, directeur disparu quelques semaines avant l'annonce. Susanna Mälkki a dirigé des pages emblématiques avec le baryton Peter Mattei, tandis que de jeunes lauréats se sont produits dans Innocence de Kaija Saariaho, créé à Aix en 2021. Cette distinction salue l'engagement du festival dans la création contemporaine et sa capacité unique à faire dialoguer tradition et innovation.
Wajdi Mouawad réinvente Iphigénie en Tauride à l'Opéra-Comique
Du 2 au 12 novembre, l'Opéra-Comique présente Iphigénie en Tauride de Gluck dans une mise en scène de Wajdi Mouawad. Le metteur en scène franco-libanais a écrit un prologue original pour ancrer cette tragédie dans notre époque troublée. Louis Langrée et Théotime Langlois de Swarte partagent la direction de l'ensemble Le Consort, avec Tamara Bounazou dans le rôle-titre. Mouawad promet une approche dépouillée où la musique devient personnage à part entière, portant un message sur l'amitié et la résilience face aux traumatismes de l'exil d'une brûlante actualité.
Otello inaugure la saison de l'Opéra national du Rhin
Dès demain 29 octobre à Strasbourg, puis les 16 et 18 novembre à Mulhouse, l'Opéra national du Rhin ouvre sa saison avec Otello de Verdi. Speranza Scappucci dirige cette nouvelle production qui met en lumière la profondeur psychologique du drame verdien. Le ténor géorgien Mikheil Sheshaberidze incarne le rôle-titre tandis qu'Adriana González fait ses débuts en Desdémone. Cette coproduction avec l'Opéra national de Lorraine et les Théâtres de la Ville de Luxembourg confirme l'excellence artistique de l'institution strasbourgeoise, qui affiche des taux de remplissage record de plus de 92%.
Aida divise la critique à l'Opéra Bastille
Jusqu'au 4 novembre, l'Opéra Bastille accueille Aida dans une mise en scène de la plasticienne iranienne Shirin Neshat qui divise. La production, déjà créée à Salzbourg, séduit par sa scénographie visuellement éblouissante mais suscite des réserves sur son manque de souffle théâtral. Si Shirin Neshat interroge avec force la cruauté du fanatisme religieux, certains reprochent à cette lecture politique une certaine froideur. Musicalement, la distribution fait l'unanimité : Eve-Maud Hubeaux campe une Amneris électrique, et Michele Mariotti dirige l'Orchestre de l'Opéra de Paris avec précision et vigueur.
