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E.Rials, rédacteur

16/12/25

Un Noël napolitain à la lueur des bougies

Laissez-moi vous raconter comment Heather Newhouse, le Concert de l’Hostel Dieu et leurs tarentelles baroques vont transformer la Salle Gaveau en petite chapelle de Naples, le 19 décembre 2025.

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu un chœur napolitain chanter « Dormi, dormi o bel bambin » à la lueur des bougies : ce mélange de ferveur religieuse et de joie presque théâtrale m’a littéralement transpercé. C’est exactement ce sentiment-là que promet de réveiller le Concert de Noël Napolitain à la Salle Gaveau, le 19 décembre 2025, avec le programme Un Noël Napolitain, porté par le Concert de l’Hostel Dieu, la soprano Heather Newhouse, le mandoliniste Vincent Beer-Demander et la Maîtrise de Saint-Ferdinand des Ternes.[1][2][3]


Un Noël qui sent la cire, le basilic et la ferveur populaire

Ce qui me fascine dans ce projet, ce n’est pas seulement l’affiche prestigieuse, mais l’imaginaire qu’il convoque. À Naples, Noël n’est jamais une parenthèse sage dans le calendrier liturgique. C’est un moment où le sacré et le populaire s’embrassent sans pudeur : l’encens des églises se mêle aux cris des marchés, les tarentelles se faufilent entre deux prières, et la Nativité devient presque une scène de théâtre à ciel ouvert.[3][4]

Le programme imaginé par le Concert de l’Hostel Dieu embrasse pleinement cette tension féconde. On y trouve des cantates d’Alessandro Scarlatti, des airs de Cristofaro Caresana – ce compositeur qui savait comme personne faire dialoguer dévotion et théâtralité –, des sonates de Domenico Scarlatti pour mandoline et continuo, mais aussi tout un corpus de noëls anonymes, de tarentelles, de berceuses et de chants populaires arrangés pour voix, mandoline et ensemble baroque.[1][4][5]

Ce va-et-vient entre manuscrits baroques et traditions orales, entre partitions savantes et refrains hérités des ruelles, c’est exactement ce qui donne à ce « Noël napolitain » sa couleur si particulière : on n’est ni dans le concert de gala un peu compassé, ni dans le folklore de carte postale, mais dans une liturgie de la joie, profondément incarnée.


Heather Newhouse, la fragilité lumineuse au cœur du dispositif

Au centre de cette dramaturgie musicale, il y a une voix : celle de la soprano Heather Newhouse, que les scènes françaises et européennes connaissent pour sa capacité à faire tenir ensemble virtuosité baroque et sens aigu du texte. À Toulouse, lors d’un autre programme napolitain donné par le Concert de l’Hostel Dieu, elle portait déjà ces arias de Scarlatti et ces noëls populaires avec un engagement presque narratif : chaque phrase devenait un petit récit, chaque ornement un geste de théâtre.[6]

À Gaveau, je l’imagine dans ces cantates où la pauvreté de Bethléem se mêle à la douceur parfois amère des larmes – ces « Laggrime amare » qu’on retrouve chez Scarlatti – ou dans ces berceuses comme « Ninna nanna al bambino Gesù alla napolitana », où la tendresse maternelle se colore d’une pointe de mélancolie.[1] Sa voix claire, sans dureté, a ce grain idéal pour faire passer la frontière entre la scène et le banc du spectateur : on n’écoute plus une « star » baroque, on croit entendre une femme du peuple qui chante son Dieu et ses peurs, dans une église aux murs patinés.

Cette manière d’incarner le répertoire, plutôt que de le servir à distance, me semble essentielle pour un programme qui revendique justement le lien entre ferveur religieuse et exubérance populaire. Si ce concert fonctionne, ce sera parce que Heather Newhouse nous parle au creux de l’oreille, pas du haut d’un piédestal.


Le Concert de l’Hostel Dieu : la Naples baroque vue depuis Lyon

Ce projet napolitain dit aussi beaucoup de l’identité du Concert de l’Hostel Dieu. Depuis plus de trente ans, l’ensemble fondé et dirigé par Franck-Emmanuel Comte s’est imposé comme l’un des acteurs essentiels de la scène baroque française, avec un goût assumé pour les passerelles : passerelle entre musicologie et création scénique, entre répertoire sacré et projets transversaux (on pense au ballet Folia avec Mourad Merzouki), entre Lyon et l’Italie baroque.[6][5]

Cette familiarité avec les manuscrits italiens, les archives lyonnaises et les circulations musicales entre les deux rives des Alpes n’est pas un simple vernis savant. Elle permet ici de construire un Noël napolitain crédible historiquement, mais jamais poussiéreux. À Lyon, à Toulouse, à Paris ou dans d’autres villes, le programme fait résonner la même colonne vertébrale : cantates et sonates de Scarlatti, airs de Caresana, tarentelles, noëls populaires arrangés, le tout servi par une formation resserrée où chaque instrumentiste existe en tant que personnage.[4][7][8]

La présence de la mandoline de Vincent Beer-Demander ajoute une dimension presque tactile à l’ensemble. Ce n’est pas seulement un clin d’œil pittoresque : dans ces tarentelles et ces noëls traditionnels, la mandoline agit comme un fil conducteur entre la rue et l’église, entre la danse et la prière. C’est elle qui accroche l’oreille de celles et ceux qui, peut-être, ont moins l’habitude des cantates baroques mais reconnaissent immédiatement cette pulsation populaire.[1][2]


Salle Gaveau, chapelles et chandelles : un même imaginaire en tournée

Ce que je trouve passionnant, c’est que ce même programme « Noël napolitain » circule, se déplace, se frotte à des lieux très différents. À Lyon, le 17 décembre, c’est la Chapelle de la Trinité qui accueille ce voyage baroque, avec la promesse d’un temps de suspension au cœur de la ville.[4] À Toulouse, l’Église Saint-Jérôme se transforme, le 16 décembre, en petit théâtre de la Nativité, sous la plume enthousiaste d’un critique toulousain qui raconte combien ces cantates de Scarlatti dialoguent avec les tarentelles populaires.[6][9]

À Paris, la Salle Gaveau apporte une autre histoire : celle d’une grande salle de concert à l’acoustique reconnue, plus habituée aux récitals de piano et aux grandes soirées de musique de chambre qu’aux processions napolitaines. Et justement, je suis curieux de voir comment cette architecture, ces boiseries, cette clarté sonore vont accueillir un programme pensé à l’origine pour des chapelles et des églises : est-ce que les noëls populaires vont prendre des allures de mini-oratorio ? Est-ce que la distance scène-salle va se faire oublier au profit d’une forme de proximité émotionnelle ?

Dans d’autres annonces, le concert est même présenté « aux chandelles », comme si l’on assumait pleinement le pouvoir scénographique de la lumière : bougies, ombres mouvantes, reflets sur les instruments anciens, tout participe à recréer cette Naples baroque où l’on danse presque autant qu’on prie.[2][3]


Pourquoi ce Noël napolitain résonne particulièrement en 2025

En 2025, je vois dans ce type de programme plus qu’un simple « concert de Noël ». On vit une époque où la culture oscille souvent entre deux extrêmes : d’un côté, l’événement-spectacle un peu formaté, de l’autre, la nostalgie patrimoniale qui se contente de ressasser les mêmes images. Un Noël Napolitain propose autre chose : un retour aux sources qui n’a rien de réactionnaire, parce qu’il assume le mélange, la porosité, le joyeux désordre du vivant.

La Naples baroque dont il est question ici, c’est une ville où la frontière entre sacré et profane est poreuse, où l’on peut passer sans transition d’un air de cantate à une tarentelle dansée sur la place du village. Entendre cela aujourd’hui, à Paris, à Lyon, à Toulouse ou ailleurs, c’est accepter l’idée que nos fêtes peuvent redevenir des moments de communauté émotionnelle réelle, pas seulement des rendez-vous de consommation culturelle calibrés, même si les billetteries en ligne et les catégories de places nous rappellent, très concrètement, que nous sommes bien en 2025.[1][7][3]


Ce que j’attends de ce concert, ce n’est pas qu’il me propose une carte postale de Naples, mais qu’il me tende un miroir légèrement déformant : qu’il me fasse sentir ce que nous avons peut-être perdu en chemin – cette façon d’habiter collectivement la nuit de Noël – et ce que nous pouvons encore retrouver, ne serait-ce que le temps d’un Adagio de Domenico Scarlatti ou d’une tarentelle qui s’emballe.

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