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E.Rials, rédacteur

01/11/25

Quand l'opéra français renoue avec l'audace et l'exigence

Du Théâtre des Champs-Élysées à l'Opéra-Comique, de Toulouse à Rouen, la scène lyrique nationale vit des heures intenses. Entre prises de rôle attendues, mises en scène audacieuses et reconnaissance des talents français, novembre marque un tournant pour notre patrimoine musical. Une effervescence qui témoigne d'une vitalité culturelle que nos institutions défendent encore avec fierté.

Je l'avoue : en parcourant les programmations de ces dernières semaines, je ressens cette excitation du mélomane qui sait qu'il vit un moment particulier. Car novembre 2025 n'est pas un mois comme les autres pour la musique classique en France. C'est celui où nos plus belles maisons lyriques rivalisent d'ambition, où de jeunes talents français s'imposent sur les scènes nationales, et où l'exigence artistique reprend ses droits face à la facilité.


Prenons d'abord ce qui se joue actuellement à l'Opéra-Comique, salle Favart. Du 2 au 12 novembre, Wajdi Mouawad y signe une nouvelle production d'Iphigénie en Tauride de Gluck qui fait déjà parler. Le metteur en scène franco-libanais, qu'on connaît pour sa capacité à mêler l'intime et le mythologique, a même écrit un prologue original pour replacer cette tragédie dans notre époque troublée. Louis Langrée et le jeune Théotime Langlois de Swarte se partagent la direction musicale, avec l'ensemble Le Consort aux instruments anciens. La soprano Tamara Bounazou incarne une Iphigénie déchirée entre devoir sacré et amour fraternel. Ce qui me frappe dans ce projet, c'est justement cette volonté de ne pas moderniser à tout prix, mais de révéler l'humanité brute d'un mythe qui nous parle encore aujourd'hui – celui de l'exil, du sacrifice, de la réconciliation. Des thèmes qu'une France inquiète de son identité devrait méditer.


Mais l'événement qui concentrait tous les regards se tenait avenue Montaigne, au Théâtre des Champs-Élysées. Benjamin Bernheim, notre ténor national dont la voix somptueuse fait la fierté de la scène lyrique française, devait y incarner Faust dans La Damnation de Berlioz du 3 au 15 novembre. Une prise de rôle très attendue pour ce chanteur qui cultive avec passion le répertoire romantique français. Hélas, comme l'a rapporté Forum Opéra le 1er novembre, le ténor était souffrant lors de l'avant-première réservée aux jeunes le 31 octobre et a été remplacé par François Rougier. Espérons que Bernheim se rétablisse rapidement pour donner les représentations suivantes aux côtés de la jeune mezzo Victoria Karkacheva et de Christian Van Horn. La mise en scène de Silvia Costa, qui promet de placer la musique au cœur de l'action en rendant visibles les gestes des musiciens, mérite qu'on y assiste. D'autant que Les Siècles, sous la baguette de Jakob Lehmann, apportent leur connaissance des pratiques d'époque à cette partition exigeante.


Plus au sud, Toulouse ne manque pas d'ambition. L'Opéra national du Capitole annonce du 20 au 30 novembre une nouvelle production de Don Giovanni qui réunit cinq maisons d'opéra françaises – belle démonstration que nos institutions savent encore mutualiser leurs moyens pour l'excellence. Deux débuts prestigieux : Agnès Jaoui à la mise en scène (sa première au Capitole) et le jeune chef finlandais Tarmo Peltokoski à la direction musicale. Le choix de confier ce chef-d'œuvre mozartien à une cinéaste et comédienne française reconnue pour sa finesse psychologique n'est pas anodin. Jaoui saura certainement capter la complexité trouble de ce séducteur qui court à sa perte. La distribution réunit des voix françaises de premier plan : Nicolas Courjal et Mikhail Timoshenko alterneront dans le rôle-titre, Karine Deshayes et Alix Le Saux en Elvira. Voilà qui promet des soirées où le génie mozartien rayonnera dans la langue du drame et de la sensibilité.


Ces derniers jours ont également vu l'annonce des nominations pour les Victoires de la Musique Classique 2025, qui se tiendront le 5 mars prochain à l'Opéra de Rouen Normandie. Parmi les révélations artistes lyriques, on retrouve trois talents qui font honneur à notre école de chant : la mezzo Floriane Hasler, le ténor Julien Henric et la soprano Julie Roset, lauréate du prestigieux concours Operalia 2023. Dans la catégorie Enregistrement, le label français Bru Zane est nommé pour sa minutieuse reconstitution de La Vie parisienne d'Offenbach dans sa version originale. Natalie Dessay recevra une Victoire d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Autant de signes que la France continue de former et de célébrer des artistes d'exception.


L'automne a aussi révélé une découverte passionnante, comme le relate ClassiqueNews : la redécouverte du compositeur viennois Oskar Posa (1873-1951), grâce à un nom aperçu sur une affiche de concert de 1905. Ce genre d'enquête musicologique, qui fait resurgir des œuvres chambristes et des lieder oubliés, rappelle que notre patrimoine musical européen recèle encore des trésors à exhumer.


Pendant ce temps, l'Opéra de Paris poursuit sa Tétralogie wagnérienne avec La Walkyrie programmée du 11 au 30 novembre à Bastille, dans la mise en scène de Calixto Bieito et sous la direction de Pablo Heras-Casado. Les grands cycles ont ce mérite de fidéliser un public exigeant et de transmettre aux jeunes générations l'ampleur des cathédrales lyriques du XIXe siècle. La saison 2025-2026 de la maison Bastille-Garnier s'annonce riche, avec notamment le retour très attendu de Jonas Kaufmann dans Tosca, et l'entrée au répertoire de Satyagraha de Philip Glass – preuve qu'on peut défendre le grand répertoire sans fermer la porte à la création contemporaine.


Ce qui me frappe dans cette effervescence, c'est la capacité de nos institutions à maintenir une exigence artistique malgré les contraintes budgétaires et les tensions qui traversent notre société. L'Opéra national Normandie Rouen, qui accueillera les Victoires en mars, affiche une activité foisonnante depuis la fusion de l'Opéra et de l'Orchestre en septembre 2024. Leur ambition : rayonner dans toute la Normandie, y compris dans les villages les plus éloignés. C'est cette mission de service public culturel, enracinée dans nos territoires, qui doit guider nos politiques : faire vivre l'excellence partout, refuser la concentration parisienne, transmettre un patrimoine qui forge notre identité.

Car au fond, ce qui se joue sur nos scènes d'opéra dépasse largement le simple divertissement. C'est notre culture, notre langue, notre génie musical qui s'y exprime et s'y perpétue. À l'heure où tant de voix voudraient nous convaincre que ces arts seraient élitistes ou dépassés, ces programmations audacieuses démontrent le contraire : la grande musique reste vivante quand elle ose l'exigence et la transmission.

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