
La scène lyrique française connaît des jours agités où les questions politiques s'invitent brutalement dans les temples de la musique, tandis que des carrières s'achèvent et que d'autres s'élancent avec éclat.
Je n'aurais jamais imaginé qu'un concert à la Philharmonie de Paris puisse ressembler à une épreuve de survie. Pourtant, jeudi soir, c'est exactement ce qui s'est produit lorsque des fumigènes ont dangereusement transformé l'auditorium en théâtre de la contestation. Parallèlement, le monde musical a dit adieu à deux grandes figures - l'une pour toujours, l'autre pour la scène. Et pendant ce temps, le Ballet de l'Opéra a réécrit ses propres règles. Voici ce qui a secoué notre petit monde ces derniers jours.
Fumigènes à la Philharmonie : quand la politique s'invite au concert
L'image restera gravée dans toutes les mémoires : des fumigènes rouges illuminant la salle Pierre-Boulez pendant que l'Orchestre Philharmonique d'Israël tentait de jouer Beethoven et Tchaïkovski sous la direction de Lahav Shani. Trois interruptions très dangereuses qui pouvaient déclencher un incendie aux terribles conséquences, des affrontements entre les spectateurs et les fauteurs de trouble, quatre personnes placées en garde à vue (mais il conviendra de comprendre les complicités qui permettent à des inconscients de faire entrer des fumigènes dans un lieu où je ne peux pas conserver un parapluie ou une petite bouteille d'eau...). Ce jeudi 7 novembre, la Philharmonie a condamné fermement ces "graves incidents" et porté plainte. Malgré le chaos, les musiciens ont fait preuve d'un sang-froid remarquable : le concert a repris depuis le début, avec András Schiff au piano pour le Cinquième Concerto de Beethoven. Lahav Shani est remonté sur scène pour dire une phrase simple : "Nous jouons pour la paix, pas pour la haine." Une ovation a éclaté. La musique a triomphé, mais le mal est fait.
Maria João Pires tire sa révérence
À 81 ans, la pianiste portugaise Maria João Pires a officiellement annoncé la fin de sa carrière le 1er novembre dernier, lors de la remise du Prix européen Helena Vaz da Silva à la Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne. Après un problème de santé cérébrovasculaire survenu en juin, qu'elle décrit comme "un signe, peut-être un avertissement", la grande dame du piano entame un "processus de changement radical" et "une recherche de vérités". Pires, qui avait déjà annoncé une première retraite en 2017 avant de revenir sur scène, semble cette fois-ci déterminée à tourner définitivement la page de l'interprétation. Ses enregistrements de Mozart et Schubert resteront des références absolues, témoignages d'une sensibilité hors du commun et d'une poésie au clavier qui a marqué plus de six décennies.
Mirga Gražinytė-Tyla : une étoile montante à Radio France
Bonne nouvelle pour Radio France : l'Orchestre Philharmonique annonce la nomination de Mirga Gražinytė-Tyla au poste de Première cheffe invitée à compter de septembre 2026. La cheffe lituanienne, qui s'est fait remarquer à la tête du City of Birmingham Symphony Orchestra, est une passionnée de Mieczysław Weinberg et dirige justement ce mois-ci trois concerts consacrés à Chostakovitch et Weinberg du 14 au 21 novembre à l'Auditorium de Radio France. Cette nomination marque un tournant important : elle collaborera avec Jaap van Zweden, le nouveau directeur musical, dans ce qui s'annonce comme un duo prometteur pour redonner un éclat particulier à cette phalange.
Françoise Lengellé : une grande dame du clavecin nous a quittés
Le 2 novembre, la claveciniste française Françoise Lengellé est décédée à l'âge de 81 ans. Grande spécialiste du répertoire français des XVIIe et XVIIIe siècles, elle était une interprète d'une sensibilité rare et d'une érudition remarquable. Professeure au CNSMD de Lyon jusqu'en 2010, elle a formé des générations entières de clavecinistes et laisse derrière elle une discographie précieuse, notamment ses enregistrements de Rameau et Chambonnières. Lauréate du Concours international de clavecin de Bruges en 1977, elle fut la première française à y être récompensée. Sa disparition marque la fin d'une époque pour la musique baroque française.
Le Concours du Ballet de l'Opéra fait peau neuve
Les 3 et 4 novembre, le Palais Garnier a accueilli le retour tant attendu du Concours de promotion du Ballet de l'Opéra, avec une révolution dans ses modalités. Fini l'unique variation imposée exclusivement classique : désormais, les candidats peuvent choisir parmi trois propositions, dont une variation contemporaine. Un changement qui rompt avec 165 ans de tradition mais répond aux revendications des danseurs. Les résultats sont tombés : chez les femmes, Yeeun Lee et Sofia Rosolini sont promues Coryphées, tandis qu'Apolline Anquetil et Seohoo Yun deviennent Sujets. Côté masculin, Shale Wagman, Nathan Bisson et Loup Marcault-Derouard accèdent au rang de Coryphée, et Enzo Saugar ainsi que Keita Bellali rejoignent les Sujets. Cette édition 2025 marque-t-elle un nouveau départ ou le début de la fin pour cette institution unique au monde ? L'avenir nous le dira.
