
Du 11 au 18 octobre 2025, l’Opéra Royal de Versailles présente une version audacieuse de La Cenerentola de Rossini, portée par Gaëlle Arquez, Patrick Kabongo et une mise en scène imaginative de Julien Lubek et Cécile Roussat.
À l’automne prochain, le somptueux écrin de l’Opéra Royal du Château de Versailles va vibrer au rythme de la musique rossinienne : du 11 au 18 octobre 2025, une nouvelle production de La Cenerentola (traduit ici en français Cendrillon) promet de revisiter le conte, sans fée ni citrouille, dans un ballet de déguisements, de quiproquos, et de charme vocal.
Un conte plein de malice
Rossini et son librettiste Jacopo Ferretti ont choisi de s’éloigner du merveilleux traditionnel pour offrir une version plus réaliste, voire satirique, de l’histoire de Cendrillon. Les éléments de conte de fées comme la marraine, la pantoufle magique ou les citrouilles sont ici évacués au profit d’un jeu de masques, de déguisements et de révélations comiques : « un formidable jeu de dissimulations et de méprises » selon les préparateurs de la production. Dans cette version, l’intrigue s’oriente davantage vers la morale sociale — la reconnaissance de la vertu, la ruse des circonstances — que vers la magie romantique du conte de Perrault. L’enjeu n’est plus tant surnaturel qu’humain. Cette réinterprétation se marie bien à l’esthétique retenue par la mise en scène de Julien Lubek (également chorégraphe), associée à Cécile Roussat pour les costumes et l’univers visuel. L’ensemble promet une « farce lyrique stylisée », selon les communiqués, et une pièce vivante de trois heures (avec entracte).
Une distribution de prestige
Le rôle-titre d’Angelina / Cendrillon sera tenu par la mezzo-soprano Gaëlle Arquez, qui a déjà brillé dans des rôles baroques et classiques (Rosina, etc.). Sa présence confirme le désir de l’équipe artistique d’allier qualité vocale et intensité dramatique. Face à elle, Patrick Kabongo incarnera Don Ramiro (ou « Don Rodolphe » selon certaines sources) dans la version française du livret. D’autres rôles notables sont confiés à Gwendoline Blondeel (Éléonore, la sœur aînée) et Éléonore Pancrazi (Isabelle, la sœur cadette), tandis que Nicolas Brooymans prend le rôle de Don Magnifico, figure paternelle ambiguë. À la baguette, l’Orchestre de l’Opéra Royal sera dirigé par Gaétan Jarry, un chef en vogue, capable d’allier finesse et énergie. Les chœurs sont assurés par le Chœur de l’Opéra Royal de Versailles, solide formation déjà présente dans les saisons passées.
Un écrin historique — et un pari artistique
L’Opéra Royal de Versailles, conçu par Ange-Jacques Gabriel et inauguré en 1770, compte aujourd’hui environ 650 places. Ce joyau néo-classique, restauré récemment, offre une acoustique remarquable et une élégance visuelle propice à des productions exigeantes.
Choisir Versailles comme scène pour Cendrillon n’est pas neutre : l’histoire du lieu — entre royauté, festivités de cour et contraintes techniques anciennes — apporte une dimension symbolique : dans un lieu chargé de pouvoir et de cérémonial, on va rendre audibles, sous les lustres et les miroirs dorés, une histoire de reconnaissance humble et de retournements sociaux. La production s’inscrit aussi dans la saison 2025-2026 du château, où Rossini côtoiera Purcell, Mozart et d’autres compositeurs majeurs.
Pour le public, une invitation au renouvellement
Acheter un billet — les prix annoncés oscillent entre ~ 50 et 178 € selon les sources — c’est s’offrir non seulement une soirée d’opéra, mais une immersion dans un univers visuel audacieux, une version revisitée du récit familial le plus universel.
L’argument, simple sur le papier — une jeune fille malmenée qui finit par triompher — est ici repensé : ce n’est pas la baguette magique qui sauve Angelina, mais sa constance, son intelligence sociale et la mise en lumière par les stratagèmes du destin. C’est une Cendrillon moderne, jouée, déguisée, presque « théâtrale », où le masque devient instrument de révélation. En somme, cette production a toutes les chances de réveiller l’Opéra Royal de Versailles, de marier le patrimoine et l’innovation, de donner un souffle contemporain à Rossini, et d’attirer un public curieux, audacieux, amoureux de bel art. Vous êtes conviés à Versailles, à l’automne, pour redécouvrir Cendrillon — mais pas celle qu’on croit.
