

Ce 19 février, la Salle Cortot accueille un spectacle au bénéfice de l'École normale de musique de Paris, où le géant de la littérature française dialogue avec les plus grands compositeurs romantiques. Entre récitation et mélodies lyriques, l'Homme-Siècle nous parle encore.
J'ai toujours pensé que Victor Hugo était trop grand pour tenir dans un seul livre. Trop vivant aussi pour rester enfermé dans nos manuels scolaires. Alors quand j'ai découvert que Christophe Barbier et Pauline Courtin donnaient voix à ce monument de notre patrimoine dans un spectacle qui mêle théâtre et musique, je me suis dit qu'on touchait enfin à l'essence même du personnage : un poète qui débordait de partout, qui voulait tout dire, tout voir, tout sentir.
Le rendez-vous est fixé au 19 février à 20h30, dans l'écrin exceptionnel de la Salle Cortot, rue Cardinet, dans le dix-septième arrondissement. Cette salle mythique, que son créateur Alfred Cortot comparait lui-même à un Stradivarius pour sa résonance, accueillera donc Choses vues… et chantées ! Les voix de Victor Hugo. Un titre qui dit exactement ce qu'il promet : les observations du poète sur son siècle, alternées avec des mélodies composées sur ses vers par Liszt, Bizet, Fauré, Hahn, Franck, Lalo et même Benjamin Britten.
Je dois vous parler de Choses vues, ce journal de bord monumental que Hugo a tenu tout au long de sa vie. Ce n'est pas une œuvre littéraire au sens classique, c'est mieux que ça : c'est la vie qui passe, saisie au vol. Des scènes de rue, des faits divers, des réflexions politiques, des aphorismes, des portraits. Jean Cocteau, qui s'y connaissait en matière d'art, l'appelait « le seul grand classique du journalisme ». En feuilletant ces pages, on croise la misère de Paris, les soubresauts de la révolution de 1848, des condamnés à mort, des enfants qui jouent, la beauté d'un papillon. Hugo note tout, avec cette plume qui ne sait pas faire dans la demi-mesure.
Christophe Barbier, que l'on connaît pour sa verve et son éloquence de journaliste, a décidé de prêter sa voix à ces textes. Il les dit, il les incarne, il leur redonne chair. À ses côtés, la soprano Pauline Courtin chante Hugo dans les mélodies que les plus grands compositeurs du dix-neuvième siècle ont créées à partir de ses poèmes. Car voilà un aspect méconnu de l'œuvre hugolienne : sa poésie a inspiré des dizaines de compositeurs. Liszt a mis en musique Oh ! quand je dors, Comment, disaient-ils ? et Enfant, si j'étais roi. Fauré a créé Le papillon et la fleur. Bizet s'est emparé de La chanson du fou et des Adieux de l'hôtesse arabe.
Le programme musical que proposent Barbier et Courtin est un véritable parcours dans le romantisme français et européen. On y entendra aussi Reynaldo Hahn avec Si mes vers avaient des ailes, César Franck avec Roses et papillons, Édouard Lalo avec Dieu qui sourit et qui donne, et même Benjamin Britten avec son cycle Enfance. Jeff Cohen les accompagnera au piano, créant ce dialogue à trois voix entre le verbe, le chant et la musique.
Ce spectacle existe déjà sous forme de disque, enregistré précisément dans cette même Salle Cortot et sorti en septembre 2025 chez le label Aparté, à l'occasion des cent quarante ans de la mort de Victor Hugo. Les critiques ont salué la justesse de ton de l'ensemble. Sur le site Olyrix, un chroniqueur relève notamment un moment particulièrement fort où Hugo écrit : « Mettez un aveugle au soleil : il ne le verra pas, mais il le sentira. Tiens, dira-t-il, j'ai chaud. C'est ainsi que nous sentons, sans le voir, l'être absolu. Il y a une chaleur de Dieu », immédiatement suivi par l'interprétation de Dieu qui sourit et qui donne de Lalo. Cette correspondance entre le texte et la mélodie crée, paraît-il, une résonance émotive saisissante.
Le spectacle a déjà tourné dans plusieurs villes de France. Il a été donné au Théâtre de Poche-Montparnasse à partir de novembre 2025, à l'Opéra de Nice, à Brignoles, et dans d'autres lieux patrimoniaux. Chaque représentation dure environ une heure dix, un format idéal qui permet de maintenir l'intensité sans lasser. La formule plaît visiblement : le public découvre ou redécouvre un Victor Hugo moins monumental, plus intime, et constate à quel point sa poésie continue d'inspirer les interprètes d'aujourd'hui.
Cette soirée du 19 février a une dimension particulière : c'est une représentation au bénéfice de l'École normale de musique de Paris, institution prestigieuse qui se bat pour maintenir son niveau d'excellence sans subventions publiques. Elle dépend entièrement de ses recettes de billetterie et de la générosité du public. Assister au spectacle, c'est donc aussi soutenir concrètement la transmission musicale et la formation des jeunes talents.
La Salle Cortot, conçue par Auguste Perret, l'architecte du Théâtre des Champs-Élysées, est classée Monument historique. Depuis son inauguration, elle a accueilli les plus grands : Pablo Casals, Jacques Thibaud, Mstislav Rostropovitch. Des chefs-d'œuvre de Georges Enesco, Germaine Tailleferre, Manuel de Falla et Lili Boulanger y ont été créés en première mondiale. Entendre Barbier et Courtin dans ce lieu, c'est s'inscrire dans cette lignée.
Victor Hugo écrivait dans Choses vues : « Ne pas se forcer à penser. Mais noter aussitôt chaque pensée qui se propose. » Cette spontanéité, cette attention portée au réel et à l'instant, c'est exactement ce que le spectacle cherche à restituer. En alternant les textes bruts du journal et les mélodies raffinées, Christophe Barbier et Pauline Courtin nous rappellent que Hugo était autant un observateur qu'un rêveur, autant un militant qu'un poète.
Alors si vous cherchez une soirée qui allie intelligence, beauté et engagement, ne manquez pas ce rendez-vous du 19 février. Les réservations se font sur le site sallecortot.com. Et en sortant, vous aurez sans doute envie de rouvrir vos Hugo, de revisiter ces pages que l'on croyait connaître, et de constater une fois de plus que l'Homme-Siècle nous parle encore, avec une étonnante actualité.
