Clément Cogitore à l'été 2026 : ‘‘La Flûte enchantée’’ entre opéra et expositions méditerranéennes
- Emmanuel Rials

- il y a 2 jours
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Du 2 au 21 juillet 2026, le Théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence accueille une nouvelle production de La Flûte enchantée de Mozart, mise en scène par l’artiste et cinéaste français Clément Cogitore, accompagnée par la Cappella Mediterranea sous la direction du chef Leonardo García-Alarcón. Présentée dans le cadre du prestigieux Festival d’Aix-en-Provence, cette œuvre majeure du répertoire lyrique est revisitée à travers une mise en scène contemporaine et visuelle, s’inscrivant dans la continuité du travail de Cogitore sur la mémoire, les images et les récits collectifs.
Un été méditerranéen entre opéra et arts visuels
Cette première mise en scène d’opéra de Cogitore au festival provençal s'accompagne parallèlement de deux grandes expositions : ‘‘Ferdinandea, l’île éphémère’’ au MuCEM de Marseille jusqu’au 20 septembre 2026, et ‘‘Memory Palace’’ aux Rencontres de la photographie d’Arles du 6 juillet au 4 octobre 2026. Ces projets forment un triptyque artistique explorant les fondations mythiques et collectives de nos sociétés sous des angles complémentaires — de la disparition d’une île volcanique à la recomposition des souvenirs personnels et politiques via les images, jusqu’au conte initiatique de Mozart que Cogitore détourne subtilement.
‘‘La Flûte enchantée’’ : une œuvre universelle revisitée
Créée en 1791, La Flûte enchantée s'impose comme l’un des opéras les plus populaires et symboliques de Mozart. Entre conte initiatique et métaphore maçonnique, l’opéra mêle un récit accessible à un questionnement philosophique profond. Pour le Festival d’Aix-en-Provence, déjà historique dans ses réinterprétations scéniques d’œuvres classiques, cette nouvelle production promet d’être un des moments forts de l’édition 2026, notamment grâce à la captation vidéo proposée par Arte, ouvrant la diffusion à un large public.
Un dispositif scénique à la croisée des arts
Le travail de Cogitore, mêlant cinéma, photographie et installation, infuse le spectacle d’un langage visuel puissant où images, ombres et projections créent un univers immersif et évocateur. Il explore ainsi les enjeux d’histoire, de pouvoir et de genre que le livret aborde, cherchant à dérouter le regard traditionnel porté sur cette œuvre emblématique. L’approche souligne que la mise en scène est un élément parmi d’autres dans l’expérience collective qu’est l’opéra, en dialogue avec la musique, les voix, la scénographie et l’architecture du lieu.
Une équipe artistique à la recherche d’une expérience renouvelée
Leonardo García-Alarcón dirige la Cappella Mediterranea, ensemble spécialisé dans le baroque et le classique, et prône une interprétation historiquement informée tout en privilégiant l’innovation scénique. Le plateau réunit de jeunes chanteurs mis en avant par le Festival, qui participent aussi à des événements dans la ville d’Aix, tels que la parade annoncée pour le 29 juin 2026. Cette dynamique témoigne d’une volonté de connecter la production avec son public et de renouveler les modes de rencontre avec l’opéra.
De ‘‘Les Indes galantes’’ à ‘‘La Flûte enchantée’’ : la continuité d’une démarche
Cogitore n’en est pas à son premier défi lyrique. Sa mise en scène rythmée et contemporaine des ‘‘Indes galantes’’ à l’Opéra Bastille en 2019 avait marqué les esprits en intégrant danse urbaine et vidéo à l’opéra baroque. La reconduction de cette démarche à Aix s’inscrit dans un contexte plus large de renouvellement du regard porté sur l’opéra, cherchant à attirer de nouveaux publics en puisant dans les esthétiques contemporaines et les arts visuels. L’été 2026, avec ses multiples rendez-vous, illustre parfaitement cette circulation entre disciplines artistiques.
Expositions connexes : entre histoire, mémoire et images
Au MuCEM, ‘‘Ferdinandea, l’île éphémère’’ invite à un voyage historique et sensoriel dans la mémoire d’un territoire disparu, réveillant convoitises coloniales et récits imaginaires. Photographies, films et installations sonores tissent ce récit éphémère d’une île volcanique surgie brièvement au XIXe siècle. Par ailleurs, ‘‘Memory Palace’’ aux Rencontres d’Arles déploie un parcours visuel invitant à réfléchir sur la mémoire individuelle et collective à travers des images réappropriées, des fragments filmiques et des dispositifs immersifs, signant une des expositions majeures de la programmation photographique 2026.
Les enjeux d’une mise en scène contemporaine
En multipliant les moyens d’expression et de questionnement, Cogitore souligne que l’enjeu n’est pas de moderniser Mozart à tout prix, mais bien de prendre en compte la manière dont les publics d’aujourd’hui reçoivent cette œuvre. La scène d’opéra devient ainsi un espace vivant de dialogue entre histoire, politique, poétique et réception, où se croisent mélomanes avertis et novices, souvent désormais exposés via des captations en ligne ou des retransmissions culturelles. Le contenu éditorial développé par le Festival d’Aix et Arte nourrit ce débat essentiel sur la pertinence et la créativité dans la mise en scène des grands classiques.
Un impact attendu sur le territoire et les publics
Par cette articulation d’événements en différents lieux, le travail de Cogitore catalyse une réflexion à la fois locale et universelle. Il met en lumière la nécessité pour le monde lyrique et culturel de s’adapter, d’ouvrir ses formes et d’irriguer son territoire pour maintenir un dialogue vivant avec des publics divers issus de cultures variées. Cette capacité à passer harmonieusement entre un plateau d’opéra et une salle d’exposition souligne l’émergence d’artistes polymorphes, capables de conjuguer images, sons et récits pour interroger notre rapport aux mythes, à l’histoire et aux croyances collectives dans une époque en mutation.



