Franco Fagioli fait revivre l’art des castrats au Théâtre du Capitole
- Emmanuel Rials

- 24 mai
- 3 min de lecture
Le jeudi 4 juin 2026, le prestigieux Théâtre du Capitole de Toulouse vibrera à l'unisson avec le contre-ténor hispano-argentin Franco Fagioli. Son récital exceptionnel, intitulé « Hommage au castrat Velluti », promet une plongée fascinante au cœur d'une tradition vocale à la fois mythique et emblématique : l’art des castrats. Accompagné par les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra Royal du Château de Versailles sous la direction du chef Stefan Plewniak, Fagioli tournera les projecteurs vers Giovanni Battista Velluti, le dernier grand castrat, en interprétant un répertoire d'airs virtuoses signés Rossini, Mercadante, Nicolini et Bonfichi.
L'héritage vocal des castrats : un âge d'or singulier
Pour apprécier pleinement ce programme unique, il convient de revenir à l'âge d’or des castrats qui s’étend du XVIIe siècle jusqu'aux premières décennies du XIXe siècle. Durant cette période, la voix raffinée et inimitable des castrats s'imposa tant dans les églises que sur les scènes d'opéra européennes. Naples, en particulier, fut l'épicentre d’une douloureuse mais fertile industrie musicale où plusieurs milliers de jeunes garçons subissaient la castration chaque année afin de préserver leurs voix aiguës. Bien que cette pratique soit aujourd’hui unanimement condamnée, elle donna naissance à une esthétique vocale qui modela durablement les contours du bel canto, reliant l’exubérance baroque à la sensibilité romantique.
Giovanni Battista Velluti, l'ultime légende
Né en 1780, Giovanni Battista Velluti fut l’un des piliers de cette tradition vocale. Son style caractérisé par un chant ornementé et virtuose, parfois qualifié d'excessif par ses contemporains, séduisit un large public et inspirera des compositeurs comme Rossini qui composa pour lui le rôle d’Arsace dans Aureliano in Palmira. Sa vie publique tumultueuse et son influence sur ses collègues chanteuses illustrent la complexité d’un système artistique fondé sur une performance vocale hors du commun mais reposant sur de lourds sacrifices humains.
Franco Fagioli : un contre-ténor au service de la mémoire et de l'innovation
Franco Fagioli, né en 1981 à San Miguel de Tucumán, porte le flambeau de cette tradition avec une approche moderne. Séduit dès son enfance par les voix du répertoire baroque, il a suivi une formation rigoureuse à Buenos Aires, nourrissant son art du bel canto, particulièrement celui de Rossini. Sa large tessiture et sa maîtrise technique exceptionnelles lui permettent aujourd’hui d’incarner avec fidélité l’esprit et la virtuosité que requéraient les castrats, tout en renouant avec cette esthétique de façon contemporaine.
Un programme choisi pour révéler un pan méconnu du répertoire
Le récital au Théâtre du Capitole offre une sélection d’airs rarement entendus aujourd'hui, issus d’opéras comme Traiano in Dacia de Nicolini, Attila de Bonfichi, ou encore Andronico de Mercadante, en parallèle avec des pièces majeures de Rossini. Cette exploration permet de revisiter un répertoire riche en défis techniques et expressifs, conçu pour mettre en lumière la supériorité vocale des castrats dans le paysage musical du début du XIXe siècle.
Un écrin musical prestigieux et historiquement informé
Les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra Royal du Château de Versailles, dirigés par Stefan Plewniak, apportent à ce concert une authenticité sonore soutenue par des pratiques d’interprétation historiquement informées. Ce partenariat illustre la volonté des institutions musicales d’aujourd’hui de rapprocher les publics contemporains d’un patrimoine artistique délicat et peu exploité jusque-là, enrichissant ainsi la diversité des programmations et la compréhension historique.
Résonances contemporaines et enjeux éthiques
Au-delà de l’aspect musical, ce spectacle invite à une réflexion plus large sur la place des voix atypiques dans l’opéra contemporain. En explorant l’héritage des castrats via la voix naturelle du contre-ténor, Franco Fagioli et le Théâtre du Capitole jettent un pont entre histoire et modernité, entre exploration vocale et défi aux conventions de genre. Cette démarche résonne particulièrement à une époque où la diversité vocale et corporelle est de plus en plus célébrée sur scène.
Conclusion : un hommage vivant à une histoire complexe
La soirée dédiée à Velluti est ainsi bien plus qu’un simple concert. Elle est une mémoire vivante qui mêle érudition et passion, rigueur historique et émotion pure. Franco Fagioli, par son talent et son engagement, offre au public toulousain une expérience profonde où s’entrelacent passé et présent, souffrance et beauté, technique et expression. Un rendez-vous incontournable pour tous les amoureux de l’art vocal et de l’opéra.



