À Ohlungen, un récital pour se mettre au plus près du piano et au cœur de l’émotion
- Emmanuel Rials

- 12 juil.
- 4 min de lecture
Le 11 juillet 2026, la paisible commune d’Ohlungen, nichée dans le Bas-Rhin, s'apprête à accueillir un rendez-vous singulier dédié à la musique classique : un récital de piano exceptionnel interprété par la talentueuse concertiste Inga Kazantseva. Initialement prévu dans la douce intimité de la chapelle de la Klose, l'événement sera finalement déplacé à l'église du village en raison des fortes chaleurs annoncées, sans toutefois perdre la quintessence de son ambiance. Ce sera une soirée où musique, poésie et nature dialogueront étroitement, au plus près du piano et au cœur de l’émotion, accueillant un public varié, jeune comme senior, avec un tarif d'entrée modéré de 10 euros et la gratuité pour les moins de 16 ans.
Le cadre intimiste des Sacrés Vendredis de la Klose
Ce récital s’inscrit dans la programmation des Sacrés Vendredis de la Klose, un cycle culturel désormais bien identifié dans le paysage musical du nord de l’Alsace. Chaque été, ce festival propose plusieurs soirées autour du piano, dans des cadres ruraux intimes qui deviennent une véritable composante de l’expérience musicale. L’édition 2026 annonce trois concerts sous le thème « Au plus près du piano… au cœur de l’émotion », mettant en avant des pianistes invités et privilégiant la proximité entre le public, l’instrument et l’interprète.
L’objectif est de créer une atmosphère de recueillement et d’écoute attentive où le répertoire pianistique résonne avec la nature environnante et l’architecture sacrée du lieu. Dans cette optique, la venue d’Inga Kazantseva, artiste formée au plus haut niveau et bien implantée dans le Grand Est, incarne parfaitement la volonté de mêler exigence artistique et accessibilité, en conjuguant des œuvres majeures du répertoire avec des pièces plus médidatives et introspectives.
Inga Kazantseva : une pianiste au cœur de la scène alsacienne
Inga Kazantseva est loin d’être une inconnue dans la région. Concertiste reconnue et co-directrice artistique du festival international Vibration(s) à Bischwiller, elle multiplie les prestations dans le Grand Est, notamment à travers des programmes dédiés à Beethoven et au répertoire romantique. Elle jouit d’une présence régulière dans la presse régionale, comme lors de ce récital des Dernières Nouvelles d’Alsace en 2011 consacré à Beethoven à La Petite-Pierre.
Son parcours témoigne d’une double vocation : défendre le grand répertoire pianistique avec rigueur et explorer des œuvres moins courantes, tout en cultivant un rapport intime et affectif avec son auditoire. Cette approche contribue à faire du récital d’Ohlungen une expérience artistique à la fois exigeante et chaleureuse.
Un programme romantique aux contrastes émotionnels puissants
Le récital s’articule autour d’un voyage à travers le romantisme européen, incarné par des figures majeures telles que Frédéric Chopin, Franz Schubert et Franz Liszt. Ce fil conducteur repose sur la mise en lumière des caractères contrastés des œuvres, nourrissant une palette émotionnelle riche et nuancée.
La soirée commencera avec deux pièces emblématiques de Chopin : l’Étude en la mineur, dont la fougue rythmique symbolise la virtuosité technique et l’énergie créative, suivie du Nocturne en do dièse mineur, empreint d’une mélancolie douce et profonde. Cette alternance illustre la tension entre bravoure et introspection, chère au compositeur.
Viendront ensuite les Impromptus de Schubert, avec une mise en exergue particulière de deux d’entre eux : l’Impromptu en mi bémol majeur, lumineux et fluide, et celui en sol bémol majeur, d’une intensité méditative marquée. Ces pièces permettent d’explorer des émotions allant du chant léger à une profondeur presque métaphysique, reflet d’un romantisme intérieur profond.
Le programme s’enrichit par la suite de danses populaires hongroises de Liszt, qui insufflent au concert une énergie populaire et festive. Ces pièces proviennent des traditions verbunkos et csárdás, mêlant virtuosité pianistique et rythmes entraînants qui offrent une couleur vibrante en écho à la nature environnante.
La Vallée d’Obermann : apogée d’un voyage sonore intense
Point culminant de la soirée, La Vallée d’Obermann de Liszt occupera une place centrale. Cette œuvre majeure, inspirée du roman d’Étienne Pivert de Senancour, est une vaste fresque pianistique explorant les tourments du mal du siècle romantique, entre spleen et exaltation passionnée. L’interprétation de cette pièce exige une virtuosité expressive intense, capable d’orchestrer une palette sonore riche malgré l’unicité du piano.
Dans le cadre intimiste de l’église d’Ohlungen, cette œuvre prendra une dimension particulière, permettant au public de capter chaque nuance, chaque respiration, chaque silence, et de vivre pleinement l’intensité émotionnelle portée par la musicienne.
Un rendez-vous culturel au cœur de l’été alsacien
Le récital d’Inga Kazantseva s’insère dans une dynamique culturelle estivale forte en Alsace et dans le Grand Est, où festivals, concerts d’orgue, événements jazz ou lyriques se succèdent, tissant un riche réseau artistique et favorisant la mobilité des publics entre différentes manifestations.
Les Sacrés Vendredis de la Klose s’affirment ainsi comme un événement précieux, complémentaire aux grands festivals médiatisés, en mettant en avant un format intimiste et enraciné dans le territoire rural. La programmation accessible et le prix modéré, ainsi que l’attention portée à l’accueil, notamment des personnes à mobilité réduite, témoignent d’une volonté d’ouverture large.
Une expérience musicale intense à ne pas manquer
Pour les mélomanes et curieux qui se déplaceront à Ohlungen, ce récital promet un moment de communion avec le piano et son interprète, au travers d’œuvres essentielles du romantisme européen. La richesse expressive de Chopin, la poésie méditative de Schubert et la virtuosité passionnée de Liszt offrent un portrait musical aux multiples facettes, invitant à une écoute attentive et sensible.
Les Sacrés Vendredis de la Klose misent ainsi sur une relation directe et authentique entre la scène et la salle, où la qualité du cadre et la proximité intensifient la réception des œuvres. Cette soirée sera, sans aucun doute, un temps fort de l’été culturel alsacien, une invitation au voyage intérieur au contact du piano et d’une interprétation tout en finesse et intensité.



