À Seynod, l’ensemble vocal Agami revisite l’opéra-bouffe « Maître Péronilla » de Jacques Offenbach
- Emmanuel Rials

- 25 avr.
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À Seynod, dans l’agglomération d’Annecy, l’ensemble vocal Agami propose ce week-end une incursion pleine de fantaisie dans le répertoire d’Offenbach avec une version revisitée de « Maître Péronilla », opéra-bouffe créé en 1878. Le spectacle est annoncé à l’Auditorium de Seynod, dans le cadre d’une location de salle par le chœur, avec une distribution amateur encadrée par des professionnels et des tarifs compris, selon l’Auditorium, entre 5 et 20 euros pour un public de tout âge. L’événement s’inscrit dans la programmation culturelle locale du bassin annécien, avec l’ambition de remettre en lumière une œuvre rarement jouée d’un compositeur pourtant très présent sur les scènes françaises.
Un opéra-bouffe méconnu d’Offenbach
Composé en trois actes sur un livret signé par Jacques Offenbach avec Charles Nuitter et Paul Ferrier, « Maître Péronilla » appartient à cette veine d’opéra-bouffe satirique qui a fait la renommée du musicien franco-allemand. Créé au Théâtre des Bouffes-Parisiens en 1878, le spectacle s’inscrit à la fin de la carrière d’Offenbach, après les grands succès de « La Vie parisienne » ou « La Périchole ». L’intrigue se déroule en Espagne et tourne autour d’un notaire chocolatier, Don Guardona Péronilla, pris dans un imbroglio matrimonial où se mêlent erreurs de contrat, faux mariages, quiproquos juridiques et critique légère des convenances bourgeoises. Le site de l’encyclopédie en ligne Wikipedia rappelle que l’œuvre, bien accueillie à sa création, a ensuite été peu reprise au XXe siècle, avant de connaître un intérêt renouvelé ces dernières années grâce à quelques productions de maisons d’opéra et d’ensembles spécialisés. Partout, c’est la même tonalité qui est soulignée : un Offenbach spirituel, mais dans une partition plus méconnue que ses grands titres habituels.
Une production locale portée par l’ensemble vocal Agami
À Seynod, c’est l’ensemble vocal Agami qui se saisit de cette partition. Le chœur, créé en 2013 et issu du Centre de pratique musicale d’Annecy, est basé dans la commune et réunit des choristes adultes autour d’un travail régulier, à la croisée du répertoire classique et des projets scéniques. La fiche de présentation de l’événement publiée sur le site de La Corde Vocale décrit le projet comme une « satire du mariage » proposée dans un esprit d’opéra-bouffe accessible au grand public. L’Auditorium de Seynod précise que la production est portée par la cheffe de chœur Monique Moscarola, à la direction musicale, avec mise en scène, accompagnement instrumental et solistes locaux ou régionaux, dans une configuration volontairement légère, adaptée à une salle de taille moyenne. Il ne s’agit donc pas d’une grande production lyrique avec orchestre complet et décors monumentaux, mais d’une relecture qui repose sur l’énergie du chœur, le jeu des chanteurs et la proximité avec le public.
Une trame fidèle et un rôle central du chœur
Dans ce « Maître Péronilla » revisité, la trame reste fidèle à l’original : un mariage arrangé, des signatures ambiguës, des personnages qui se retrouvent mariés sans vraiment le vouloir et un notaire pris à son propre piège. La documentation disponible sur les partitions, notamment via la bibliothèque musicale en ligne IMSLP, permet de retrouver les grandes lignes du livret et la structure en trois actes, où se succèdent airs solistes, ensembles et grands numéros de chœur. L’ensemble Agami s’appuie sur cette architecture pour proposer un spectacle complet, dans lequel le chœur occupe un rôle central, qu’il s’agisse de commenter l’action, d’incarner des groupes de personnages ou de porter la dynamique comique. Les annonces de La Corde Vocale et de l’Auditorium mettent en avant le registre comique et enjoué d’Offenbach, avec cette manière de « jouer sérieusement de choses légères », caractéristique de l’opéra-bouffe.
Une dynamique de redécouverte d’Offenbach
Au-delà de l’anecdote locale, le choix de « Maître Péronilla » s’inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte d’Offenbach au-delà de ses titres les plus célèbres. Ces dernières années, plusieurs maisons d’opéra et ensembles baroques ou romantiques se sont intéressés à ses ouvrages moins connus, comme le rappellent des articles de presse spécialisés et des notices de programmations, notamment lors de productions à l’Opéra de Rennes ou au Festival d’Offenbach d’Etretat. Ce travail de redécouverte contribue à montrer un compositeur plus divers, dont la production couvre un large éventail de sujets et de tonalités, de la critique sociale légère à la parodie de l’opéra sérieux. S’emparer de « Maître Péronilla » dans un cadre amateur encadré par des professionnels, comme à Seynod, fait partie de cette dynamique : faire vivre un patrimoine musical en le confiant à des chœurs de territoire, capables de l’emmener vers un nouveau public.
L’enjeu local du projet dans le bassin annécien
Le projet trouve aussi un écho particulier dans le bassin annécien, où la pratique chorale est très présente. Le Centre de pratique musicale d’Annecy travaille depuis plusieurs années à développer des projets scéniques accessibles, mêlant amateurs et professionnels, autour d’œuvres qui permettent le jeu théâtral autant que le chant. Dans cette logique, l’opéra-bouffe d’Offenbach, construit sur des situations comiques, des dialogues vifs et des ensembles entraînants, offre un terrain idéal. La communication autour du spectacle insiste sur le caractère tout public de la soirée, avec une forme qui se veut à la fois fidèle à l’esprit de la partition et adaptée à des spectateurs qui ne sont pas forcément familiers de l’opéra. Tarifs modulés, horaire accessible, mise en scène claire : la production cherche visiblement à lever les freins souvent associés au genre lyrique.
Une préparation exigeante et une occasion rare pour le public
Pour les choristes d’Agami, ce rendez-vous représente l’aboutissement de plusieurs mois de travail. Si le détail des répétitions n’est pas documenté dans la presse, la préparation d’un opéra-bouffe complet suppose un investissement conséquent : apprentissage des partitions, travail scénique, coordination avec les musiciens, réglages techniques dans la salle de spectacle. L’Auditorium de Seynod, qui accueille régulièrement des créations locales et des tournées régionales, offre pour cela des conditions professionnelles, que nombre de chœurs amateurs ne trouvent pas toujours. Pour le public, c’est l’occasion d’entendre une œuvre rarement donnée en version scénique dans une salle de cette taille, en dehors des grandes institutions lyriques.
L’opéra-bouffe : un patrimoine vivant et un reflet contemporain
Cette représentation de « Maître Péronilla » à Seynod illustre enfin la façon dont les scènes locales participent à la vitalité de la vie culturelle, en articulant patrimoine musical et création de lien social. Les productions d’Offenbach, avec leur mélange de légèreté et de regard critique, trouvent facilement une résonance contemporaine, notamment lorsqu’il est question de mariage, de conventions sociales ou de rigidités administratives. Les spectateurs qui franchiront les portes de l’Auditorium retrouveront sans doute, derrière les costumes et les situations grotesques, une manière de parler du présent à travers un opéra du XIXe siècle. La suite dépendra de l’accueil du public : si le succès est au rendez-vous, ce type de projet pourrait encourager l’ensemble Agami et d’autres formations du territoire à poursuivre l’exploration de ce répertoire, contribuant ainsi à ancrer un peu plus l’opéra-bouffe dans le paysage culturel d’Annecy et de ses environs, entre productions professionnelles de grande envergure et initiatives locales engagées.



