« Ariane à Naxos » ouvre la saison de l’Opéra national du Rhin
À Strasbourg, l’Opéra national du Rhin ouvre sa saison 2026-2027 avec une nouvelle production d’Ariane à Naxos, l’opéra de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal. La première représentation est programmée le 31 octobre 2026 à l’Opéra de Strasbourg, avant une diffusion à Mulhouse les 20 et 22 novembre, puis à Colmar à la fin du mois. Mise en scène par Myriam Marzouki, cette œuvre mêle le grand opéra, la comédie et la réflexion sur la création artistique. Elle sera interprétée en allemand, avec des surtitres en français et en allemand, pour une durée annoncée d’environ deux heures trente, entracte compris.
Créé dans sa version définitive le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne, Ariane à Naxos occupe une place singulière dans l’histoire de l’art lyrique. L’ouvrage est né de la collaboration entre Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, l’un des grands duos compositeur-librettiste du XXe siècle. Avant de devenir l’opéra en deux parties connu aujourd’hui, le projet avait été imaginé comme une œuvre destinée à accompagner une représentation du Bourgeois gentilhomme de Molière. Cette genèse explique en partie son goût du théâtre, du dédoublement et des changements de registre.
Dans sa forme définitive, Strauss et Hofmannsthal imaginent un opéra dans l’opéra, construit autour d’une situation de crise. Dans le prologue, les préparatifs d’une représentation consacrée au mythe d’Ariane sont bouleversés au dernier moment par la décision d’un commanditaire : l’opéra sérieux devra finalement être joué en même temps qu’une œuvre comique. Les artistes n’ont alors d’autre choix que de mélanger leurs univers et de réinventer le spectacle dans l’urgence. Cette première partie, très dialoguée, expose avec ironie les rapports de pouvoir qui structurent la vie théâtrale, entre exigences financières, prestige culturel et fragilité des artistes.
La seconde partie transporte le public sur l’île de Naxos. Ariane, abandonnée par Thésée, y attend la mort, enfermée dans le souvenir de son amour perdu. Face à elle, Zerbinette et sa troupe de comédiens issus de la commedia dell’arte apportent leur énergie, leur humour et leur goût de l’improvisation. Le contraste entre l’opéra seria et la comédie populaire est au cœur de l’œuvre. Il permet à Strauss et Hofmannsthal d’interroger la hiérarchie entre les formes artistiques, mais aussi la manière dont une représentation peut transformer une situation tragique.
Cette opposition n’est pourtant jamais totalement figée. Dans Ariane à Naxos, le rire ne se contente pas de désamorcer le drame et le drame ne condamne pas la légèreté. Zerbinette, avec son intelligence pratique et sa liberté de ton, propose à Ariane une autre manière d’envisager l’abandon. L’arrivée de Bacchus ouvre alors une nouvelle perspective : la rencontre amoureuse et la métamorphose viennent déplacer le récit mythologique. La musique accompagne ces changements par un jeu permanent de contrastes, entre lignes lyriques, éclats virtuoses, ensembles animés et moments de suspension.
Pour Myriam Marzouki, cette situation de théâtre dans le théâtre constitue un terrain privilégié pour faire dialoguer la mythologie et les réalités contemporaines. La metteuse en scène, habituée à travailler sur la rencontre entre récits anciens et préoccupations actuelles, présente l’œuvre comme une réflexion sur l’équilibre entre la liberté artistique et les contraintes extérieures. La mise en scène doit ainsi faire coexister la représentation elle-même et tout ce qui la précède : les répétitions, les tensions entre artistes, les changements de dernière minute et les conséquences de ce qui se joue hors du plateau. Cette approche devrait également souligner la dimension collective d’un spectacle fabriqué dans l’urgence.
La direction musicale est confiée à Christoph Koncz, qui retrouve l’Orchestre national de Mulhouse. La partition de Strauss se distingue par une orchestration dense, des contrastes marqués et une écriture particulièrement exigeante pour les voix. Le compositeur y associe des couleurs orchestrales très raffinées à des passages d’une grande puissance dramatique, tout en laissant une place importante à l’élégance et à la clarté héritées de Mozart. La présence de Bacchus, les interventions de Zerbinette et le long parcours intérieur d’Ariane sollicitent des tempéraments vocaux très différents, réunis par une même exigence de précision musicale et théâtrale.
La production réunira une distribution internationale, avec notamment Eugénie Joneau dans le rôle d’Ariane. Ancienne artiste de l’Opéra Studio de l’OnR, la soprano fera ses débuts dans ce rôle. Elle donnera la réplique à AJ Glueckert, qui interprétera Bacchus, et à Julie Roset dans le personnage de Zerbinette. La distribution associe également plusieurs artistes de l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin, parmi lesquels Antoine Foulon, Arwen Tanguy, Naïma Wanshe, Lucy Evans et Jessica Hopkins. Cette présence de jeunes interprètes s’inscrit dans la vocation de l’Opéra Studio, qui accompagne l’émergence de chanteurs tout en les confrontant aux grandes œuvres du répertoire.
La conception visuelle est assurée par Alex Eales pour les décors, Laure Mahéo pour les costumes et Fabrice Kebour pour les lumières. La chorégraphie est signée Jean-François Kessler et la dramaturgie Sébastien Lepotvin. Dans une œuvre où les artistes commentent leur propre métier et où le plateau devient le lieu d’une représentation en train de se construire, ces différents regards participent pleinement à la lecture du spectacle. La production est présentée avec le soutien de Fidelio et en coproduction avec l’Opéra de Dijon.
À Strasbourg, une introduction de trente minutes sera proposée avant chaque représentation, afin de présenter l’œuvre et les choix de mise en scène. Le spectacle est accessible à partir de dix ans. Après les premières représentations strasbourgeoises, Ariane à Naxos poursuivra son parcours en Alsace, au Théâtre de la Sinne à Mulhouse, puis au Théâtre municipal de Colmar. Cette circulation entre les trois villes rappelle la vocation régionale de l’Opéra national du Rhin et permet à une même production de toucher des publics différents. Avec son mélange d’humour, de musique et de réflexion sur le monde du spectacle, l’ouvrage de Strauss et Hofmannsthal donnera le ton d’une saison placée sous le signe du dialogue entre les œuvres du répertoire et les regards contemporains.




