À Mediasquare, Mozart se raconte entre musique, théâtre et idées reçues
Le jeudi 5 novembre, à 12h30, la RTBF ouvrira les portes de son nouveau siège, Mediasquare, pour un concert de midi pas tout à fait comme les autres. Dans le hall Agora, le public pourra découvrir gratuitement Ça part en fugue : 5 questions sur Mozart, une adaptation scénique du podcast de Musiq3. Pendant cinquante minutes, la journaliste et productrice Cécile Poss, le comédien Réal Siellez et la pianiste Cansu Şanlıdağ proposeront une rencontre entre musique classique, théâtre et humour. L’entrée est gratuite, mais l’inscription est obligatoire et les places sont limitées.
Le principe du spectacle est simple : prendre cinq idées largement répandues sur Wolfgang Amadeus Mozart et les confronter aux faits historiques. Le compositeur était-il un génie absolu, un plagiaire, un alcoolique ou un personnage grossier ? A-t-il réellement été assassiné ? Ces questions constituent le fil rouge de la première saison du podcast Ça part en fugue, consacré au compositeur autrichien. La série entend distinguer ce qui relève des archives, des témoignages et du contexte historique de ce qui s’est construit au fil des récits, des biographies et de la culture populaire.
Cette démarche est d’autant plus nécessaire que Mozart est devenu une figure qui dépasse largement sa musique. Né à Salzbourg en 1756, présenté dès l’enfance dans les cours européennes, il incarne à lui seul l’image de l’enfant prodige. Sa virtuosité précoce, ses tournées avec son père Leopold et la rapidité avec laquelle il compose ont nourri une fascination durable. Mais cette histoire, souvent racontée comme celle d’un don miraculeux, laisse parfois dans l’ombre l’apprentissage intensif, les voyages, les rencontres et les traditions musicales qui ont façonné son écriture.
À cette image du génie s’ajoute celle d’une icône reconnaissable entre toutes : perruque blanche, clavier, rire débridé et mort mystérieuse. Le film Amadeus, réalisé par Milos Forman en 1984, a durablement contribué à populariser certains traits du personnage, notamment celui d’un compositeur irrévérencieux, rieur et volontiers scatologique. Le podcast de Musiq3 revient sur ces représentations, non pour effacer leur part romanesque, mais pour montrer comment elles se sont formées et ce qu’elles disent réellement de l’homme derrière la légende.
Sur scène, Cécile Poss mène l’enquête et fait dialoguer les sources avec les mythes. Réal Siellez, lui, endosse le rôle de Mozart. Il proteste, fanfaronne, esquive et tente de défendre sa réputation, introduisant dans le récit une dimension théâtrale qui évite le ton de la conférence traditionnelle. La pianiste Cansu Şanlıdağ accompagne les échanges et replace les questions dans la matière sonore. Les extraits musicaux ne servent donc pas seulement d’illustration : ils permettent de revenir à l’œuvre et de comprendre comment Mozart construit une phrase, transforme un modèle ou fait dialoguer les voix.
La question du « génie » est ainsi au cœur du dispositif. Mozart a été célébré très tôt pour ses capacités exceptionnelles, mais cette réputation ne doit pas faire oublier le travail, l’apprentissage et les influences qui ont nourri son écriture. Comme d’autres compositeurs du XVIIIe siècle, il évolue dans une tradition fondée sur la transmission, l’imitation et la transformation. Le terme de plagiaire, appliqué sans précaution, risque donc d’être anachronique. S’inspirer d’un prédécesseur, reprendre une forme ou dialoguer avec un style existant ne signifie pas nécessairement copier. Le spectacle s’intéresse précisément à cette frontière entre inspiration, appropriation et création.
Les autres interrogations suivent la même logique. Le portrait d’un Mozart alcoolique ou constamment porté sur la fête appartient en grande partie à l’imaginaire collectif. Ses lettres et certains témoignages ont alimenté une réputation de provocateur, parfois grossier, mais ils ne suffisent pas à établir le portrait d’un homme défini par l’alcool ou la débauche. De même, sa mort, survenue à Vienne le 5 décembre 1791, a donné naissance à de nombreuses hypothèses, dont celle d’un empoisonnement ou d’un assassinat. Les causes exactes de son décès ont longtemps été discutées, mais aucune preuve définitive n’a confirmé le scénario criminel.
Avec Ça part en fugue, Musiq3 prolonge donc son travail de médiation autour des grandes figures de la musique classique. La formule repose sur un équilibre entre récit documenté, extraits musicaux et incarnation théâtrale. Elle s’adresse autant aux auditeurs familiers de Mozart qu’à ceux qui connaissent surtout quelques airs célèbres et souhaitent comprendre l’homme derrière l’image. Le rendez-vous de Mediasquare constitue aussi une manière pour la RTBF d’investir son nouveau bâtiment en y organisant un événement culturel ouvert au public, à l’heure du déjeuner.
Pour assister à cette rencontre, il fallait s’inscrire avant le 5 novembre via le formulaire prévu par la RTBF. Une fois les portes franchies, le public ne découvrira pas seulement cinq réponses à cinq questions sur Mozart. Il sera surtout invité à écouter autrement une musique dont la force ne dépend ni des légendes ni des caricatures. Après cette étape scénique, le podcast poursuit son chemin et ouvre déjà la voie à d’autres compositeurs, d’autres réputations et d’autres vérités à démêler.




