Au Caudan Arts Centre, quatre rendez-vous pour faire vivre la musique classique
À Port-Louis, le Caudan Arts Centre accueillera, du 28 octobre au 7 novembre 2026, quatre concerts consacrés à la musique classique. La programmation réunira des musiciens mauriciens, des artistes de La Réunion et deux interprètes venus de Saint-Pétersbourg. À travers ces rendez-vous, les organisateurs veulent rapprocher le public de grands compositeurs, valoriser les jeunes instrumentistes et rappeler la vitalité d’un répertoire capable de traverser les siècles sans perdre sa force d’expression.
Cette série dessine aussi un portrait de la musique classique à Maurice. Loin de se limiter à un seul format, elle passera de l’orchestre symphonique au récital, de la musique vocale à la musique de chambre, tout en accordant une place importante à la transmission. Les quatre soirées permettront ainsi de mesurer le travail accompli par les conservatoires et les ensembles locaux, mais aussi les liens qui se tissent avec les institutions musicales de la région.
Le premier temps fort sera donné le mercredi 28 octobre avec « Rencontre Symphonique », un concert porté par Opera Mauritius. L’événement s’appuie sur une collaboration entre le Conservatoire national de musique François-Mitterrand, le Conservatoire Frédéric Chopin, le Mauritius Police Band, l’Ensemble 415 et Vent d’un Rêve. Des musiciens du Conservatoire régional de La Réunion participeront également à cette formation placée sous la direction du chef d’orchestre réunionnais Daniel Bargier. D’une durée annoncée d’une heure et vingt minutes, sans entracte, la soirée réunira plus de cinquante instrumentistes dans une formation pensée comme un espace de rencontre entre enseignants, élèves et artistes confirmés.
Le programme fera entendre des œuvres de Haydn, Mozart, Tchaïkovski, Mendelssohn, Saint-Saëns et Grieg, ainsi qu’une composition mauricienne. Le public retrouvera notamment la suite « Water Music » de Haendel, écrite au XVIIIe siècle pour accompagner une représentation royale sur la Tamise, le deuxième mouvement du Concerto pour piano n° 21 de Mozart et un extrait de « Peer Gynt » de Grieg. Ces pages, familières ou à redécouvrir, illustrent plusieurs manières d’aborder l’orchestre, entre éclat collectif, lyrisme et évocation de paysages imaginaires.
La musique vocale occupera également une place importante. Des extraits de la comédie musicale « My Fair Lady » seront interprétés par Sophie Némorin, Estelle Cathan et Jessica Babet. La soirée se poursuivra avec le célèbre « Brindisi » de « La Traviata », porté par Véronique Zuël et Jean-Michel Ringadoo. En associant opéra, comédie musicale et répertoire instrumental, « Rencontre Symphonique » entend rendre le concert accessible à des publics différents, sans opposer découverte et tradition.
Ce concert s’inscrit dans un mouvement plus large de relance de la pratique orchestrale à Maurice. Dans un article publié le 5 octobre, « L’express » indiquait qu’un orchestre devait être constitué principalement d’artistes mauriciens. Le journal présentait cette initiative comme le retour d’un véritable concert symphonique porté par une formation locale, après plusieurs décennies marquées par la venue d’orchestres étrangers. Marie-Christine Clarisse, directrice du Conservatoire François-Mitterrand, y évoquait une occasion pour les instrumentistes établis à Maurice de « faire rayonner ensemble l’art orchestral ». Le projet comporte aussi une dimension pédagogique, avec des ateliers, des masterclasses et des échanges entre artistes confirmés, enseignants et élèves. Au-delà de la représentation, l’enjeu est donc de consolider une pratique durable.
Deux jours plus tard, le samedi 31 octobre, le Conservatoire Frédéric Chopin retrouvera la scène du Caudan Arts Centre avec « Glimpse of Music 3 ». Fondée en 2000 par les pianistes Lilia Poustovoytova et Dean Nookadu, l’institution de Quatre Bornes assure une formation en piano, violon, flûte et guitare, pour enfants comme pour adultes. Pour cette nouvelle édition, les élèves et leurs enseignants partageront la scène pendant une heure, dans un programme allant des œuvres classiques aux compositions plus contemporaines. Solistes, duos et ensembles de musique de chambre se succéderont, avec des formations réunissant piano, violon, flûte et guitare. Le spectacle offrira ainsi une vitrine du travail artistique et pédagogique accompli au sein du conservatoire, tout en donnant aux jeunes interprètes l’expérience particulière d’une scène professionnelle.
Le mardi 3 novembre, le public changera d’univers avec une soirée réunissant la pianiste Zarina Shimanskaya et le ténor Sergey Skorokhodov. Tous deux originaires de Saint-Pétersbourg, les artistes proposeront un programme d’une heure et demie consacré aux chefs-d’œuvre du répertoire international. Les pièces vocales seront interprétées dans leur langue originale, notamment en russe, en italien, en français et en allemand, afin de préserver les couleurs propres à chaque œuvre. Lauréate de concours internationaux, Zarina Shimanskaya s’est produite dans des salles comme le Wigmore Hall de Londres, le Mozarteum de Salzbourg ou la salle de concert du Théâtre Mariinsky. Sergey Skorokhodov est, lui, présenté comme un soliste de premier plan du Mariinsky, avec des apparitions au Metropolitan Opera, à la Scala et à l’Opéra national de Paris. Le concert est annoncé en entrée libre par le Caudan Arts Centre.
La série s’achèvera le samedi 7 novembre avec « Back to Classical », proposé par l’Ensemble 415. Après « Strings Go Pop », l’ensemble renouera avec les œuvres pour cordes et un répertoire davantage ancré dans la tradition classique. Bach, Vivaldi et Telemann côtoieront Grieg, Monti, Barber et Holst. Violons, altos, violoncelles et contrebasse permettront de parcourir plusieurs périodes de l’histoire musicale, du baroque aux écritures plus modernes. L’Ensemble 415, qui mène également des actions de transmission auprès des jeunes musiciens, entend offrir une autre manière d’aborder la musique classique, entre fidélité aux œuvres, énergie collective et nouvelles interprétations.
De l’orchestre symphonique à la musique de chambre, en passant par le récital et la formation des jeunes instrumentistes, cette programmation présente plusieurs visages d’un même patrimoine. Elle témoigne aussi de la volonté des institutions musicales mauriciennes de travailler ensemble et de multiplier les passerelles avec La Réunion et l’international. Reste désormais à voir quelle réponse le public apportera à ces quatre rendez-vous, alors que les organisateurs cherchent à inscrire plus durablement la musique classique dans la vie culturelle de l’île.




