Essaouira fait vibrer la musique classique avec la 22e édition du Printemps musical des Alizés
- Emmanuel Rials

- il y a 4 jours
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Du 30 avril au 3 mai 2026, Essaouira se prépare à vivre quatre jours entièrement dédiés à la musique classique avec la 22e édition du Printemps musical des Alizés. Dans la Cité des Alizés, douze concerts gratuits sont annoncés, investissant des lieux emblématiques de la médina et rassemblant un plateau de musiciens de premier plan. Organisé par l’Association Essaouira-Mogador et la Fondation Ténor pour la Culture, ce rendez-vous printanier s’inscrit désormais comme l’un des temps forts du calendrier culturel marocain, avec un double enjeu : défendre l’excellence musicale et ouvrir largement l’accès à la musique classique.
Un festival incontournable de la musique classique au Maroc
Créé en 2001 à l’initiative notamment de l’économiste et conseiller royal André Azoulay et de Mohammed Annaji, le Printemps musical des Alizés est devenu au fil des années le seul festival de musique classique d’envergure nationale au Maroc. Porté par l’association Essaouira-Mogador, il s’est progressivement imposé comme un laboratoire de rencontres artistiques, où se croisent artistes internationaux, jeunes talents et musiciens de l’Orchestre Philharmonique du Maroc.
La direction artistique est aujourd’hui assurée par la pianiste et cheffe d’orchestre Dina Bensaïd, également directrice de la Fondation Ténor pour la Culture, qui assume depuis près d’une décennie la ligne artistique du festival. Dans cette ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’événement s’appuie sur un décor patrimonial singulier : Dar Souiri, Bayt Dakira, l’église d’Essaouira, la Salle de la Marche Verte ou encore les ruelles de la médina se transforment, le temps du festival, en véritables scènes à ciel ouvert. L’édition 2026 s’inscrit dans cette continuité, tout en revendiquant une thématique forte, celle du « dialogue ».
Une édition placée sous le signe du dialogue artistique
Les organisateurs décrivent cette 22e édition comme une déclinaison du dialogue « né de l’écoute et du partage », capable de « traverser les époques, de relier les cultures et de nourrir la création », selon le communiqué conjoint de l’Association Essaouira-Mogador et de la Fondation Ténor pour la Culture, relayé notamment par Libération et AllAfrica. Chaque concert est conçu comme un espace de rencontre où œuvres, interprètes et sensibilités entrent en résonance.
Sur le plan artistique, ce fil conducteur se traduit par un va-et-vient entre répertoires historiques et écritures plus contemporaines, par des formats allant du récital intimiste aux grandes soirées symphoniques, et par un dialogue constant entre générations de musiciens.
Au-delà des intentions artistiques, la gratuité intégrale des douze concerts – dans la limite des capacités d’accueil – répond à une volonté assumée de démocratisation culturelle, rappelée par plusieurs supports comme Le360 Afrique ou Vivre Essaouira : permettre à un large public, mélomanes avertis comme néophytes, de découvrir la musique classique dans des conditions professionnelles.
Un programme riche et varié
Le programme se déploie sur quatre journées, avec un soin particulier apporté au concert d’ouverture. Le jeudi 30 avril en soirée, Dar Souiri accueille un trio avec piano réunissant Lucas Debargue, pianiste révélé au Concours Tchaïkovski, et les frères David et Alexandre Castro-Balbi au violon et au violoncelle. D’après les présentations des organisateurs, ce premier rendez-vous est pensé comme une « conversation musicale » où les compositeurs dialoguent à travers le temps, dans un équilibre entre virtuosité et lyrisme.
Parallèlement, la Salle de la Marche Verte accueille une première grande soirée symphonique avec l’Orchestre Philharmonique du Maroc. Le programme met en regard les univers de Tchaïkovski et de Chostakovitch, dans ce que les organisateurs décrivent comme un « dialogue puissant entre compositeurs et contextes historiques ».
Au fil des jours, la thématique du dialogue se décline sous d’autres formes. Le Trio Arnold, formation de musique de chambre invitée à plusieurs reprises, propose un travail sur les résonances entre les styles et les compositeurs, dans l’intimité de Bayt Dakira ou de Dar Souiri.
Le pianiste français Pascal Amoyel, présenté comme « le pianiste aux cinquante doigts » par L’Observateur et AllAfrica, investit lui aussi cette idée de dialogue, mais sur le terrain de la transmission. Son spectacle, qui mêle musique et récit, fait revivre la figure du virtuose Georges Cziffra, son maître et idole, et met en scène un échange sensible entre héritage et mémoire.
D’autres solistes, comme le pianiste Michel Bourdoncle ou le clarinettiste Pierre Génisson, figurent également au programme détaillé publié par Vivre Essaouira, confirmant la place donnée aux grands interprètes du répertoire classique.
Le festival hors des salles, au cœur de la ville
Comme chaque année, le festival sort des salles pour investir la ville elle-même. Le vendredi 1er mai au matin, une promenade musicale en médina est organisée, avec des musiciens de l’Orchestre Philharmonique du Maroc disséminés dans les ruelles d’Essaouira. Cet intermède en plein air, décrit comme « une parenthèse conviviale et accessible à tous » dans les communiqués officiels, est devenu l’un des marqueurs du Printemps musical des Alizés, en créant un contact direct entre la population, les visiteurs et la musique.
Dans le même esprit, le festival propose une « Matinée Jeunes Talents », qui met en lumière une nouvelle génération de musiciens issus notamment des conservatoires et de programmes de formation soutenus par la Fondation Ténor. Cette matinée est régulièrement citée par les médias comme un indicateur de la vitalité de la scène classique marocaine.
La transmission au cœur du festival
La dimension pédagogique se renforce également à travers l’Alizés Conducting Academy, reconduite pour cette édition. Après une résidence de travail à Rabat, de jeunes chefs d’orchestre sont invités à diriger l’Orchestre Philharmonique du Maroc lors des deux grandes soirées symphoniques, sous le regard du chef autrichien Wolfgang Dorner, dont la présence est confirmée par plusieurs sources, dont AllAfrica et L’Observateur.
Cette initiative, présentée par les organisateurs comme un prolongement naturel de la mission de transmission du festival, illustre le rôle de la manifestation comme tremplin pour les carrières émergentes, autant dans la direction d’orchestre que dans l’interprétation instrumentale.
Un rayonnement culturel et économique pour Essaouira
Au-delà du seul registre musical, le Printemps musical des Alizés s’inscrit dans une stratégie plus large de rayonnement culturel pour Essaouira et, plus largement, pour le Maroc. La présence de partenaires publics et privés, évoqués notamment par Le360 Afrique – Office National Marocain du Tourisme, ministère de la Culture, Royal Air Maroc ou encore des institutions financières comme Bank of Africa et la Fondation BMCI – souligne les enjeux économiques et d’image associés à l’événement.
En transformant pendant quelques jours les palais, maisons historiques et lieux de culte de Mogador en scènes vivantes, le festival contribue à la valorisation d’un patrimoine urbain et architectural qui fait la singularité de la ville.
Conclusion : entre exigence artistique et ouverture au public
Ancré dans la cité depuis plus de deux décennies, le Printemps musical des Alizés tisse ainsi des liens entre patrimoine, création et exigence artistique. Les communiqués des organisateurs comme les articles de presse convergent : cette 22e édition promet une immersion au cœur de la grande musique, en confirmant la capacité d’Essaouira à se positionner parmi les grandes villes de festivals internationaux.
Reste à voir, au fil des prochaines éditions, comment ce rendez-vous continuera de renouveler sa programmation tout en préservant ce qui fait sa spécificité : la combinaison d’une exigence artistique élevée, d’une ouverture au plus grand nombre grâce à la gratuité, et d’un ancrage fort dans le tissu urbain et social de la Cité des Alizés.
Pour l’heure, du 30 avril au 3 mai, c’est bien la promesse d’un dialogue permanent – entre œuvres, interprètes, lieux et publics – qui fera vibrer Essaouira au rythme de la musique classique.



