Roberto Alagna fait résonner la Sicile à l’Opéra royal de Versailles
Le 16 décembre 2016, France 3 consacre sa soirée à Roberto Alagna avec un concert enregistré quelques semaines plus tôt à l’Opéra royal du château de Versailles. Baptisé « Le Royaume des Deux-Siciles à Versailles », le programme propose un voyage musical de Naples à la Sicile, entre grands airs d’opéra, chants populaires et créations plus personnelles. Pendant environ une heure et demie, le ténor franco-italien est entouré de plusieurs grandes voix lyriques françaises et internationales, de l’Orchestre de chambre de Paris et de son directeur musical pour la soirée, Yvan Cassar. Le spectacle est ensuite prolongé par un documentaire consacré au parcours du chanteur.
L’idée de cette soirée naît du lien intime que Roberto Alagna entretient avec l’Italie du Sud. Né à Clichy-sous-Bois, dans une famille d’origine sicilienne, le ténor a régulièrement placé ses racines au cœur de son répertoire. Son album Malèna, sorti en 2016 et dédié à sa fille, rassemble notamment des chansons inspirées par la tradition napolitaine et sicilienne. À Versailles, il choisit de faire dialoguer cet héritage populaire avec l’opéra italien, dans un lieu qui renvoie lui-même à l’histoire monarchique française. Dans un entretien accordé à France Télévisions, il décrit l’Opéra royal comme « un lieu divin » et explique avoir voulu installer cette rencontre entre le Sud de l’Italie et le passé royal de la France.
Le titre du concert évoque naturellement l’ancien royaume des Deux-Siciles, qui réunissait notamment Naples et la Sicile avant l’unification italienne au XIXe siècle. Cette référence historique sert surtout de fil conducteur à une soirée où les frontières géographiques et musicales s’effacent. La Naples des chansons sentimentales répond à la Sicile théâtrale de Verdi et de Mascagni, tandis que le décor versaillais apporte une dimension solennelle à des mélodies souvent nées dans la rue, les cafés ou les théâtres populaires.
Le programme repose d’abord sur les grands classiques associés à cette culture musicale. Le public retrouve « O sole mio », « Torna a Surriento », des extraits de Cavalleria rusticana de Mascagni, des pages de Bellini, compositeur originaire de Catane, ainsi que des airs des Vêpres siciliennes de Verdi. Certaines œuvres figurent déjà sur l’album Malèna, tandis que d’autres sont interprétées dans des arrangements conçus pour cette soirée. Roberto Alagna annonce également plusieurs duos et trios, dont une version de « Liberta », composée par son frère David et chantée avec son épouse, la soprano polonaise Aleksandra Kurzak. Le ténor précise que cette interprétation a ensuite été enregistrée en studio pour une nouvelle édition de l’album.
Ces choix dessinent un portrait musical de l’Italie méridionale, où l’élan lyrique côtoie la simplicité de la chanson. « O sole mio » repose sur une mélodie immédiatement reconnaissable, mais l’interprétation d’un ténor d’opéra lui confère une ampleur nouvelle. À l’inverse, les extraits de Mascagni et de Verdi rappellent que le théâtre lyrique italien puise lui aussi dans les passions populaires : l’amour, la jalousie, l’honneur et l’attachement à la terre natale. La soirée ne cherche donc pas à opposer musique savante et musique populaire, mais à montrer leur origine commune.
Le plateau réunit des artistes venus d’univers différents. Les sopranos Natalie Dessay, Aleksandra Kurzak et Pretty Yende côtoient la mezzo-soprano Béatrice Uria-Monzon, les barytons-basses Laurent Naouri et Rubén Amoretti, ainsi que les ténors Francesco Demuro, Piero Pretti et Michael Spyres. Ce dernier partage avec Roberto Alagna une interprétation de « O sole mio ». Le violoniste Nemanja Radulovic apporte une autre couleur instrumentale à l’ensemble, tandis que le chanteur américain Gregory Porter ouvre la soirée vers le jazz et la soul. Il se produit avec le groupe polyphonique corse Barbara Furtuna, dont les chants introduisent une dimension méditerranéenne supplémentaire.
L’accompagnement orchestral est assuré par l’Orchestre de chambre de Paris, placé sous la direction d’Yvan Cassar. Ce collaborateur régulier de Roberto Alagna joue un rôle important dans la construction du spectacle. Le ténor explique à France Télévisions qu’il travaille avec lui « comme s’il s’agissait d’un frère », en évoquant une relation fondée sur la confiance et l’écoute. Les arrangements doivent préserver la puissance des voix tout en laissant respirer les chansons et les instruments invités. La mise en scène privilégie la musique et les enchaînements rapides. Il n’y a pas de présentateur installé sur le plateau : Roberto Alagna assure lui-même la présentation des artistes en voix off. Les interviews et les réactions sont enregistrées durant les répétitions, afin de ne pas interrompre le rythme du concert.
Sur Franceinfo, le chanteur revient sur les exigences de cette captation. Le programme est long, dense et destiné à la télévision, ce qui peut conduire à reprendre certains morceaux. Il dit aussi avoir voulu accompagner ses partenaires et les aider à donner le meilleur d’eux-mêmes. « Ce sont des soirées où l’on se dépasse », explique-t-il, en insistant sur la nécessité de puiser dans ses ressources pour tenir une soirée aussi chargée. La présence de nombreux invités impose en effet une grande précision, mais donne au concert son caractère de rencontre exceptionnelle.
La diffusion s’inscrit dans une soirée spéciale consacrée à l’artiste. Après le concert, France 3 propose le documentaire Roberto Alagna, l’homme à la voix d’or, réalisé par Andy Sommer. Le film retrace l’ascension du ténor, depuis ses débuts jusqu’aux grandes scènes internationales, en s’appuyant sur des témoignages et sur plusieurs extraits d’opéra. La chaîne entend ainsi montrer à la fois la carrière du chanteur et l’homme derrière la voix, en rappelant son parcours, sa persévérance et son attachement à sa famille.
Au-delà du simple concert de variétés lyriques, « Le Royaume des Deux-Siciles à Versailles » cherche donc à rendre accessibles des répertoires qui relèvent à la fois de l’opéra et de la chanson populaire. Roberto Alagna y défend l’idée que l’art lyrique a toujours été une musique populaire, même si son public et ses modes de diffusion ont changé. En réunissant des chanteurs d’opéra, un violoniste, un ensemble corse et une figure du jazz dans le décor de Versailles, la soirée assume ce mélange des genres. Elle reste aussi le témoignage d’un artiste qui, après plus de trente ans de carrière, continue de faire de ses origines et de ses rencontres un matériau central de son travail.




