top of page

À Bâle, l’opéra « If I do not return » fait dialoguer Renaissance et futur

il y a 2 minutes
4 min de lecture

À Bâle, l’Elisabethenkirche accueillera du 11 au 19 octobre 2026 cinq représentations de « If I do not return », le premier opéra de la pianiste et compositrice polonaise Hania Rani. Présentée par le Theater Basel, cette création associe deux voix solistes, un ensemble vocal, un orchestre de chambre et le piano de la compositrice. Donné en anglais et d’une durée d’environ une heure trente sans entracte, le spectacle entend faire dialoguer les textes de la Renaissance avec une écriture musicale contemporaine, dans l’acoustique singulière de cette église bâloise. La première aura lieu le dimanche 11 octobre à 19 heures, avant quatre autres représentations les 13, 15, 17 et 19 octobre.

Hania Rani, connue pour ses compositions au piano, ses albums à la frontière de la musique classique et électronique et ses collaborations avec le cinéma et les arts visuels, signe ici sa première œuvre lyrique. Le projet a été commandé par le Theater Basel et s’inscrit dans la saison 2026-2027 de l’institution. Pour cette création, la musicienne s’est entourée de la mezzo-soprano canadienne Emily D’Angelo et de la soprano islandaise Álfheiður Erla Guðmundsdóttir. Les deux chanteuses interprètent deux versions d’un même personnage, présenté comme Hari : l’une appartient au passé, l’autre au futur. Hania Rani sera elle-même au piano, accompagnée par le Kammerorchester Basel et le Neophyt Vokalensemble.

Le livret s’appuie notamment sur des textes de chansons de John Dowland, compositeur anglais de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, figure majeure de la musique élisabéthaine. Sa musique, souvent associée à une mélancolie intime et à une grande attention portée à la ligne vocale, fournit à l’opéra une matière ancienne immédiatement reconnaissable, mais susceptible d’être fragmentée et transformée. Ces textes sont mêlés à une inspiration puisée dans « Solaris », le roman de science-fiction philosophique de l’écrivain polonais Stanisław Lem. Dans cette œuvre publiée en 1961, un scientifique confronté à une planète mystérieuse se trouve face à des souvenirs et à des apparitions qui prennent forme autour de lui. Hania Rani reprend cette réflexion sur la mémoire, le temps et la frontière entre le réel et l’imaginaire pour construire un récit lyrique situé entre plusieurs époques.

Le choix de John Dowland n’a rien d’un simple geste de citation historique. En faisant résonner des fragments de la Renaissance avec des textures électroniques et une écriture instrumentale actuelle, la compositrice interroge la manière dont les œuvres anciennes continuent de nous atteindre. Le passé n’apparaît pas comme un décor figé, mais comme une matière vivante, susceptible de refaire surface dans un autre langage. À l’inverse, le futur imaginé par « If I do not return » semble habité par les traces de ce qui l’a précédé. Cette circulation donne au titre de l’opéra une portée particulière : le retour évoqué peut être celui d’un personnage, d’une mémoire ou d’une voix disparue.

Le Theater Basel présente « If I do not return » comme un oratorio futuriste et une expérience installative. L’espace sacré de l’Elisabethenkirche ne sert donc pas seulement de décor : son volume et sa réverbération participent directement à la composition. La pièce a été conçue pour laisser les voix, le piano, les instruments et l’électronique se prolonger dans l’architecture. Dans un tel lieu, la perception de la musique dépendra autant des timbres que des silences, des distances et des résonances. Le public est invité à se déplacer mentalement entre un passé élisabéthain et un avenir lointain, dans une boucle où les temporalités se répondent plutôt qu’elles ne se succèdent.

Cette construction repose sur plusieurs contrastes : la musique ancienne et les textures électroniques, l’écriture orchestrale et les sonorités du piano, l’harmonie et le bruit, l’intime et le monumental. Le théâtre bâlois évoque une œuvre qui cherche moins à raconter une histoire linéaire qu’à faire ressentir la circulation du temps. Les deux personnages de Hari, interprétés par Emily D’Angelo et Álfheiður Erla Guðmundsdóttir, incarnent cette coexistence de périodes différentes. Leur présence permet de faire entendre une même identité sous deux formes, comme un reflet décalé dans le temps. Le dialogue entre les deux voix pourrait ainsi devenir le cœur dramatique de l’œuvre, davantage fondé sur la réminiscence et la perception que sur l’action traditionnelle.

La mise en scène, les costumes et une partie de la conception visuelle sont signés Theresa Baumgartner, tandis que Thomas Kleinstück assure la conception lumière. La dramaturgie est confiée à Elise Boch. Cette équipe accompagne une œuvre conçue à la croisée de l’opéra, du concert et de l’installation sonore. Le dispositif ne cherche pas à reproduire les codes traditionnels d’une production lyrique en salle, mais à exploiter les caractéristiques propres de l’Elisabethenkirche, lieu de culte devenu espace culturel ouvert à des formes artistiques contemporaines. La lumière devrait notamment contribuer à modeler les volumes du bâtiment et à accentuer l’impression d’un espace suspendu entre plusieurs mondes.

Pour Hania Rani, cette création représente une nouvelle étape après plusieurs projets consacrés au piano, à la musique de film et aux collaborations avec des artistes visuels. Son travail s’est souvent construit autour de motifs répétés, d’une écoute attentive du timbre et d’un équilibre entre dépouillement acoustique et traitement électronique. Avec cet opéra, ces éléments s’élargissent à l’écriture vocale et chorale. La partition est annoncée pour deux voix solistes, un chœur de huit chanteurs et un ensemble instrumental de neuf musiciens. Le texte de John Dowland y devient ainsi une matière à transformer, plutôt qu’un simple répertoire à interpréter.

Les représentations sont accessibles à partir de 14 ans. Les billets sont proposés entre 75 et 80 francs suisses selon les dates. Après la première du 11 octobre, le spectacle sera repris les 13 et 15 octobre à 20 heures, le 17 octobre à 20 heures, puis une dernière fois le 19 octobre à 20 heures. Avec cette création, le Theater Basel poursuit son ouverture à des formes musicales qui dépassent les frontières habituelles de l’opéra. Reste désormais à voir comment le public accueillera cette rencontre entre la mélancolie de la Renaissance, la science-fiction de Stanisław Lem et le langage sonore contemporain de Hania Rani.

NEWSLETTER : inscrivez-vous !

Merci pour votre envoi !

Restez informé, découvrez le meilleur de LA GRANDE MUSIQUE dans la newsletter hebdomadaire gratuite et recevez directement dans votre boite e-mail notre sélection d'articles, de concerts, d'actualités musicales. Mais aussi des cadeaux et des offres de nos partenaires.

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX

  • alt.text.label.Twitter
  • alt.text.label.Facebook
  • Instagram
  • Youtube
  • LinkedIn
  • Les fils

DÉCOUVREZ RADIO PANAME

Radio Paname

TÉLÉCHARGER L'APP

bouton telechargement google play store
bouton telechargement apple app store
bouton Amazon Alexa
bottom of page