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À Fabrègues, l’opéra se découvre dès la crèche avec la Compagnie Ostara

Le 18 juin dernier, la médiathèque Léon-Guizard de Fabrègues, dans l’Hérault, a ouvert les portes de sa salle Paul-Doumer à un public inhabituel pour un rendez-vous lyrique : des tout-petits, parfois encore en poussette, venus assister à une matinée d’initiation à l’opéra. Invités par la Compagnie Ostara, ils ont découvert « l’Opéra Buissonnier », un spectacle spécialement conçu pour les enfants dès la crèche, dans un dispositif adapté à leur taille, à leur sensibilité et à leur capacité d’attention. À terre, des tapis ont remplacé les rangées de fauteuils ; sur scène, une tente abrite Claire, chanteuse lyrique et membre fondatrice de la compagnie, prête à faire entrer les enfants dans le jardin imaginaire de Papagena. Pendant une vingtaine de minutes, sa voix porte un conte chanté pensé pour ce très jeune public.

Une Compagnie engagée pour dépoussiérer l'opéra dès le plus jeune âge

Fondée en 2018 et basée en Occitanie, la Compagnie Ostara s’est donné pour objectif de faire tomber les clichés qui entourent l’opéra et de l’amener au plus près des enfants, partout en France. Sur son site, l’association rappelle que l’idée est née d’un constat partagé par de nombreux professionnels de la culture : l’art lyrique reste perçu comme un univers « pour les adultes » ou « pour les vieux », souvent jugé trop long, trop codifié, voire intimidant. En s’inspirant des recherches en neurosciences sur les effets de la musique sur le développement du jeune enfant, la compagnie a choisi d’écrire et de mettre en scène des opéras très courts, visuels et immersifs, joués en direct dans des lieux familiers pour les familles, comme les médiathèques, crèches, écoles maternelles, centres sociaux ou salles municipales. Depuis sa création, plus de 10 000 bébés et jeunes enfants ont ainsi assisté à un de ses spectacles, selon les chiffres communiqués par la structure.

Le spectacle « Opéra Buissonnier » : un univers sensoriel conçu pour les bébés

« L’Opéra Buissonnier » se décline en plusieurs spectacles, parmi lesquels « Papagena », « Rusalka » ou « Olympia » pour les 0-4 ans, ainsi que « Le Voyage d’Aaron » destiné aux 4-6 ans. À Fabrègues, c’est l’univers coloré de Papagena qui a été proposé aux familles. Le décor, pensé pour être vu à hauteur d’enfant, mise sur des couleurs vives et des formes simples, censées capter le regard sans le saturer. La chanteuse, Claire Lairy, évolue à quelques centimètres seulement du premier rang, ce qui permet aux plus timides comme aux plus curieux d’observer de près le travail de la voix et de la respiration. Dans plusieurs reportages consacrés à la compagnie, notamment par France 3 et des médias spécialisés, les professionnels de la petite enfance décrivent ce type de moment comme « une parenthèse suspendue », où les bébés réagissent à la fois par le silence, l’écoute et parfois par des vocalises spontanées qui font partie intégrante de l’expérience.

Un appui scientifique pour favoriser le développement des enfants

Au fil des représentations données en France, la Compagnie Ostara insiste sur la dimension scientifique qui sous-tend son projet. Sur la page où elle détaille ses spectacles pour bébés, elle met en avant les travaux montrant que l’écoute de la musique classique et le contact avec la voix chantée favorisent le développement du langage, de l’attention et de la régulation émotionnelle chez les tout-petits. L’association explique structurer ses opéras autour de séquences courtes, de motifs mélodiques répétitifs et d’un tempo adapté, afin d’éviter la surexposition sonore tout en conservant la puissance émotionnelle de l’opéra. « Nos spectacles d’opéra pour bébés transforment ces bienfaits en une expérience musicale unique », peut-on lire sur le site, qui souligne aussi l’importance d’une voix chantée en direct, sans amplification excessive, pour créer une « connexion forte avec le jeune public ».

Des médiathèques et crèches au cœur d’une politique culturelle inclusive

Le choix d’une médiathèque comme celle de Fabrègues pour accueillir ce type de proposition s’inscrit dans une tendance plus large de territorialisation de l’offre culturelle en direction de la petite enfance. De nombreuses collectivités locales et établissements publics s’appuient désormais sur des associations spécialisées pour proposer des actions d’éveil artistique, en complément des animations de lecture et de contes. La commune de Fabrègues, à travers sa médiathèque Léon-Guizard, multiplie depuis plusieurs années les rendez-vous à destination des enfants, entre expositions, lectures et spectacles. En accueillant la Compagnie Ostara, elle rejoint un réseau de structures – crèches municipales, relais petite enfance, théâtres de quartier – qui, de Montpellier à d’autres villes françaises, intègrent l’opéra à leur programmation jeune public.

Rendre l’opéra accessible, sans barrières sociales ni géographiques

Au-delà de l’originalité du format, c’est aussi la question de l’accessibilité sociale et géographique à l’opéra qui est posée. Ostara se présente comme une « association référente des spectacles d’opéra pour enfants », dont la mission est d’« offrir l’opéra aux enfants » en sortant des grandes scènes traditionnelles. Grâce au soutien de partenaires privés, comme le fonds de dotation de l’Afer pour l’intérêt général, et de collectivités territoriales, les spectacles peuvent être programmés dans des territoires éloignés des grands opéras nationaux. Les équipes artistiques se déplacent avec décors, costumes et matériel minimal, afin de transformer, le temps d’une séance, une salle polyvalente ou un coin de médiathèque en petit théâtre lyrique. Cette logique « buissonnière », comme la compagnie aime la qualifier, vise à faire de l’opéra un art du quotidien, accessible sans dress code ni parcours préalable.

Un impact durable sur le jeune public et son environnement

Les retours du terrain, relayés par les éducateurs et les directrices de crèches, mettent souvent en avant la qualité artistique des propositions et la réaction des enfants. Sur son site, la compagnie rapporte les témoignages de professionnels parlant d’un « spectacle d’une qualité artistique extrême », qui surprend par la concentration des bébés et par la manière dont certains gestes ou intonations restent en mémoire plusieurs jours après la représentation. À Fabrègues, si la séance du 18 juin n’a pas fait l’objet d’un compte rendu détaillé au-delà des premières lignes accessibles, le dispositif décrit – tapis au sol, chanteuse proche du public, durée d’environ 25 minutes – correspond aux formats qui ont déjà convaincu de nombreuses structures d’accueil à travers le pays.

Une complémentarité avec les institutions lyriques traditionnelles

Ce type d’initiative s’inscrit aussi dans un mouvement plus global de renouvellement du public de l’opéra. De nombreuses maisons, à l’image de l’Opéra national de Paris, de l’Opéra de Lyon ou de Montpellier, développent des actions éducatives, ateliers et parcours scolaires, parfois dès la maternelle. Mais l’approche d’Ostara, itinérante et centrée sur la toute petite enfance, complète ces dispositifs institutionnels en s’adressant aux enfants bien avant l’âge de l’école obligatoire. En venant à la rencontre des familles dans les lieux qu’elles fréquentent déjà, ces spectacles peuvent constituer pour certains la toute première expérience de spectacle vivant, et, pour d’autres, le début d’un rapport différent à une esthétique souvent jugée élitiste.

L’avenir de l’opéra pour tout-petits : un défi et une espérance

À court terme, la médiathèque Léon-Guizard, comme d’autres établissements qui ont accueilli l’« Opéra Buissonnier », pourrait être amenée à reconduire ce type de rendez-vous, au gré des tournées de la compagnie. Sur le site d’Ostara, un calendrier de dates rappelle que la demande progresse, avec des représentations régulièrement complètes dans les crèches, bibliothèques ou centres culturels partenaires. À moyen terme, la question sera de savoir si ces expériences répétées contribuent réellement à modifier le profil du public de l’opéra en France. Les chercheurs qui travaillent sur les pratiques culturelles soulignent que l’exposition précoce ne suffit pas toujours à lever tous les obstacles sociaux ou économiques, mais qu’elle joue un rôle dans la familiarisation et la curiosité. À Fabrègues, les enfants qui ont levé la tête vers la tente de Papagena le 18 juin n’en garderont peut-être qu’un souvenir diffus. Mais pour les organisateurs comme pour la Compagnie Ostara, cette première rencontre, à hauteur de tapis et de voix, est déjà une porte ouverte vers un art qu’ils espèrent moins intimidant et plus partagé.

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