À Kergrist-Moëlou, l’ensemble DodéKa réinvente le concert classique
À Kergrist-Moëlou, dans les Côtes-d’Armor, l’ensemble DodéKa se produira samedi 31 octobre 2026 à 20 h 30, à la salle Lein-Roch, dans le cadre du festival Klasik. Au programme : Les Saisons, un spectacle musical qui associe les cordes, la mise en scène et le mouvement. La particularité de cette formation tient aussi à son fonctionnement : DodéKa joue sans chef et par cœur, une manière de bousculer les habitudes du concert classique et de placer l’écoute collective au centre de l’interprétation.
L’ensemble est né en 2018 à l’initiative de la violoniste Blandine Pruvot. Il réunit douze instrumentistes à cordes issus de conservatoires et de formations musicales européennes. Violons, altos, violoncelles et contrebasse travaillent sans direction centrale traditionnelle. Les musiciens doivent donc se regarder, s’écouter et ajuster en permanence leur jeu. Le geste, la respiration et les mouvements du groupe deviennent autant de repères que la partition. Sur son site de présentation, DodéKa explique vouloir « redonner souffle et liberté à la musique d’ensemble », en libérant les interprètes de la partition et du rapport habituel entre le chef et l’orchestre.
Jouer par cœur ne relève pas ici d’un simple effet spectaculaire. La mémorisation permet aux instrumentistes de se détacher du pupitre, de suivre les mouvements du groupe et de maintenir un contact direct avec les autres comme avec le public. Dans une formation sans chef, un départ légèrement retardé, une inflexion ou une respiration peuvent modifier l’équilibre général. Cette fragilité apparente devient une force : la musique semble se construire dans l’instant, au gré des regards et des réactions de chacun.
Cette organisation ne signifie pas l’absence de préparation ni de cadre. Le rôle de Blandine Pruvot, violon solo et figure artistique de la formation, reste essentiel dans la construction des interprétations. Mais l’équilibre musical repose sur une responsabilité partagée. Chaque instrumentiste participe aux décisions de tempo, de dynamique et de phrasé. Le résultat recherché est celui d’un ensemble mobile, capable de modifier son énergie au fil du concert et de faire du dialogue entre les musiciens une composante visible du spectacle.
À Kergrist-Moëlou, DodéKa présentera un programme consacré aux saisons et à leur représentation musicale. La première partie s’appuie sur Las Cuatro Estaciones Porteñas, les Quatre Saisons porteñas du compositeur argentin Astor Piazzolla. Écrite entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, cette œuvre répond à sa manière aux célèbres Quatre Saisons de Vivaldi. Piazzolla y transpose le cycle naturel dans l’univers urbain et nerveux de Buenos Aires, avec ses rythmes de tango, ses syncopes et ses contrastes de température.
Le rapprochement avec Vivaldi ne se limite donc pas à une référence musicale. Là où le compositeur baroque cherchait à peindre les bruits, les climats et les transformations de la nature, Piazzolla fait entendre une saison vécue dans une grande ville sud-américaine. Les cordes y alternent tension rythmique, lyrisme et effets de percussion, dans une écriture qui exige une grande précision collective. L’interprétation de DodéKa devrait trouver dans cette partition un terrain particulièrement favorable à son approche physique et sans chef.
Le spectacle comprend également La Cinquième Saison, du compositeur franco-grec Alexandros Markeas. Cette création s’inspire de l’œuvre de Vivaldi tout en s’éloignant du simple exercice de réécriture. Elle évoque les dérèglements du cycle naturel et la manière dont les saisons sont aujourd’hui perçues dans un contexte de changement climatique. Un arbre installé sur scène, dix musiciens et une danse accompagnent cette proposition, où la question écologique passe autant par les images que par les sons. La mise en scène, la lumière et la régie générale sont confiées à Juliette Mougel.
L’expérience proposée ne se limite donc pas à une succession de pièces interprétées face au public. Depuis sa création, DodéKa développe un travail à la croisée de la musique et du spectacle vivant. L’ensemble collabore avec des chorégraphes, des danseurs et des metteurs en scène. Le mouvement n’est pas ajouté après coup : il fait partie de la réflexion artistique et de la manière dont les musiciens occupent l’espace. Cette démarche permet aussi de rendre plus perceptible le travail collectif d’un orchestre, souvent masqué par la présence du chef et par la disposition traditionnelle des pupitres.
Le répertoire de DodéKa va de la musique baroque aux œuvres contemporaines. La formation revendique une attention particulière aux compositeurs des XXe et XXIe siècles, tout en conservant un lien avec les grandes œuvres du répertoire. Cette ouverture permet de rapprocher des écritures différentes et de faire entendre la musique classique dans des formats moins conventionnels. À Kergrist-Moëlou, le dialogue entre Vivaldi, Piazzolla et Markeas servira précisément de fil conducteur à une proposition à la fois musicale, visuelle et engagée.
Le concert est organisé par l’association Klasik, qui porte le festival du même nom dans le Centre-Bretagne. La représentation est prévue à la salle Lein-Roch, rue de l’École, pour une durée annoncée d’environ une heure quinze. Les tarifs indiqués sont de 14 euros en plein tarif et de 8 euros en tarif réduit ; l’entrée est gratuite pour les moins de 16 ans. Le rendez-vous s’adresse à tous les publics, sans prérequis particulier pour découvrir le répertoire ou la forme proposée.
Avec ce concert, le festival Klasik poursuit son travail de diffusion de la musique classique dans des communes éloignées des grandes salles de spectacle. Pour DodéKa, l’enjeu sera de faire entendre une musique de chambre élargie, mais aussi de montrer concrètement ce que change un orchestre sans chef : davantage de regards échangés, une attention permanente aux autres et une interprétation qui se construit sous les yeux du public. Une manière, en somme, de déplacer les codes du concert sans renoncer à l’exigence musicale.




