L’Opéra de Lille dévoile une saison 2026-2027 placée sous le signe de l’appartenance
À Lille, l’Opéra prépare sa saison 2026-2027 autour d’un fil rouge : le sentiment d’appartenance. De septembre 2026 à juin 2027, la programmation imaginée par Barbara Eckle, directrice de l’établissement depuis 2025, s’organisera en quatre « constellations », chacune construite autour d’une œuvre lyrique. Alcina de Haendel ouvrira la saison à l’automne, avant MARS de Jennifer Walshe en hiver, María de Buenos Aires de Piazzolla au printemps et Otello de Verdi à l’été. Une manière de poursuivre le projet engagé la saison précédente, en associant les grands rendez-vous lyriques à des concerts, des spectacles de danse, des propositions pour les familles et des événements ouverts à tous.
Après vingt-deux années à la tête de l’Opéra de Lille, Caroline Sonrier a quitté ses fonctions en 2025. Barbara Eckle lui a succédé avec la volonté de faire de la maison lilloise un lieu de découverte, de dialogue et de circulation entre les disciplines. La nouvelle saison prolonge cette orientation, tout en interrogeant les liens entre l’individu et le groupe, l’exil, la différence, le désir ou encore le regard porté sur celles et ceux considérés comme étrangers. Le thème de l’appartenance ne sera donc pas seulement abordé comme une question identitaire : il traversera les récits, les formes scéniques et les manières de partager la musique avec les publics.
La première constellation, à partir de septembre, s’intéressera à la diversité et aux personnes qui choisissent de vivre en dehors des normes. Elle sera organisée autour d’Alcina, l’opéra baroque de Georg Friedrich Haendel présenté du 6 au 17 octobre 2026. Créée à Londres en 1735, cette œuvre met en scène une magicienne dont le pouvoir repose autant sur les sortilèges que sur le désir qu’elle exerce sur les hommes. Dans la nouvelle production de Lille, la metteuse en scène polonaise Ewelina Marciniak explorera ce royaume comme un espace de liberté et de désir, loin des logiques de possession.
La mezzo-soprano Karine Deshayes incarnera Alcina, face à Adèle Charvet dans le rôle de Ruggiero, sous la direction musicale d’Emmanuelle Haïm, spécialiste du répertoire baroque, à la tête du Concert d’Astrée. Cette rencontre entre une distribution de premier plan et une lecture scénique contemporaine permettra de redonner à Alcina toute sa complexité : derrière le merveilleux et les airs virtuoses, l’opéra questionne la fragilité des liens amoureux et la possibilité de se réinventer. Autour de l’œuvre, l’Opéra proposera notamment une Open Week gratuite, du 16 au 19 septembre, ainsi que des rencontres, des ateliers et des concerts au Grand Foyer.
La deuxième constellation, à partir de novembre, prendra la direction de territoires inconnus, réels ou intérieurs. Elle sera centrée sur MARS, opéra contemporain de la compositrice irlandaise Jennifer Walshe, dont l’Opéra de Lille est coproducteur. Présentée du 13 au 16 janvier 2027, l’œuvre suit quatre femmes astronautes engagées dans un voyage de neuf mois vers la planète Mars. Leur expédition est bouleversée par l’intervention d’un milliardaire passionné de conquête spatiale. À travers cette odyssée, la création questionne l’isolement, le futurisme réactionnaire, le pouvoir et les nouveaux récits liés à l’exploration spatiale.
La mise en scène sera signée Tom Creed et Jennifer Walshe, avec Elaine Kelly à la direction musicale. Cette période accueillera aussi la soprano Ermonela Jaho, les 3 et 6 décembre, pour un concert mis en scène consacré aux passions de l’opéra italien et à Debussy. Le contraste entre le grand répertoire et la création contemporaine donnera à cette constellation une dimension particulièrement ouverte, comme si l’Opéra de Lille invitait à écouter autrement les voix qui racontent le monde présent.
Au printemps, la troisième constellation ouvrira des « histoires de passion » autour de María de Buenos Aires, l’unique opéra d’Astor Piazzolla. Créée en 1968 sur un livret d’Horacio Ferrer, cette œuvre-tango raconte le destin d’une femme née dans les quartiers pauvres de Buenos Aires, devenue chanteuse de cabaret et objet de fascination. Sa musique mêle les rythmes du tango, une écriture théâtrale et une atmosphère onirique, entre réalisme social et visions fantastiques.
La nouvelle production, programmée du 11 au 20 mars 2027, sera mise en scène par Giulia Giammona. La distribution réunira notamment Stéphanie d’Oustrac et sera entièrement confiée à des artistes féminines, un choix destiné à déplacer les représentations traditionnelles du tango et à interroger la violence des rapports de pouvoir. La Ville de Lille annonce également des rendez-vous de danse tango, chaque mercredi, du 20 janvier au 17 mars, pour accompagner cette plongée dans la culture argentine et prolonger l’expérience au-delà de la scène.
La dernière constellation, à partir d’avril, s’intéressera à l’amour brisé par les préjugés avec Otello de Giuseppe Verdi, présenté du 10 mai au 3 juin 2027. Créé en 1887, le dernier opéra de Verdi transforme la tragédie de Shakespeare en un drame d’une grande intensité musicale, où la jalousie s’alimente des mécanismes de l’exclusion. Dans cette nouvelle production, le metteur en scène hongrois Árpád Schilling abordera la tragédie du Maure de Venise à travers la discrimination et le regard porté sur celui qui demeure un étranger aux yeux de la communauté.
Le ténor sud-africain Owen Metsileng interprétera Otello, Elena Tsallagova sera Desdémone et Seth Carico incarnera Iago. Cette constellation s’achèvera avec un opéra itinérant, Un voyage en bateau, inspiré d’un madrigal d’Adriano Banchieri et imaginé par Franziska Kronfoth, qui circulera dans la métropole lilloise et les Hauts-de-France du 21 mai au 4 juillet. Le spectacle prolongera ainsi la réflexion sur l’appartenance en sortant du cadre traditionnel de la salle et en allant à la rencontre des habitants.
La saison fera aussi une large place aux formats plus intimes. Huit concerts « heure bleue » seront proposés en début de soirée, huit concerts « sieste » permettront au public de s’allonger pendant la pause méridienne, et quatre nuits « insomniaques » inviteront les spectateurs à écouter plusieurs formations jusqu’à une heure du matin. Les tarifs annoncés pour ces formats vont de 6 à 12 euros. Quatre Open Weeks permettront par ailleurs d’entrer gratuitement dans les coulisses des productions, autour d’Alcina, de MARS, de María de Buenos Aires et d’Otello.
Pour les jeunes de 18 à 28 ans, le Pass jeunes prévoit une réduction de 50 % sur les spectacles, tandis que le « Tarif jour J » proposera, selon les représentations, des places de dernière minute entre 10 et 20 euros. Avec cette programmation, l’Opéra de Lille confirme donc son choix d’une saison à la fois ambitieuse sur le plan artistique et attentive à l’accessibilité. De Haendel à Verdi, en passant par la création contemporaine et le tango, ces quatre constellations dessinent une année 2026-2027 où la musique devient un espace de rencontre, de questionnement et de partage.




