À Sion, Ouverture-Opéra célèbre ses 20 ans avec une Traviata moderne
À Sion, l’association Ouverture-Opéra fête son vingtième anniversaire avec une nouvelle production de La Traviata, l’un des opéras les plus populaires de Giuseppe Verdi. Du 28 août au 23 septembre 2026, l’Usine de Chandoline se transformera en espace scénique pour accueillir cette œuvre majeure du répertoire lyrique. Le choix du lieu n’a rien d’anodin : cet ancien site industriel donnera à la production un cadre brut et contemporain, éloigné des théâtres traditionnels. L’enjeu est à la fois artistique et symbolique. Depuis deux décennies, Ouverture-Opéra réunit des chanteuses et chanteurs, des musiciennes et musiciens, ainsi que de nombreux amateurs de la région autour de grandes partitions.
Créée en 1853 à La Fenice de Venise, La Traviata s’inspire de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Giuseppe Verdi y raconte la rencontre entre Violetta Valery, une courtisane parisienne admirée pour son esprit et sa liberté, et Alfredo Germont, jeune homme issu d’une famille bourgeoise. Leur amour se heurte rapidement aux conventions sociales, à la pression de la famille et à la maladie qui condamne Violetta. L’opéra doit notamment sa popularité à des pages devenues emblématiques, comme l’air « Sempre libera », le « Brindisi » et le bouleversant duo entre Violetta et Giorgio Germont.
À Sion, cette Traviata ne cherchera toutefois pas à reconstituer le Paris mondain du XIXe siècle. La metteuse en scène et scénographe Olivia Seigne a choisi de transposer l’action dans une uchronie, un univers parallèle qui fait écho, en filigrane, au monde contemporain. Cette approche permet de conserver la trame de Verdi tout en déplaçant le regard porté sur les personnages. Dans l’œuvre originale, Violetta est successivement célébrée, désirée, jugée puis rejetée. Sa trajectoire donne ainsi à entendre une réflexion toujours actuelle sur la réputation, le contrôle social et la place accordée aux femmes.
Cette actualisation ne modifie pas la puissance dramatique de l’opéra, mais elle en souligne les tensions. Le conflit entre l’amour d’Alfredo et les exigences de sa famille devient le révélateur d’un système fondé sur les apparences et la respectabilité. Giorgio Germont, souvent perçu comme l’incarnation de la morale bourgeoise, n’est pas seulement un obstacle individuel : il représente un ordre social qui impose ses règles aux plus vulnérables. Dans ce contexte, la maladie de Violetta prend une dimension supplémentaire. Elle rappelle la fragilité de celle qui tente de s’émanciper dans un monde où la liberté reste conditionnelle.
Le décor de l’Usine de Chandoline participera pleinement à cette relecture. En installant La Traviata dans un ancien environnement industriel, Ouverture-Opéra inscrit le spectacle dans un paysage concret et régional. Le lieu peut évoquer le travail, la production, les rapports de force et les transformations d’une société. Il permet aussi de rapprocher l’opéra du public, en le sortant d’un cadre perçu parfois comme réservé aux initiés. Cette volonté d’accessibilité constitue l’un des fils conducteurs de l’association, qui défend depuis sa création une pratique collective et ouverte du genre lyrique.
La production repose sur une importante mobilisation locale. Le chœur d’Ouverture-Opéra est préparé par Céline Gillioz et accompagné par l’orchestre Sinfonia Valais-Wallis, placé sous la direction musicale de Laurent Zufferey. Vibe Rouvet interprète Violetta, tandis que Teddy Métriau incarne Alfredo Germont et Gianmarco Durante son père, Giorgio Germont. Lauriane Paillet chante Flora Bervoix et Véronique Marty interprète Annina. La distribution comprend également Valérian Bitschnau, Benoît Déchelotte, Michael Temporal Darell et Manuel Pollinger. Aux côtés des artistes, des créatrices et créateurs valaisans prennent en charge les costumes, la lumière et la réalisation technique.
Avant les représentations, l’association a donné un aperçu de son travail lors d’une pré-répétition générale destinée à des collégiens, comme l’a rapporté Canal9. Cette rencontre illustre l’importance accordée à la transmission. Pour de nombreux jeunes spectateurs, l’opéra peut sembler intimidant en raison de ses codes, de sa durée ou de son langage musical. Découvrir une répétition permet d’en comprendre la dimension concrète : derrière les voix solistes se trouvent des semaines de préparation, la coordination du chœur et de l’orchestre, la construction des décors, les essayages de costumes et l’adaptation de la technique à un lieu qui n’a pas été conçu pour accueillir un spectacle de cette ampleur.
Les représentations sont programmées les mercredis et vendredis à 19 h 30, ainsi que les dimanches à 17 heures. D’une durée d’environ deux heures quarante, entracte compris, le spectacle sera présenté les 28 et 30 août, puis les 2, 4, 6, 9, 11, 13, 16, 18, 20 et 23 septembre 2026. La billetterie et les conditions d’accès sont communiquées par Ouverture-Opéra, avec notamment des réductions prévues dans le cadre de certains dispositifs culturels.
Au-delà de l’anniversaire, cette production marque une nouvelle étape dans l’histoire d’Ouverture-Opéra, dont le fonctionnement repose sur un rendez-vous lyrique organisé tous les deux ans. Le choix de Verdi offre une œuvre immédiatement reconnaissable, mais aussi un défi vocal, orchestral et dramatique de premier ordre. En confrontant une partition du XIXe siècle aux questionnements du présent et en l’installant dans une ancienne usine, l’association rappelle que La Traviata n’est pas seulement un classique populaire. C’est également une œuvre sur le regard des autres, le prix de la conformité et la possibilité de choisir sa propre vie. Les premières représentations diront comment cette lecture moderne s’inscrit dans les vingt ans d’aventure d’Ouverture-Opéra à Sion.




