Les Sacrées Journées de Strasbourg : la musique comme chemin de lumière
Du 5 au 18 octobre 2026, les Sacrées Journées de Strasbourg reviennent pour une quatorzième édition placée sous le thème « Chemins de lumière ». Pendant deux semaines, Strasbourg, Obernai et plusieurs communes d’Alsace accueilleront concerts, rencontres, ateliers et conférences autour des musiques sacrées et du dialogue entre les traditions. Le festival s’achèvera dimanche 18 octobre à 17 heures, à la synagogue d’Obernai, avec une soirée réunissant trois univers : le chant soufi d’Anass Habib, les traditions chrétiennes orientales portées par Kinan Alzouhir et Richard Doust, et les polyphonies hébraïques du quatuor vocal Hebraïca.
Créé en 2010 par l’association Festival des Musiques Sacrées du Monde, le rendez-vous strasbourgeois s’est construit autour d’une conviction : la musique peut créer une relation directe entre des personnes que l’histoire, la géographie ou les appartenances religieuses éloignent parfois. Judaïsme, christianisme, islam, bouddhisme, hindouisme et foi baha’ie sont représentés au fil des éditions. La Collectivité européenne d’Alsace souligne cette ambition de compréhension mutuelle et de dialogue interculturel et interreligieux, en faisant de la musique un langage partagé plutôt qu’un simple objet de spectacle.
Cette démarche se traduit aussi par le choix des lieux. Églises, temples protestants, mosquées, synagogues, pagodes et temples zen deviennent tour à tour des espaces d’écoute. À Strasbourg, mais aussi dans d’autres villes alsaciennes et jusque dans les régions voisines d’Allemagne, les artistes sont accueillis dans des édifices dont l’architecture et la mémoire participent pleinement à l’expérience. Ici, le lieu de culte n’est pas un décor : il donne aux voix, aux silences et aux résonances une profondeur particulière, tout en invitant le public à franchir des portes qu’il ne pousse pas toujours habituellement.
La quatorzième édition commencera le 5 octobre et prendra véritablement son élan le lendemain, au Temple Neuf de Strasbourg, avec la réalisation progressive d’un mandala de sable par des moines tibétains du Ladakh. Visible durant plusieurs jours, cette œuvre éphémère sera accompagnée d’un atelier ouvert au public, d’une conférence consacrée à sa symbolique et d’une exposition du peintre Théo Moulin. La programmation associe ainsi musique, arts visuels, transmission et réflexion. Le mandala, construit avec patience avant d’être finalement défait, rappelle notamment que la beauté peut résider dans le geste, le temps partagé et l’acceptation de l’impermanence.
Parmi les premiers temps forts figure, le 7 octobre à l’église du Temple Neuf, le concert du duo formé par le percussionniste Murat Coşkun et la violoncelliste Béatriz Picas. Le lendemain, Michel Jermann proposera une conférence sur le mandala. Le 9 octobre, le pianiste mexicain Roberto Abraham et la soprano alsacienne Céline Mellon présenteront leur programme au Temple Neuf, avant une promenade musicale au cœur du vignoble, le 10 octobre, au domaine Lissner de Wolxheim. Rencontres à Wimmenau, table ronde au Foyer de l’étudiant catholique et volet franco-allemand avec « Strasbourg-Stuttgart en dialogue », du 9 au 11 octobre, prolongeront cette ouverture.
La transmission occupe une place essentielle dans le projet. Depuis 2020, les Sacrées Journées organisent des rendez-vous pour les établissements scolaires. Plus de 7 000 jeunes et accompagnateurs ont déjà participé à ces concerts, découvrant dans un même programme plusieurs ensembles représentant des traditions religieuses différentes. En 2026, les Sacrées Journées Juniors se tiendront les 15 et 16 octobre à la Grande Mosquée de Strasbourg, au Lieu d’Europe et à l’église Saint-Pierre-le-Vieux. Des ateliers, notamment avec la chanteuse Lily Jung, permettront de prolonger l’écoute par la pratique et l’échange.
Le concert de clôture, à Obernai, donnera une image particulièrement fidèle de cette philosophie. Chanteur marocain installé aux Pays-Bas, Anass Habib fera entendre le répertoire soufi et les textes de grandes figures de la mystique musulmane, parmi lesquelles Ibn Arabi, Al-Hallaj, Rûmî et Rabia al-Adawiyya. Sa voix, parfois soutenue par les percussions, s’inscrit dans une tradition où le chant devient prière, quête intérieure et expression de l’amour divin. La sobriété du dispositif devrait laisser toute sa place à la parole poétique et à l’intensité de l’interprétation.
Originaire de Damas, Kinan Alzouhir proposera ensuite un parcours entre les rives de la Méditerranée. Formé au oud puis au chant lyrique, le chanteur syrien interprète des chants byzantins, syriaques et araméens, mais aussi des œuvres classiques et populaires du monde arabe. Il sera accompagné au piano par Richard Doust. Directeur de la Chorale de la Méditerranée et de la Chorale syrienne de Strasbourg, Kinan Alzouhir avait déjà marqué une précédente édition en 2015. Son parcours, entre opéra, traditions orientales et expérience de la guerre en Syrie, donne à son interprétation une dimension humaine et mémorielle singulière.
Le troisième volet de la soirée sera assuré par le quatuor vocal Hebraïca, créé en 2006 à l’initiative du chef de chœur Hector Sabo. Son programme parcourra plusieurs siècles de musique hébraïque : œuvres de Louis Lewandowski, chants judéo-espagnols, répertoire juif ukrainien, musique synagogale parisienne et composition liturgique contemporaine. Les trois formations se succéderont dans la synagogue d’Obernai pour faire dialoguer langues, mémoires et formes musicales. L’entrée est fixée à 18 euros, avec un tarif réduit à 10 euros, ainsi que des possibilités de prévente, de pass duo et de tarifs culturels. Les jauges des lieux de culte étant limitées, la réservation est recommandée. Au-delà de la programmation, les Sacrées Journées de Strasbourg défendent une idée simple et exigeante : une voix entendue de près peut parfois contribuer à réduire les préjugés et à ouvrir un véritable chemin de lumière.




