top of page

Résultats de recherche

Rechercher sur ce site

531 résultats trouvés avec une recherche vide

  • À Sainte-Foy-lès-Lyon, un concert à la bougie pour découvrir la musique classique autrement

    À Sainte-Foy-lès-Lyon, la musique classique se découvre dans une atmosphère inhabituelle, à la lumière vacillante des bougies. Le Duo Fortecello, formé d’un pianiste et d’un violoncelliste, propose un concert imaginé comme une parenthèse intimiste, où l’écoute passe aussi par le décor. Le rendez-vous s’inscrit dans le festival Sacrée Musique en Auvergne-Rhône-Alpes, qui programme cette année seize concerts dans plusieurs villes de la région. Une manière de rapprocher les œuvres et les interprètes du public, en dehors des cadres traditionnels de la salle de concert. Depuis quelques années, les concerts éclairés à la bougie se multiplient en France. Le principe repose sur une mise en scène simple : installer les musiciens dans un lieu souvent patrimonial ou inhabituel, réduire l’éclairage et laisser la musique se déployer au milieu de centaines, voire de milliers de petites flammes. Le dispositif est utilisé aussi bien pour des répertoires classiques que pour des reprises de musiques de films, de chansons ou de grands succès populaires. Les concerts Candlelight, notamment, ont largement contribué à faire connaître ce format dans de nombreuses villes, en misant sur des programmes accessibles et sur des lieux remarquables. Cette scénographie répond aussi à une évolution de la manière de consommer la culture. Le public ne cherche plus seulement un spectacle, mais une expérience identifiable, capable de réunir un contenu artistique, un cadre et une atmosphère. La lumière chaude des bougies modifie les repères habituels : elle atténue la distance entre la scène et la salle, ralentit le rythme de la soirée et invite à une forme de concentration. Sans remplacer l’écoute, le décor prépare ainsi les spectateurs à recevoir la musique différemment. À Sainte-Foy-lès-Lyon, le choix est toutefois celui d’un répertoire porté par deux instruments. Le piano et le violoncelle offrent une formation à la fois ample et proche, capable de restituer la puissance d’une œuvre comme ses nuances les plus discrètes. Le violoncelle, par son timbre grave et chaleureux, dialogue avec le piano dans une relation qui peut passer de la virtuosité à la retenue. Dans la pénombre, l’attention se concentre davantage sur les gestes, les respirations et les contrastes de l’interprétation. Cette configuration possède une histoire importante dans la musique de chambre. De Beethoven à Brahms, de Schubert à Rachmaninov, le duo piano-violoncelle a permis aux compositeurs d’explorer une conversation particulièrement expressive entre les registres. Le piano peut installer une architecture harmonique dense, tandis que le violoncelle se rapproche parfois de la voix humaine par son ampleur et sa souplesse. Même lorsque le programme s’ouvre à des arrangements ou à des œuvres plus contemporaines, cette complémentarité demeure au cœur de l’écoute. Le Duo Fortecello défend cette approche depuis plusieurs années. La formation associe le violoncelliste Philippe Argenty et la pianiste Astrig Siranossian, deux musiciens qui construisent leurs programmes autour de grands compositeurs, mais aussi de passerelles entre les styles et les époques. Dans ce type de concert, le public n’est pas seulement invité à écouter une succession d’œuvres : il est placé au cœur d’une expérience où l’acoustique, la proximité avec les artistes et la lumière participent pleinement à la représentation. La proximité modifie également la perception du travail des interprètes. Dans une grande salle, les détails d’un archet, d’une attaque de touche ou d’un échange de regards peuvent disparaître à distance. Dans un concert à la bougie, ils deviennent parfois perceptibles et donnent au public accès à la dimension physique de l’interprétation. Cette visibilité rappelle qu’une œuvre n’est jamais une matière figée : elle se reconstruit à chaque représentation, dans le rapport entre les musiciens, l’espace et ceux qui les écoutent. C’est précisément l’un des objectifs mis en avant par les organisateurs de ces concerts : rendre la musique classique moins intimidante et attirer des spectateurs qui ne fréquentent pas habituellement les salles de concert. Le prix des places, les lieux choisis et la durée resserrée des représentations participent souvent à cette volonté d’ouverture. Les programmes peuvent également mêler des œuvres connues à des pièces moins familières, afin de donner des repères au public tout en conservant une dimension de découverte. Pour les familles, les curieux ou les auditeurs débutants, le format peut constituer une première approche rassurante de la musique de chambre. Le phénomène ne se limite pas aux grandes métropoles. Des concerts à la bougie sont désormais proposés dans des églises, des chapelles, des châteaux, des théâtres ou encore des bâtiments administratifs réaménagés pour l’occasion. À Lyon, plusieurs rendez-vous de ce type ont été organisés dans des édifices historiques, notamment autour de répertoires consacrés à Vivaldi, Hans Zimmer ou à de grands compositeurs de musique de film. D’autres producteurs, comme Mille et Une Nuits, développent également des tournées nationales dans des monuments éclairés à la bougie. Cette popularité traduit une évolution des habitudes culturelles. Le concert ne se présente plus uniquement comme un moment consacré à l’interprétation musicale, mais comme une sortie complète, associant patrimoine, ambiance et découverte. Les organisateurs cherchent ainsi à créer une première rencontre avec la musique classique, parfois par l’intermédiaire d’un lieu familier ou d’un programme inspiré d’univers populaires. Pour certains spectateurs, la lumière des bougies constitue une porte d’entrée vers des œuvres qu’ils n’auraient peut-être pas choisi d’écouter dans un cadre plus conventionnel. Le festival Sacrée Musique reprend cette logique à l’échelle régionale. Avec seize concerts annoncés en Auvergne-Rhône-Alpes, il fait circuler les artistes et les répertoires dans plusieurs communes, en s’appuyant notamment sur des édifices religieux ou patrimoniaux. Cette itinérance donne aux lieux une fonction nouvelle : ils ne sont plus seulement des témoins de l’histoire locale, mais deviennent des espaces vivants de transmission et de rencontre. Le concert de Sainte-Foy-lès-Lyon s’inscrit dans ce calendrier comme une proposition à taille humaine, centrée sur la rencontre entre deux instruments et un public réuni dans une ambiance volontairement apaisée. Reste une question, souvent posée à propos de ces formats : la scénographie risque-t-elle de prendre le pas sur la musique ? Les défenseurs des concerts à la bougie y voient au contraire un moyen de renouveler l’écoute, à condition que le décor reste au service des interprètes. La réussite du dispositif dépend donc d’un équilibre entre l’émotion visuelle et l’exigence musicale, entre l’attrait du lieu et la qualité de l’acoustique. À Sainte-Foy-lès-Lyon, le Duo Fortecello entend justement faire de cette lumière un écrin plutôt qu’un spectacle autonome. Le public est invité à venir y écouter autrement, avec la promesse d’un moment musical sobre, proche et accessible.

  • Le Ring de Wagner, de Bayreuth au Palais Garnier et à l’Opéra Bastille

    À l’été 1876, une partie de l’Europe culturelle prend la direction de Bayreuth, en Bavière, pour assister à la création intégrale de L’Anneau du Nibelung, le grand cycle de Richard Wagner. Musiciens, écrivains, philosophes, artistes et têtes couronnées se retrouvent dans le théâtre conçu par le compositeur pour accueillir cette œuvre hors norme. Cent cinquante ans plus tard, le Ring revient au cœur de l’actualité lyrique parisienne. L’Opéra national de Paris en propose deux cycles complets en novembre 2026, à l’Opéra Bastille, tandis qu’une exposition au Palais Garnier revient sur la naissance, les métamorphoses et l’influence de cette tétralogie devenue l’un des monuments de l’histoire de la musique et du théâtre. L’Anneau du Nibelung se compose de quatre opéras : L’Or du Rhin, prologue de la saga, puis La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux. L’ensemble représente plus de seize heures de musique et met en scène des dieux, des humains, des géants, des nains et des créatures fantastiques. Au centre du récit, un anneau forgé dans l’or du Rhin donne à son possesseur un pouvoir absolu, mais porte aussi une malédiction. À travers cette fable nourrie de mythologies germaniques et nordiques, Wagner explore la domination, la richesse, la violence, l’amour, la transmission et la destruction d’un ordre ancien. Le compositeur en a écrit la musique et le livret, selon une conception de l’opéra pensée comme une œuvre d’art totale, où la poésie, la musique, le théâtre, les décors et la lumière doivent former un seul langage. Cette ambition explique la longue gestation du projet : Wagner travaille au Ring pendant près d’un quart de siècle, faisant évoluer son récit au fil de ses réflexions politiques, philosophiques et esthétiques. La partition repose notamment sur un réseau de leitmotive, ces thèmes musicaux qui identifient un personnage, un objet ou une idée et se transforment avec eux. L’anneau, le Walhalla, le Rhin ou encore le désir de pouvoir deviennent ainsi des présences sonores à part entière. La création de 1876 constitue déjà un événement sans équivalent. Le premier Festival de Bayreuth réunit des personnalités venues de toute l’Europe et impose un nouveau modèle de représentation, fondé sur l’immersion et la concentration du public. Le théâtre imaginé par Wagner dissimule l’orchestre dans une fosse couverte afin de placer la scène au premier plan. Cette architecture, comme les innovations de lumière et de mise en scène, contribue à faire du Ring bien davantage qu’une suite d’opéras : une expérience artistique et collective, dont l’influence s’étendra à la musique, au cinéma et au théâtre du XXe siècle. Pour cette nouvelle production parisienne, la mise en scène a été confiée au Catalan Calixto Bieito et la direction musicale à Pablo Heras-Casado. Le chef espagnol, familier du répertoire wagnérien et régulièrement invité au Festival de Bayreuth, accompagne une distribution réunissant notamment Tamara Wilson, Elza van den Heever, Stanislas de Barbeyrac, Ève-Maud Hubeaux, Andreas Schager, Brian Mulligan et Mika Kares. Le projet entend faire résonner les thèmes du Ring avec les préoccupations contemporaines. Dans L’Or du Rhin, Calixto Bieito met en regard ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui en sont exclus, en faisant de la technologie et de l’exploitation des données les formes nouvelles d’une domination. La Walkyrie fait davantage place aux êtres humains, à leurs désirs et à leurs conflits, jusqu’à la guerre et à la destruction. Le metteur en scène présente cette œuvre comme une réflexion sur un monde menacé par ses propres forces. Cette lecture contemporaine devra composer avec une musique qui conserve toute sa puissance mythique : les appels de Siegfried, les affrontements de Wotan, la chevauchée des Walkyries et les grands monologues du cycle sont autant de moments où l’intime et le cosmique se rejoignent. Le Ring ne cesse ainsi de déplacer la frontière entre légende ancienne et inquiétudes modernes. Le calendrier parisien reprend la logique d’un festival. Le premier cycle s’ouvre à Bastille le 6 novembre avec L’Or du Rhin, se poursuit le 7 novembre avec La Walkyrie, puis avec Siegfried le 10 novembre et Le Crépuscule des dieux le 13 novembre. Le second cycle reprend les mêmes quatre ouvrages les 15, 17, 19 et 22 novembre. Cette organisation permet de suivre l’évolution des personnages et des motifs musicaux sur plusieurs jours, tout en conservant la continuité dramaturgique imaginée par Wagner. L’Opéra de Paris accompagne les représentations de présentations et de rencontres consacrées aux difficultés de mise en scène, aux dimensions politiques et sociales du cycle, à ses liens avec le cinéma et au rôle des leitmotive. Les quatre spectacles seront également accessibles à distance pour certaines représentations. L’Or du Rhin, le 15 novembre, et Le Crépuscule des dieux, le 22 novembre, doivent être retransmis depuis la Maison Heinrich Heine. La Walkyrie et Siegfried seront pour leur part diffusés depuis le Goethe-Institut. L’Opéra prévoit aussi une retransmission sur sa plateforme POP, afin d’élargir l’accès à une œuvre dont la durée, le prix des places et la rareté des cycles complets peuvent constituer des obstacles pour le public. Des pass spécifiques ont été conçus, avec des formules destinées notamment aux moins de 28 ans. Au Palais Garnier, l’exposition Richard Wagner : les révolutions du Ring est présentée du 27 octobre 2026 au 20 février 2027 dans la Bibliothèque-musée de l’Opéra. Organisée avec la Bibliothèque nationale de France, elle rassemble plus d’une centaine de pièces issues des collections de la BnF, de musées, d’institutions culturelles, d’artistes et de collectionneurs privés. Le parcours revient sur les origines du projet wagnérien, sur l’idée d’œuvre d’art totale, sur les conditions de sa représentation et sur la place du Ring à l’Opéra de Paris entre 1893 et 1962. Il s’intéresse également aux nouvelles mythologies inspirées par la tétralogie et à la manière dont les artistes contemporains continuent de s’en emparer. Cette double proposition, scénique et patrimoniale, rappelle que le Ring n’est pas seulement une fresque légendaire. Sa création à Bayreuth, en 1876, avait déjà suscité un événement international, attirant notamment Tchaïkovski, Saint-Saëns, Gounod, Mahler, Nietzsche ou Fantin-Latour. Sa musique et son imaginaire ont depuis marqué la peinture, le cinéma, la littérature et les arts de la scène. À Paris, l’enjeu sera désormais de faire entendre cette œuvre monumentale sans la réduire à son poids historique, et de montrer comment ses questions sur le pouvoir, la technique et l’effondrement d’un monde peuvent encore trouver une scène aujourd’hui.

  • À Kergrist-Moëlou, l’ensemble DodéKa réinvente le concert classique

    À Kergrist-Moëlou, dans les Côtes-d’Armor, l’ensemble DodéKa se produira samedi 31 octobre 2026 à 20 h 30, à la salle Lein-Roch, dans le cadre du festival Klasik. Au programme : Les Saisons, un spectacle musical qui associe les cordes, la mise en scène et le mouvement. La particularité de cette formation tient aussi à son fonctionnement : DodéKa joue sans chef et par cœur, une manière de bousculer les habitudes du concert classique et de placer l’écoute collective au centre de l’interprétation. L’ensemble est né en 2018 à l’initiative de la violoniste Blandine Pruvot. Il réunit douze instrumentistes à cordes issus de conservatoires et de formations musicales européennes. Violons, altos, violoncelles et contrebasse travaillent sans direction centrale traditionnelle. Les musiciens doivent donc se regarder, s’écouter et ajuster en permanence leur jeu. Le geste, la respiration et les mouvements du groupe deviennent autant de repères que la partition. Sur son site de présentation, DodéKa explique vouloir « redonner souffle et liberté à la musique d’ensemble », en libérant les interprètes de la partition et du rapport habituel entre le chef et l’orchestre. Jouer par cœur ne relève pas ici d’un simple effet spectaculaire. La mémorisation permet aux instrumentistes de se détacher du pupitre, de suivre les mouvements du groupe et de maintenir un contact direct avec les autres comme avec le public. Dans une formation sans chef, un départ légèrement retardé, une inflexion ou une respiration peuvent modifier l’équilibre général. Cette fragilité apparente devient une force : la musique semble se construire dans l’instant, au gré des regards et des réactions de chacun. Cette organisation ne signifie pas l’absence de préparation ni de cadre. Le rôle de Blandine Pruvot, violon solo et figure artistique de la formation, reste essentiel dans la construction des interprétations. Mais l’équilibre musical repose sur une responsabilité partagée. Chaque instrumentiste participe aux décisions de tempo, de dynamique et de phrasé. Le résultat recherché est celui d’un ensemble mobile, capable de modifier son énergie au fil du concert et de faire du dialogue entre les musiciens une composante visible du spectacle. À Kergrist-Moëlou, DodéKa présentera un programme consacré aux saisons et à leur représentation musicale. La première partie s’appuie sur Las Cuatro Estaciones Porteñas, les Quatre Saisons porteñas du compositeur argentin Astor Piazzolla. Écrite entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, cette œuvre répond à sa manière aux célèbres Quatre Saisons de Vivaldi. Piazzolla y transpose le cycle naturel dans l’univers urbain et nerveux de Buenos Aires, avec ses rythmes de tango, ses syncopes et ses contrastes de température. Le rapprochement avec Vivaldi ne se limite donc pas à une référence musicale. Là où le compositeur baroque cherchait à peindre les bruits, les climats et les transformations de la nature, Piazzolla fait entendre une saison vécue dans une grande ville sud-américaine. Les cordes y alternent tension rythmique, lyrisme et effets de percussion, dans une écriture qui exige une grande précision collective. L’interprétation de DodéKa devrait trouver dans cette partition un terrain particulièrement favorable à son approche physique et sans chef. Le spectacle comprend également La Cinquième Saison, du compositeur franco-grec Alexandros Markeas. Cette création s’inspire de l’œuvre de Vivaldi tout en s’éloignant du simple exercice de réécriture. Elle évoque les dérèglements du cycle naturel et la manière dont les saisons sont aujourd’hui perçues dans un contexte de changement climatique. Un arbre installé sur scène, dix musiciens et une danse accompagnent cette proposition, où la question écologique passe autant par les images que par les sons. La mise en scène, la lumière et la régie générale sont confiées à Juliette Mougel. L’expérience proposée ne se limite donc pas à une succession de pièces interprétées face au public. Depuis sa création, DodéKa développe un travail à la croisée de la musique et du spectacle vivant. L’ensemble collabore avec des chorégraphes, des danseurs et des metteurs en scène. Le mouvement n’est pas ajouté après coup : il fait partie de la réflexion artistique et de la manière dont les musiciens occupent l’espace. Cette démarche permet aussi de rendre plus perceptible le travail collectif d’un orchestre, souvent masqué par la présence du chef et par la disposition traditionnelle des pupitres. Le répertoire de DodéKa va de la musique baroque aux œuvres contemporaines. La formation revendique une attention particulière aux compositeurs des XXe et XXIe siècles, tout en conservant un lien avec les grandes œuvres du répertoire. Cette ouverture permet de rapprocher des écritures différentes et de faire entendre la musique classique dans des formats moins conventionnels. À Kergrist-Moëlou, le dialogue entre Vivaldi, Piazzolla et Markeas servira précisément de fil conducteur à une proposition à la fois musicale, visuelle et engagée. Le concert est organisé par l’association Klasik, qui porte le festival du même nom dans le Centre-Bretagne. La représentation est prévue à la salle Lein-Roch, rue de l’École, pour une durée annoncée d’environ une heure quinze. Les tarifs indiqués sont de 14 euros en plein tarif et de 8 euros en tarif réduit ; l’entrée est gratuite pour les moins de 16 ans. Le rendez-vous s’adresse à tous les publics, sans prérequis particulier pour découvrir le répertoire ou la forme proposée. Avec ce concert, le festival Klasik poursuit son travail de diffusion de la musique classique dans des communes éloignées des grandes salles de spectacle. Pour DodéKa, l’enjeu sera de faire entendre une musique de chambre élargie, mais aussi de montrer concrètement ce que change un orchestre sans chef : davantage de regards échangés, une attention permanente aux autres et une interprétation qui se construit sous les yeux du public. Une manière, en somme, de déplacer les codes du concert sans renoncer à l’exigence musicale.

  • À Dinan, l’abbaye de Léhon se met à l’heure de l’opéra pour trois jours féeriques

    Du vendredi 13 au dimanche 15 novembre 2026, l’abbaye Saint-Magloire de Léhon, à Dinan, accueillera la troisième édition des Tables féériques. Pour ce nouveau rendez-vous, l’association Féeries de l’Abbaye a choisi de placer l’événement sous le signe de l’opéra et du ballet. Pendant trois jours, le public découvrira des tables dressées par des professionnels de la fleur, des arts de la table et des amateurs, dans un décor entièrement fleuri et mis en lumière. Une manière de faire dialoguer la musique, les savoir-faire décoratifs et le patrimoine de cette ancienne commune aujourd’hui rattachée à Dinan. Le principe de la manifestation reste fidèle à celui des premières éditions : chaque participant imagine une table à partir d’un opéra ou d’un ballet choisi librement. Les compositions florales, la vaisselle, les tissus, les couleurs, les accessoires et la mise en scène doivent traduire l’atmosphère de l’œuvre retenue. Le visiteur ne découvre donc pas seulement un décor de table, mais une interprétation visuelle d’un univers musical, de ses personnages et de ses émotions. La théâtralité propre à l’opéra trouve ainsi un prolongement naturel dans l’art de recevoir. Cette année, les fleuristes pourront également concourir dans une nouvelle catégorie consacrée aux robes végétales et florales. Conçues à partir de fleurs, de feuillages et d’autres éléments naturels, ces créations seront présentées pendant toute la durée de l’exposition. Elles prolongeront le lien entre costume de scène et art floral, deux disciplines qui partagent le goût du mouvement, du détail et de la transformation. Par leur présence, ces robes apporteront une dimension presque chorégraphique au parcours imaginé dans l’abbaye. L’événement est né d’un constat simple : au mois de novembre, le site de l’abbaye accueillait encore peu de manifestations. Une première édition, consacrée à la table vénitienne, a donc été organisée en 2023 avec le soutien de l’association du marché de Noël de Léhon. Elle avait attiré près de 2 500 visiteurs. Cette expérience a conduit à la création de l’association Féeries de l’Abbaye, en janvier 2024. Depuis, ses bénévoles défendent un projet à la croisée des arts de la table, de l’art floral, de la création amateur et de l’animation culturelle du territoire dinannais. Pour l’édition 2026, l’abbaye participera elle-même au spectacle. Les bénévoles prévoient de fleurir et d’éclairer l’ensemble du site afin de créer une atmosphère enveloppante, particulièrement propice à l’imaginaire lyrique. Six ballets et opéras seront évoqués au fil de cette mise en lumière. Dans le réfectoire, une table dressée pour dix-huit convives constituera l’un des points forts du parcours, tandis que les autres réalisations inviteront les visiteurs à circuler entre différents univers visuels et musicaux. Le public pourra voter pour ses « coups de cœur » dans la catégorie des amateurs et dans celle des robes végétales et fleuries. Les créations professionnelles seront, quant à elles, évaluées par un jury réunissant notamment un fleuriste distingué Meilleur Ouvrier de France et champion du monde, ainsi que des professionnels de la photographie et de l’événementiel. Ce double regard, celui des visiteurs et celui de spécialistes, souligne l’ambition de la manifestation : rester accessible tout en valorisant l’exigence technique et la créativité des participants. La musique occupera une place particulière le samedi soir. À la lueur des bougies, la violoniste Mathilde Tuloup et le saxophoniste Sylvain Chazalette proposeront deux concerts d’une heure intitulés « Airs d’opéras ». Les séances auront lieu à 18 h 45 et à 20 h 30, chacune étant suivie d’une visite de l’exposition. Le choix d’une formation réunissant violon et saxophone donnera une couleur originale à ce programme, en faisant entendre les grands airs dans une configuration intimiste, en accord avec l’ambiance du monument. La jauge sera limitée à cent places par séance et la réservation obligatoire. Le tarif annoncé pour le concert et la visite est de quatorze euros. Les organisateurs invitent par ailleurs les spectateurs à venir en habit de gala et chapeautés, avec la possibilité de gagner une entrée au concert grâce à cette tenue. Durant les trois journées, un atelier d’art floral destiné aux enfants sera animé par Enault Rochereuil. Des interventions ponctuelles de danse, de chant et de musique compléteront le parcours et rappelleront que l’opéra ne se résume pas à une succession d’objets décoratifs : il est aussi une rencontre entre voix, gestes, costumes et scénographie. Une boutique permettra de découvrir les créations des exposants, tandis qu’un salon de thé sera tenu par l’association. Des peintures florales d’Isabelle Rakoto seront également présentées. Certaines œuvres exposées pourront être réservées, avec un retrait prévu le dimanche à 18 heures. Un tirage au sort parmi les billets d’entrée accompagnera enfin la remise des prix « coups de cœur » du public. L’exposition sera ouverte de 10 heures à 18 heures, du 13 au 15 novembre. L’entrée est annoncée à sept euros pour les personnes de plus de 16 ans et à deux euros pour les enfants de 2 à 16 ans. L’accessibilité aux personnes à mobilité réduite est prévue au rez-de-chaussée, dans la boutique, le salon de thé et l’espace des concerts. Inscrites dans la programmation culturelle de l’abbaye Saint-Magloire, ces Tables féériques à l’abbaye de Léhon prolongent la vocation du site, régulièrement investi par des expositions, des concerts, des rencontres et des spectacles. Après la table vénitienne de 2023 et les rendez-vous précédents, l’édition consacrée à l’opéra entend faire de l’automne dinannais un moment où patrimoine, musique et création se répondent avec élégance.

  • Pierre Solot veut rendre la musique classique accessible à tous

    Dans son premier roman, Le Temps de Nina, paru aux éditions Kennes en septembre 2026, le pianiste, chroniqueur de Musiq3 et professeur Pierre Solot s’attaque à une idée tenace : celle d’une musique classique réservée à une élite. Au fil d’un dialogue entre un père musicien et sa fille de 14 ans, l’auteur interroge la place de cette musique dans la vie quotidienne, les codes qui l’entourent et les raisons pour lesquelles elle peut sembler inaccessible à une partie du public. Le point de départ du récit est une phrase lancée par Nina à son père Louis : « La musique classique ne sert à rien. » Pour Pierre Solot, cette déclaration ouvre moins un conflit qu’une conversation, à la fois familiale et pédagogique, sur ce que la musique peut transmettre. Le roman s’inspire en partie de l’expérience de son auteur. Pierre Solot est lui-même pianiste et père de famille. Invité dans Le 8/9 de la RTBF, il reconnaît que certains éléments du récit ont pu être nourris par sa propre vie, même si Le Temps de Nina reste une œuvre de fiction. Cette dimension familiale donne au livre un point d’entrée concret : la musique n’est pas présentée comme une matière scolaire ou comme un patrimoine figé, mais comme un sujet de discussion entre deux générations. Les questions de Nina deviennent ainsi celles de nombreux auditeurs qui ne savent pas toujours comment écouter, par où commencer ou ce qu’ils sont censés comprendre. Le livre s’inscrit dans un parcours déjà diversifié. Né à Bruxelles en 1983, Pierre Solot est pianiste, animateur et chroniqueur radio, conférencier, comédien et producteur d’émissions. Il présente notamment des concerts de l’Orchestre philharmonique royal de Liège et s’intéresse depuis longtemps aux moyens de faire entendre la musique classique au-delà de ses cercles habituels. Cette expérience de la scène et de la médiation nourrit son écriture : il ne cherche pas à simplifier les œuvres, encore moins à les rendre spectaculaires à tout prix, mais à créer les conditions d’une première rencontre. Dans le roman, le désaccord entre Nina et son père permet d’aborder Beethoven, Mozart, Schubert et d’autres compositeurs sans adopter le ton d’un manuel. Chaque chapitre est associé à une œuvre musicale. Des QR codes intégrés au livre permettent au lecteur de l’écouter au moment où elle est évoquée. Le dispositif transforme la lecture en expérience, sans imposer l’usage du téléphone : le récit peut se découvrir seul, mais la musique devient disponible comme une bande-son. Pierre Solot résume le principe dans l’entretien accordé à la RTBF : parler de musique sans pouvoir l’écouter lui paraît absurde. L’ouvrage invite donc à passer de l’explication à l’écoute, puis de l’écoute à la conversation. Cette volonté d’ouvrir une porte vers le répertoire classique rejoint le travail que le pianiste mène sur scène. Son premier album solo, consacré à la musique pour piano du compositeur cubain Ernesto Lecuona, est paru chez Fuga Libera en 2024 et a donné lieu à une tournée. Le choix de Lecuona rappelle d’ailleurs que le répertoire pianistique ne se limite pas aux figures les plus attendues de la tradition européenne. Sur scène comme dans ses interventions radiophoniques, Pierre Solot cherche à expliquer les œuvres sans les enfermer dans un vocabulaire réservé aux spécialistes. Le Temps de Nina prolonge cette démarche sous une forme littéraire, en prenant pour point de départ une relation entre un père et une fille plutôt qu’un cours d’histoire de la musique. Pour l’auteur, le problème ne vient pas nécessairement des rituels du concert. Il dit apprécier les belles salles, le silence, l’attention du public et même le fait de s’habiller pour une sortie musicale. Ce qui pose question, selon lui, c’est la manière dont ces usages ont parfois été transformés en barrières. « On a confisqué les salles de musique classique », explique-t-il dans l’émission de la RTBF. Il vise une partie du public qui se serait approprié cette musique en la présentant comme une pratique d’élite, avec ses règles implicites et ses habitudes à connaître. La beauté du cadre ne devient un obstacle que lorsqu’elle fait oublier que chacun doit pouvoir y entrer. Parmi ces codes figure notamment celui des applaudissements. Quand applaudir entre deux mouvements d’une œuvre ? Quand faut-il attendre la fin du morceau ? Pour un auditeur peu familier des concerts, ces conventions peuvent produire un sentiment de malaise. Pierre Solot raconte ainsi qu’une personne peut se sentir jugée simplement parce qu’elle a applaudi au mauvais moment. L’anecdote paraît légère, mais elle résume le mécanisme décrit par l’auteur : la musique n’est pas forcément complexe en elle-même, mais son environnement peut donner le sentiment qu’il faut en maîtriser les règles avant d’oser entrer dans la salle. Le roman propose au contraire de faire confiance à la curiosité et à l’émotion immédiate. Pierre Solot refuse toutefois d’opposer la musique classique aux autres genres. À ses yeux, elle n’est pas plus compliquée que l’électro, le rap ou la chanson française. Chaque univers musical possède ses codes, son histoire et ses niveaux de lecture. La différence tient surtout à l’apprentissage de ces références, souvent moins spontané pour les personnes qui n’ont pas été familiarisées avec le répertoire classique à l’école ou dans leur famille. La présentation du livre à Flagey, à Bruxelles, ainsi que son invitation dans La Grande Matinée de Musiq3, ont accompagné cette volonté de créer un lien direct avec les lecteurs et les auditeurs. Les droits cédés en Espagne et en Allemagne montrent que la question dépasse le contexte belge. Le Temps de Nina devient ainsi un roman d’apprentissage sur la musique, la filiation et le temps partagé, avec une interrogation au cœur du projet : comment faire de la musique classique non pas un territoire à défendre, mais un espace à partager ?

  • « Ariane à Naxos » ouvre la saison de l’Opéra national du Rhin

    À Strasbourg, l’Opéra national du Rhin ouvre sa saison 2026-2027 avec une nouvelle production d’Ariane à Naxos, l’opéra de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal. La première représentation est programmée le 31 octobre 2026 à l’Opéra de Strasbourg, avant une diffusion à Mulhouse les 20 et 22 novembre, puis à Colmar à la fin du mois. Mise en scène par Myriam Marzouki, cette œuvre mêle le grand opéra, la comédie et la réflexion sur la création artistique. Elle sera interprétée en allemand, avec des surtitres en français et en allemand, pour une durée annoncée d’environ deux heures trente, entracte compris. Créé dans sa version définitive le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne, Ariane à Naxos occupe une place singulière dans l’histoire de l’art lyrique. L’ouvrage est né de la collaboration entre Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, l’un des grands duos compositeur-librettiste du XXe siècle. Avant de devenir l’opéra en deux parties connu aujourd’hui, le projet avait été imaginé comme une œuvre destinée à accompagner une représentation du Bourgeois gentilhomme de Molière. Cette genèse explique en partie son goût du théâtre, du dédoublement et des changements de registre. Dans sa forme définitive, Strauss et Hofmannsthal imaginent un opéra dans l’opéra, construit autour d’une situation de crise. Dans le prologue, les préparatifs d’une représentation consacrée au mythe d’Ariane sont bouleversés au dernier moment par la décision d’un commanditaire : l’opéra sérieux devra finalement être joué en même temps qu’une œuvre comique. Les artistes n’ont alors d’autre choix que de mélanger leurs univers et de réinventer le spectacle dans l’urgence. Cette première partie, très dialoguée, expose avec ironie les rapports de pouvoir qui structurent la vie théâtrale, entre exigences financières, prestige culturel et fragilité des artistes. La seconde partie transporte le public sur l’île de Naxos. Ariane, abandonnée par Thésée, y attend la mort, enfermée dans le souvenir de son amour perdu. Face à elle, Zerbinette et sa troupe de comédiens issus de la commedia dell’arte apportent leur énergie, leur humour et leur goût de l’improvisation. Le contraste entre l’opéra seria et la comédie populaire est au cœur de l’œuvre. Il permet à Strauss et Hofmannsthal d’interroger la hiérarchie entre les formes artistiques, mais aussi la manière dont une représentation peut transformer une situation tragique. Cette opposition n’est pourtant jamais totalement figée. Dans Ariane à Naxos, le rire ne se contente pas de désamorcer le drame et le drame ne condamne pas la légèreté. Zerbinette, avec son intelligence pratique et sa liberté de ton, propose à Ariane une autre manière d’envisager l’abandon. L’arrivée de Bacchus ouvre alors une nouvelle perspective : la rencontre amoureuse et la métamorphose viennent déplacer le récit mythologique. La musique accompagne ces changements par un jeu permanent de contrastes, entre lignes lyriques, éclats virtuoses, ensembles animés et moments de suspension. Pour Myriam Marzouki, cette situation de théâtre dans le théâtre constitue un terrain privilégié pour faire dialoguer la mythologie et les réalités contemporaines. La metteuse en scène, habituée à travailler sur la rencontre entre récits anciens et préoccupations actuelles, présente l’œuvre comme une réflexion sur l’équilibre entre la liberté artistique et les contraintes extérieures. La mise en scène doit ainsi faire coexister la représentation elle-même et tout ce qui la précède : les répétitions, les tensions entre artistes, les changements de dernière minute et les conséquences de ce qui se joue hors du plateau. Cette approche devrait également souligner la dimension collective d’un spectacle fabriqué dans l’urgence. La direction musicale est confiée à Christoph Koncz, qui retrouve l’Orchestre national de Mulhouse. La partition de Strauss se distingue par une orchestration dense, des contrastes marqués et une écriture particulièrement exigeante pour les voix. Le compositeur y associe des couleurs orchestrales très raffinées à des passages d’une grande puissance dramatique, tout en laissant une place importante à l’élégance et à la clarté héritées de Mozart. La présence de Bacchus, les interventions de Zerbinette et le long parcours intérieur d’Ariane sollicitent des tempéraments vocaux très différents, réunis par une même exigence de précision musicale et théâtrale. La production réunira une distribution internationale, avec notamment Eugénie Joneau dans le rôle d’Ariane. Ancienne artiste de l’Opéra Studio de l’OnR, la soprano fera ses débuts dans ce rôle. Elle donnera la réplique à AJ Glueckert, qui interprétera Bacchus, et à Julie Roset dans le personnage de Zerbinette. La distribution associe également plusieurs artistes de l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin, parmi lesquels Antoine Foulon, Arwen Tanguy, Naïma Wanshe, Lucy Evans et Jessica Hopkins. Cette présence de jeunes interprètes s’inscrit dans la vocation de l’Opéra Studio, qui accompagne l’émergence de chanteurs tout en les confrontant aux grandes œuvres du répertoire. La conception visuelle est assurée par Alex Eales pour les décors, Laure Mahéo pour les costumes et Fabrice Kebour pour les lumières. La chorégraphie est signée Jean-François Kessler et la dramaturgie Sébastien Lepotvin. Dans une œuvre où les artistes commentent leur propre métier et où le plateau devient le lieu d’une représentation en train de se construire, ces différents regards participent pleinement à la lecture du spectacle. La production est présentée avec le soutien de Fidelio et en coproduction avec l’Opéra de Dijon. À Strasbourg, une introduction de trente minutes sera proposée avant chaque représentation, afin de présenter l’œuvre et les choix de mise en scène. Le spectacle est accessible à partir de dix ans. Après les premières représentations strasbourgeoises, Ariane à Naxos poursuivra son parcours en Alsace, au Théâtre de la Sinne à Mulhouse, puis au Théâtre municipal de Colmar. Cette circulation entre les trois villes rappelle la vocation régionale de l’Opéra national du Rhin et permet à une même production de toucher des publics différents. Avec son mélange d’humour, de musique et de réflexion sur le monde du spectacle, l’ouvrage de Strauss et Hofmannsthal donnera le ton d’une saison placée sous le signe du dialogue entre les œuvres du répertoire et les regards contemporains.

  • « Wozzeck », l’opéra qui fait basculer le XXe siècle

    À Bruxelles, La Monnaie présente cet automne une nouvelle production de Wozzeck, l’opéra d’Alban Berg qui a profondément transformé le théâtre musical du XXe siècle. Les représentations sont prévues du 8 au 22 novembre 2026, sous la direction musicale d’Alain Altinoglu et dans une mise en scène de Christophe Coppens. Un siècle après sa création, l’œuvre conserve une force intacte : celle d’un drame social et psychologique où un homme pauvre, humilié et exploité finit par basculer dans la violence. Pour Alain Altinoglu, directeur musical de La Monnaie, Wozzeck figurait depuis longtemps parmi les œuvres qu’il souhaitait diriger. Dans un entretien accordé au Soir, le chef estime que l’opéra appartient au « top 10 des opéras les plus importants de l’histoire de la musique ». Il compare sa partition à « une montre suisse » : une mécanique d’une précision extrême, mais qui reste immédiatement lisible pour le public. Cette tension entre une construction musicale très élaborée et une histoire directement compréhensible est au cœur de l’œuvre. Berg découvre le texte de Georg Büchner en 1914, lorsqu’il assiste à Vienne à la première représentation de la pièce Woyzeck. Le dramaturge allemand s’était inspiré d’un fait divers réel : celui d’un soldat, Johann Christian Woyzeck, condamné à mort pour avoir tué sa compagne. Resté fragmentaire après la mort précoce de Büchner, le texte raconte la lente désagrégation d’un homme placé au plus bas de l’échelle sociale. Berg en extrait quinze scènes, qu’il organise en trois actes de cinq scènes chacun, et écrit lui-même le livret. La composition s’étend de 1914 à 1921, dans un contexte marqué par la guerre et par l’expérience militaire du compositeur, mobilisé comme employé administratif entre 1915 et 1918. La partition porte la trace de cette époque instable : elle refuse les séductions d’un récit héroïque et place au centre un personnage ordinaire, soumis aux forces qui le dépassent. L’opéra est finalement créé le 14 décembre 1925 à la Staatsoper de Berlin. La réception est spectaculaire. Le public découvre une œuvre qui rompt avec les habitudes du grand opéra, tant par son sujet que par son langage musical. Wozzeck est souvent présenté comme le premier opéra complet de l’histoire à employer une écriture atonale, même si Berg conserve des liens très forts avec la tradition postromantique et avec l’univers de Gustav Mahler. L’atonalité ne signifie pas ici que la musique serait dépourvue de règles ou de repères. Au contraire, Berg organise chaque scène selon une forme précise, tout en libérant l’harmonie de la stabilité d’une tonalité traditionnelle. Cette alliance entre modernité radicale et expressivité directe explique en partie la longévité de l’œuvre. L’intrigue suit Franz Wozzeck, un soldat misérable qui tente de subvenir aux besoins de Marie, sa compagne, et de leur enfant. Pour gagner un peu d’argent, il accepte de se soumettre aux expériences d’un médecin qui le considère comme un simple objet d’étude. Son capitaine le rabaisse et lui reproche sa pauvreté ainsi que la naissance illégitime de son fils. Marie, de son côté, est séduite par le tambour-major. À mesure que les humiliations s’accumulent, Wozzeck s’enferme dans des visions et des obsessions qui rendent de plus en plus incertaine la frontière entre la réalité et la folie. La violence du récit ne tient donc pas seulement au meurtre de Marie. Elle réside dans l’ensemble des rapports de domination qui précèdent le drame : l’armée, la médecine, la morale et la misère forment un système qui prive progressivement Wozzeck de toute possibilité d’agir sur son propre destin. Les institutions qui l’entourent ne l’accompagnent pas ; elles l’utilisent, le jugent ou le ridiculisent. Marie elle-même n’est pas seulement une victime de l’intrigue : elle cherche, comme Wozzeck, une échappée à sa condition, dans un univers où le désir devient une nouvelle source de danger. Musicalement, Berg traduit cet enfermement par une architecture très rigoureuse. Le premier acte repose sur des pièces de caractère qui présentent les protagonistes. Le deuxième adopte une organisation proche de la symphonie, tandis que le troisième se construit autour de plusieurs inventions musicales, chacune fondée sur un principe différent. Cette discipline formelle reste souvent invisible à l’écoute, mais elle donne au drame sa cohérence. Les motifs récurrents, les ruptures rythmiques et les couleurs de l’orchestre accompagnent les états mentaux de Wozzeck et les transformations de Marie. L’orchestre ne se contente pas d’illustrer l’action : il révèle ce que les personnages ne parviennent plus à dire. Cette complexité n’empêche pas l’émotion. Le Kennedy Center souligne que l’expressionnisme de Berg met au premier plan les pensées et les sensations des personnages, notamment l’aliénation et la folie du soldat. L’Opéra national de Paris parle, lui, d’une violence sociale et psychologique qui broie Wozzeck avec une précision rarement atteinte au théâtre lyrique. L’œuvre annonce ainsi une partie du théâtre musical moderne, tout en restant profondément singulière : elle ne cherche ni le spectaculaire ni la consolation, mais une vérité parfois inconfortable. Dans la production bruxelloise, cette dérive sera portée par le baryton Scott Hendricks, face à Jennifer Holloway dans le rôle de Marie. L’Orchestre symphonique de La Monnaie et les chœurs d’enfants et de jeunes de l’institution participeront également aux représentations. La mise en scène de Christophe Coppens entend faire apparaître le maelström intérieur du personnage et brouiller les repères entre passé et présent, imagination et réalité. La production comporte des scènes explicites de violence et de violence sexuelle, et elle est déconseillée aux moins de 16 ans. Des rencontres, conférences et introductions musicales sont prévues autour des représentations, ainsi qu’une soirée destinée aux moins de 30 ans le 10 novembre. À Bruxelles comme ailleurs, Wozzeck reste donc une œuvre historique sans être devenue un simple monument. Son langage musical continue de dérouter, mais son interrogation demeure immédiate : que devient un individu lorsqu’il est privé de dignité, de ressources et de toute possibilité d’être entendu ? En faisant entrer sur la scène lyrique les humiliés et les exclus, Berg a ouvert une voie nouvelle. Un siècle après Berlin, cette tragédie rappelle que la modernité de Wozzeck ne tient pas seulement à ses harmonies, mais à son regard sur les mécanismes qui fabriquent la solitude et la violence.

  • À Mediasquare, Mozart se raconte entre musique, théâtre et idées reçues

    Le jeudi 5 novembre, à 12h30, la RTBF ouvrira les portes de son nouveau siège, Mediasquare, pour un concert de midi pas tout à fait comme les autres. Dans le hall Agora, le public pourra découvrir gratuitement Ça part en fugue : 5 questions sur Mozart, une adaptation scénique du podcast de Musiq3. Pendant cinquante minutes, la journaliste et productrice Cécile Poss, le comédien Réal Siellez et la pianiste Cansu Şanlıdağ proposeront une rencontre entre musique classique, théâtre et humour. L’entrée est gratuite, mais l’inscription est obligatoire et les places sont limitées. Le principe du spectacle est simple : prendre cinq idées largement répandues sur Wolfgang Amadeus Mozart et les confronter aux faits historiques. Le compositeur était-il un génie absolu, un plagiaire, un alcoolique ou un personnage grossier ? A-t-il réellement été assassiné ? Ces questions constituent le fil rouge de la première saison du podcast Ça part en fugue, consacré au compositeur autrichien. La série entend distinguer ce qui relève des archives, des témoignages et du contexte historique de ce qui s’est construit au fil des récits, des biographies et de la culture populaire. Cette démarche est d’autant plus nécessaire que Mozart est devenu une figure qui dépasse largement sa musique. Né à Salzbourg en 1756, présenté dès l’enfance dans les cours européennes, il incarne à lui seul l’image de l’enfant prodige. Sa virtuosité précoce, ses tournées avec son père Leopold et la rapidité avec laquelle il compose ont nourri une fascination durable. Mais cette histoire, souvent racontée comme celle d’un don miraculeux, laisse parfois dans l’ombre l’apprentissage intensif, les voyages, les rencontres et les traditions musicales qui ont façonné son écriture. À cette image du génie s’ajoute celle d’une icône reconnaissable entre toutes : perruque blanche, clavier, rire débridé et mort mystérieuse. Le film Amadeus, réalisé par Milos Forman en 1984, a durablement contribué à populariser certains traits du personnage, notamment celui d’un compositeur irrévérencieux, rieur et volontiers scatologique. Le podcast de Musiq3 revient sur ces représentations, non pour effacer leur part romanesque, mais pour montrer comment elles se sont formées et ce qu’elles disent réellement de l’homme derrière la légende. Sur scène, Cécile Poss mène l’enquête et fait dialoguer les sources avec les mythes. Réal Siellez, lui, endosse le rôle de Mozart. Il proteste, fanfaronne, esquive et tente de défendre sa réputation, introduisant dans le récit une dimension théâtrale qui évite le ton de la conférence traditionnelle. La pianiste Cansu Şanlıdağ accompagne les échanges et replace les questions dans la matière sonore. Les extraits musicaux ne servent donc pas seulement d’illustration : ils permettent de revenir à l’œuvre et de comprendre comment Mozart construit une phrase, transforme un modèle ou fait dialoguer les voix. La question du « génie » est ainsi au cœur du dispositif. Mozart a été célébré très tôt pour ses capacités exceptionnelles, mais cette réputation ne doit pas faire oublier le travail, l’apprentissage et les influences qui ont nourri son écriture. Comme d’autres compositeurs du XVIIIe siècle, il évolue dans une tradition fondée sur la transmission, l’imitation et la transformation. Le terme de plagiaire, appliqué sans précaution, risque donc d’être anachronique. S’inspirer d’un prédécesseur, reprendre une forme ou dialoguer avec un style existant ne signifie pas nécessairement copier. Le spectacle s’intéresse précisément à cette frontière entre inspiration, appropriation et création. Les autres interrogations suivent la même logique. Le portrait d’un Mozart alcoolique ou constamment porté sur la fête appartient en grande partie à l’imaginaire collectif. Ses lettres et certains témoignages ont alimenté une réputation de provocateur, parfois grossier, mais ils ne suffisent pas à établir le portrait d’un homme défini par l’alcool ou la débauche. De même, sa mort, survenue à Vienne le 5 décembre 1791, a donné naissance à de nombreuses hypothèses, dont celle d’un empoisonnement ou d’un assassinat. Les causes exactes de son décès ont longtemps été discutées, mais aucune preuve définitive n’a confirmé le scénario criminel. Avec Ça part en fugue, Musiq3 prolonge donc son travail de médiation autour des grandes figures de la musique classique. La formule repose sur un équilibre entre récit documenté, extraits musicaux et incarnation théâtrale. Elle s’adresse autant aux auditeurs familiers de Mozart qu’à ceux qui connaissent surtout quelques airs célèbres et souhaitent comprendre l’homme derrière l’image. Le rendez-vous de Mediasquare constitue aussi une manière pour la RTBF d’investir son nouveau bâtiment en y organisant un événement culturel ouvert au public, à l’heure du déjeuner. Pour assister à cette rencontre, il fallait s’inscrire avant le 5 novembre via le formulaire prévu par la RTBF. Une fois les portes franchies, le public ne découvrira pas seulement cinq réponses à cinq questions sur Mozart. Il sera surtout invité à écouter autrement une musique dont la force ne dépend ni des légendes ni des caricatures. Après cette étape scénique, le podcast poursuit son chemin et ouvre déjà la voie à d’autres compositeurs, d’autres réputations et d’autres vérités à démêler.

  • « Opéra à la maison » : le meilleur de la scène lyrique belge désormais accessible sur Auvio

    La RTBF propose sur sa plateforme Auvio un nouveau catalogue consacré à l’opéra, avec des captations réalisées à La Monnaie, à Bruxelles, et à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. Baptisée « Opéra à la maison », cette programmation entend rapprocher le public de l’art lyrique, qu’il soit déjà familier des grandes œuvres ou qu’il souhaite les découvrir pour la première fois. Le dispositif s’inscrit dans une collaboration entre la RTBF et la VRT afin de rendre accessibles, aux publics francophones comme néerlandophones, plusieurs productions issues des grandes maisons d’opéra belges. Sur Auvio, les œuvres sont proposées en vidéo à la demande, accompagnées de contenus éditoriaux destinés à donner des clés d’écoute et de compréhension. Le catalogue ne se limite donc pas à la captation d’un spectacle. Pour chaque œuvre, la plateforme peut également proposer des articles, des présentations ou des podcasts consacrés à son histoire, à ses personnages, à son contexte de création et aux choix artistiques de la production. Une manière de dépasser l’image d’un répertoire parfois jugé difficile d’accès et de replacer chaque représentation dans un récit plus large. L’opéra est né au début du XVIIe siècle, dans le désir de renouer avec l’idéal théâtral de l’Antiquité, mais il reste une forme artistique en mouvement. Au fil des siècles, il a accueilli les recherches de Monteverdi, les grandes architectures de Mozart, le lyrisme de Verdi, les audaces de Wagner ou encore les couleurs nouvelles de la création contemporaine. Il associe la musique, le théâtre, la littérature, la danse et les arts visuels, tout en mobilisant une importante chaîne de métiers : compositeurs, librettistes, chanteurs, instrumentistes, choristes, metteurs en scène, scénographes, créateurs lumière, costumiers et techniciens. Une représentation est ainsi le résultat d’un travail collectif, souvent mené pendant plusieurs mois avant l’entrée en scène. La captation permet d’en observer certains détails : le travail des voix, la précision de l’orchestre, la construction d’un décor ou la manière dont une mise en scène renouvelle une œuvre connue. Elle offre aussi la possibilité de revenir sur un air, un duo ou une séquence orchestrale, une liberté rarement disponible pendant une représentation en salle. L’expérience n’est pas identique, mais elle peut devenir une autre façon d’écouter. Parmi les productions accessibles sur Auvio figurent notamment des spectacles liés à La Monnaie et à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. La plateforme met ainsi en valeur deux institutions qui occupent une place centrale dans la vie lyrique belge. Installée au cœur de Bruxelles, La Monnaie est la maison d’opéra fédérale de Belgique. Elle défend un répertoire allant des ouvrages historiques aux créations et aux relectures scéniques. À Liège, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège fait vivre le grand opéra et le bel canto, tout en développant des collaborations et des coproductions internationales. Cette présence conjointe permet de faire entendre des sensibilités et des esthétiques différentes, tout en donnant une visibilité nationale à des productions généralement liées à leur lieu de représentation. Elle rappelle aussi la richesse du paysage lyrique belge, construit autour de maisons aux histoires, aux publics et aux lignes artistiques singulières. Pour les spectateurs qui ne résident pas à Bruxelles ou à Liège, l’accès numérique réduit la distance géographique et prolonge la circulation des œuvres. La programmation s’inscrit aussi dans un échange plus large avec la VRT. Sur VRT MAX, à partir du 25 octobre, le public néerlandophone peut notamment retrouver « Roméo et Juliette » de Charles Gounod et « Rusalka » d’Antonín Dvořák, proposées par La Monnaie, ainsi que « Don Giovanni » de Wolfgang Amadeus Mozart et « De Bekeerlinge » de Wim Hendrickx, productions associées à Opera Ballet Vlaanderen. Ces choix couvrent plusieurs périodes de l’histoire de l’opéra. « Roméo et Juliette », créé à Paris en 1867 et inspiré de la tragédie de Shakespeare, appartient au grand répertoire romantique français. « Rusalka », avec son univers fantastique et sa figure de femme confrontée à un monde qui lui échappe, représente l’un des ouvrages les plus connus de Dvořák. « Don Giovanni », chef-d’œuvre de Mozart créé à Prague en 1787, demeure l’un des piliers du répertoire lyrique, tandis que « De Bekeerlinge » illustre la création contemporaine et la volonté de ne pas réduire l’opéra aux seuls titres historiques. C’est l’un des enjeux de cette offre numérique : montrer que l’art lyrique ne se résume ni aux costumes d’époque ni aux grandes histoires d’amour tragiques. Il peut aussi être contemporain, surprenant et traversé par les questions de société. Les contenus pédagogiques doivent accompagner les spectateurs dans cette diversité, sans transformer l’écoute en cours magistral. L’objectif est de proposer une entrée simple, conviviale et documentée dans des œuvres parfois longues et exigeantes, en donnant quelques repères sur la musique, le livret et la mise en scène. Pour les habitués, Auvio devient un prolongement des saisons des maisons d’opéra. Pour les nouveaux spectateurs, la plateforme peut constituer une première rencontre, plus accessible qu’une réservation immédiate en salle. Elle peut également servir de préparation ou de prolongement à une sortie : découvrir une œuvre chez soi, puis la retrouver dans l’acoustique et l’énergie du théâtre. Cette initiative pose enfin la question de la place de la captation dans la diffusion du spectacle vivant. Une vidéo ne remplace pas la présence des artistes, l’acoustique d’un théâtre ou l’émotion d’une salle pleine. Elle permet cependant de faire circuler les productions, de toucher des personnes éloignées des grands centres culturels et de conserver une trace des spectacles. Avec « Opéra à la maison », la RTBF et la VRT misent donc sur la complémentarité entre la scène et l’écran. Les productions continuent d’exister dans les théâtres de Bruxelles et de Liège, mais elles peuvent désormais entrer dans les foyers, accompagnées d’explications et de regards éditoriaux. Une façon de rappeler que l’opéra, malgré son histoire séculaire, reste aussi une expérience culturelle à partager sur les supports d’aujourd’hui.

  • Au Caudan Arts Centre, quatre rendez-vous pour faire vivre la musique classique

    À Port-Louis, le Caudan Arts Centre accueillera, du 28 octobre au 7 novembre 2026, quatre concerts consacrés à la musique classique. La programmation réunira des musiciens mauriciens, des artistes de La Réunion et deux interprètes venus de Saint-Pétersbourg. À travers ces rendez-vous, les organisateurs veulent rapprocher le public de grands compositeurs, valoriser les jeunes instrumentistes et rappeler la vitalité d’un répertoire capable de traverser les siècles sans perdre sa force d’expression. Cette série dessine aussi un portrait de la musique classique à Maurice. Loin de se limiter à un seul format, elle passera de l’orchestre symphonique au récital, de la musique vocale à la musique de chambre, tout en accordant une place importante à la transmission. Les quatre soirées permettront ainsi de mesurer le travail accompli par les conservatoires et les ensembles locaux, mais aussi les liens qui se tissent avec les institutions musicales de la région. Le premier temps fort sera donné le mercredi 28 octobre avec « Rencontre Symphonique », un concert porté par Opera Mauritius. L’événement s’appuie sur une collaboration entre le Conservatoire national de musique François-Mitterrand, le Conservatoire Frédéric Chopin, le Mauritius Police Band, l’Ensemble 415 et Vent d’un Rêve. Des musiciens du Conservatoire régional de La Réunion participeront également à cette formation placée sous la direction du chef d’orchestre réunionnais Daniel Bargier. D’une durée annoncée d’une heure et vingt minutes, sans entracte, la soirée réunira plus de cinquante instrumentistes dans une formation pensée comme un espace de rencontre entre enseignants, élèves et artistes confirmés. Le programme fera entendre des œuvres de Haydn, Mozart, Tchaïkovski, Mendelssohn, Saint-Saëns et Grieg, ainsi qu’une composition mauricienne. Le public retrouvera notamment la suite « Water Music » de Haendel, écrite au XVIIIe siècle pour accompagner une représentation royale sur la Tamise, le deuxième mouvement du Concerto pour piano n° 21 de Mozart et un extrait de « Peer Gynt » de Grieg. Ces pages, familières ou à redécouvrir, illustrent plusieurs manières d’aborder l’orchestre, entre éclat collectif, lyrisme et évocation de paysages imaginaires. La musique vocale occupera également une place importante. Des extraits de la comédie musicale « My Fair Lady » seront interprétés par Sophie Némorin, Estelle Cathan et Jessica Babet. La soirée se poursuivra avec le célèbre « Brindisi » de « La Traviata », porté par Véronique Zuël et Jean-Michel Ringadoo. En associant opéra, comédie musicale et répertoire instrumental, « Rencontre Symphonique » entend rendre le concert accessible à des publics différents, sans opposer découverte et tradition. Ce concert s’inscrit dans un mouvement plus large de relance de la pratique orchestrale à Maurice. Dans un article publié le 5 octobre, « L’express » indiquait qu’un orchestre devait être constitué principalement d’artistes mauriciens. Le journal présentait cette initiative comme le retour d’un véritable concert symphonique porté par une formation locale, après plusieurs décennies marquées par la venue d’orchestres étrangers. Marie-Christine Clarisse, directrice du Conservatoire François-Mitterrand, y évoquait une occasion pour les instrumentistes établis à Maurice de « faire rayonner ensemble l’art orchestral ». Le projet comporte aussi une dimension pédagogique, avec des ateliers, des masterclasses et des échanges entre artistes confirmés, enseignants et élèves. Au-delà de la représentation, l’enjeu est donc de consolider une pratique durable. Deux jours plus tard, le samedi 31 octobre, le Conservatoire Frédéric Chopin retrouvera la scène du Caudan Arts Centre avec « Glimpse of Music 3 ». Fondée en 2000 par les pianistes Lilia Poustovoytova et Dean Nookadu, l’institution de Quatre Bornes assure une formation en piano, violon, flûte et guitare, pour enfants comme pour adultes. Pour cette nouvelle édition, les élèves et leurs enseignants partageront la scène pendant une heure, dans un programme allant des œuvres classiques aux compositions plus contemporaines. Solistes, duos et ensembles de musique de chambre se succéderont, avec des formations réunissant piano, violon, flûte et guitare. Le spectacle offrira ainsi une vitrine du travail artistique et pédagogique accompli au sein du conservatoire, tout en donnant aux jeunes interprètes l’expérience particulière d’une scène professionnelle. Le mardi 3 novembre, le public changera d’univers avec une soirée réunissant la pianiste Zarina Shimanskaya et le ténor Sergey Skorokhodov. Tous deux originaires de Saint-Pétersbourg, les artistes proposeront un programme d’une heure et demie consacré aux chefs-d’œuvre du répertoire international. Les pièces vocales seront interprétées dans leur langue originale, notamment en russe, en italien, en français et en allemand, afin de préserver les couleurs propres à chaque œuvre. Lauréate de concours internationaux, Zarina Shimanskaya s’est produite dans des salles comme le Wigmore Hall de Londres, le Mozarteum de Salzbourg ou la salle de concert du Théâtre Mariinsky. Sergey Skorokhodov est, lui, présenté comme un soliste de premier plan du Mariinsky, avec des apparitions au Metropolitan Opera, à la Scala et à l’Opéra national de Paris. Le concert est annoncé en entrée libre par le Caudan Arts Centre. La série s’achèvera le samedi 7 novembre avec « Back to Classical », proposé par l’Ensemble 415. Après « Strings Go Pop », l’ensemble renouera avec les œuvres pour cordes et un répertoire davantage ancré dans la tradition classique. Bach, Vivaldi et Telemann côtoieront Grieg, Monti, Barber et Holst. Violons, altos, violoncelles et contrebasse permettront de parcourir plusieurs périodes de l’histoire musicale, du baroque aux écritures plus modernes. L’Ensemble 415, qui mène également des actions de transmission auprès des jeunes musiciens, entend offrir une autre manière d’aborder la musique classique, entre fidélité aux œuvres, énergie collective et nouvelles interprétations. De l’orchestre symphonique à la musique de chambre, en passant par le récital et la formation des jeunes instrumentistes, cette programmation présente plusieurs visages d’un même patrimoine. Elle témoigne aussi de la volonté des institutions musicales mauriciennes de travailler ensemble et de multiplier les passerelles avec La Réunion et l’international. Reste désormais à voir quelle réponse le public apportera à ces quatre rendez-vous, alors que les organisateurs cherchent à inscrire plus durablement la musique classique dans la vie culturelle de l’île.

  • À La Côte-Saint-André, un conte-opéra pour découvrir La Petite Sirène autrement

    Le musée Hector-Berlioz de La Côte-Saint-André, en Isère, accueillera lundi 26 octobre 2026 un spectacle destiné aux familles : un conte-opéra consacré à La Petite Sirène. Pendant quarante-cinq minutes, de 10 h 30 à 11 h 15, la soprano Justine Jacquin entraînera le public dans les profondeurs de l’océan, à travers une réécriture du conte proposée par Ann Rocard. La représentation est gratuite, mais la réservation est obligatoire auprès du musée, au 04 74 20 24 88. Programmé pendant les vacances scolaires de la Toussaint, ce rendez-vous s’adresse en priorité aux enfants accompagnés de leur famille. Sa durée volontairement resserrée permet d’entrer dans l’univers lyrique sans demander une longue capacité d’écoute aux plus jeunes. Le spectacle mise ainsi sur une forme accessible, où la découverte de la voix chantée passe par une histoire connue et immédiatement évocatrice : celle d’une jeune créature des mers qui rêve d’un autre horizon. L’événement s’inscrit dans une démarche qui caractérise le travail de Justine Jacquin. La chanteuse défend une approche de l’opéra ouverte à tous les publics et investit des lieux où l’art lyrique n’est pas toujours attendu. Comme le souligne l’article du Dauphiné Libéré, elle cherche à bousculer les a priori et les idées reçues associés à l’opéra, en allant à la rencontre de spectateurs qui ne fréquentent pas nécessairement les salles de spectacle. Le choix d’un musée consacré à Hector Berlioz, figure majeure de la musique romantique née à La Côte-Saint-André, donne à cette proposition un cadre particulier, à la croisée du patrimoine, de la musique et du récit pour enfants. Hector Berlioz a profondément marqué l’histoire de la musique française par son imagination orchestrale, son goût du théâtre et son ambition de faire dialoguer les arts. Sans chercher à reproduire les grandes dimensions de ses œuvres, ce conte-opéra entre en résonance avec cette volonté de raconter et de faire naître des images par la musique. Dans la maison natale du compositeur, la présence d’une soprano rappelle que la voix demeure l’un des moyens les plus directs de transmettre une émotion et de donner vie à un personnage. La Petite Sirène offre un support familier au jeune public. Popularisée dans le monde entier par le conte de Hans Christian Andersen, publié au XIXe siècle, puis par de nombreuses adaptations au théâtre, au cinéma et en musique, l’histoire permet ici d’aborder l’opéra par l’imaginaire. Les thèmes de la différence, du désir de liberté, de la transformation et du choix d’un destin trouvent naturellement leur place dans une représentation destinée aux enfants, sans que ceux-ci aient besoin de connaître l’œuvre originale ou les codes du spectacle lyrique. Le spectacle ne se présente pas comme une représentation traditionnelle, avec un grand orchestre et une distribution importante, mais comme un format resserré autour de la voix et du récit. Les informations communiquées par les organisateurs présentent Justine Jacquin comme l’unique interprète de cette version, dans le rôle de soprano. Cette configuration concentre l’attention sur les inflexions de la voix, le rythme des mots et la capacité de l’interprète à faire surgir plusieurs figures et plusieurs espaces à partir d’un dispositif léger. Le principe est simple : inviter les spectateurs à prendre le temps de s’asseoir et de tendre l’oreille avant de les conduire dans un univers sous-marin. La voix devient le principal fil narratif, tandis que le conte fournit la trame de cette rencontre avec la jeune sirène. La réécriture d’Ann Rocard adapte ainsi le récit à une forme courte et accessible, pensée pour une écoute en famille. Le texte conserve la puissance d’évocation de l’histoire tout en laissant à la musique une place essentielle : celle de suggérer les mouvements de l’eau, les émotions du personnage et les changements de décor. Pour un enfant, cette approche peut constituer une première expérience de l’opéra. Elle permet de comprendre que l’art lyrique ne se résume pas à une grande scène, à un orchestre imposant ou à une œuvre ancienne. Il peut aussi prendre la forme d’un récit vivant, porté par une interprète seule, dans un espace patrimonial. Le chant devient alors un langage supplémentaire, qui ne remplace pas les mots mais les prolonge et invite chacun à écouter autrement. Cette proposition participe aussi à la programmation culturelle du musée Hector-Berlioz, installé au 69 de la rue de la République, dans la maison natale du compositeur. Le lieu accueille régulièrement des rendez-vous qui permettent d’aborder la musique autrement que par la seule visite patrimoniale. En choisissant un conte connu des enfants, le musée crée une passerelle entre son identité musicale et un public familial. Le spectacle peut ainsi prolonger une découverte du musée ou offrir une raison particulière d’y entrer pour la première fois. La séance du 26 octobre est annoncée comme accessible aux personnes en fauteuil roulant, en autonomie ou avec une aide. L’entrée est gratuite, dans la limite des places disponibles et sur réservation. Les familles intéressées doivent donc contacter directement le musée avant leur venue. Cette réservation est d’autant plus importante que le format intime du spectacle implique un nombre de places limité et une attention particulière portée aux conditions d’accueil. À La Côte-Saint-André, La Petite Sirène prendra donc la forme d’une parenthèse musicale au cœur du musée Berlioz. En misant sur une voix de soprano, une adaptation littéraire et un format court, Justine Jacquin propose une entrée douce dans l’univers lyrique. Reste l’enjeu essentiel de ce type de spectacle : faire entendre l’opéra autrement, dans un lieu patrimonial, auprès d’un public familial et curieux, en laissant la musique et l’imaginaire ouvrir le chemin.

  • À Toulon, Prokofiev et Chostakovitch ouvrent la saison symphonique

    Le jeudi 5 novembre 2026, à 20 heures, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon investira l’auditorium du Palais Neptune pour un concert placé sous le signe de deux grandes figures de la musique russe du XXe siècle : Sergueï Prokofiev et Dmitri Chostakovitch. Intitulé « Vérone / Leningrad », ce rendez-vous ouvrira la saison symphonique de l’Opéra de Toulon, exceptionnellement organisée hors les murs pendant la campagne de restauration et de modernisation du bâtiment historique de la place Victor-Hugo. La soirée réunira l’orchestre maison, le violoncelliste Xavier Phillips et le chef Victorien Vanoosten, dans un programme puissant et passionné, où se croisent la dramaturgie du théâtre et la mémoire de la guerre. Le choix de ces deux compositeurs n’est pas seulement musical. Prokofiev et Chostakovitch ont tous deux construit leur œuvre dans l’Union soviétique, avec ses exigences idéologiques, ses périodes de liberté relative et ses épisodes de censure. Nés respectivement en 1891 et en 1906, ils ont connu des trajectoires différentes, mais ont dû composer avec un même environnement politique. Prokofiev, après plusieurs années passées en Occident, rentre définitivement en Union soviétique au milieu des années 1930. Il pense alors pouvoir y retrouver une place centrale dans la vie musicale. Son passeport lui est pourtant retiré et sa liberté de déplacement disparaît. Chostakovitch, de son côté, devient dès 1936 la cible d’une violente campagne officielle après la publication, dans la Pravda, de l’article « Le chaos remplace la musique », consacré à son opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk. Cette pression politique ne se traduit pas chez eux par un style uniforme ou docile. Elle nourrit au contraire une musique faite de doubles lectures, de contrastes et de tensions. Chostakovitch apprendra à composer avec les attentes officielles tout en ménageant, dans ses symphonies et sa musique de chambre, des zones d’ironie, de malaise ou de désolation. Prokofiev, lui, conserve une écriture immédiatement reconnaissable, fondée sur l’énergie rythmique, les angles brusques, les mélodies incisives et un sens très personnel de la satire. Tous deux montrent ainsi combien la création peut devenir un espace de résistance, même lorsque la liberté de l’artiste est étroitement surveillée. La référence à Vérone renvoie à l’univers de Roméo et Juliette, le ballet de Prokofiev créé en 1938. À travers Shakespeare, le compositeur explore la violence des clans, l’élan amoureux, la fête, le deuil et l’irréparable. Sa partition alterne les danses, les scènes d’ensemble et les moments d’une grande intensité lyrique. Elle démontre aussi son talent pour caractériser un personnage ou une situation par quelques gestes orchestraux : un rythme, une couleur, une ligne mélodique peuvent suffire à faire naître une atmosphère théâtrale. Le titre de la soirée place donc la musique de Prokofiev sous le signe du récit et du mouvement. Leningrad évoque quant à elle la Septième Symphonie de Chostakovitch, composée pendant la Seconde Guerre mondiale et associée au siège de la ville, alors encerclée par les forces allemandes. Créée en 1942, d’abord à Kouïbychev puis à Leningrad en août de la même année, l’œuvre s’est rapidement imposée comme un symbole de résistance. Sa vaste architecture fait entendre la marche de la guerre, la menace et l’épuisement, mais aussi la persistance d’une volonté collective. Sa portée dépasse toutefois le seul récit patriotique : la symphonie demeure traversée par l’ambiguïté, la douleur et la question de la responsabilité historique. C’est cette complexité qui continue de nourrir son interprétation. Le concert toulonnais s’inscrit dans cette histoire sans réduire ces partitions à leur seule dimension politique. Prokofiev et Chostakovitch restent d’abord deux compositeurs de théâtre, de mouvement et de contrastes. Leurs œuvres font entendre des masses orchestrales imposantes, mais aussi des épisodes plus intimes, des silences, des lignes mélodiques fragiles et des ruptures parfois abruptes. L’orchestre symphonique devient chez eux un véritable espace dramatique, capable de passer en quelques mesures de l’éclat à l’inquiétude, de la marche collective à la confidence. La présence de Xavier Phillips apportera une dimension soliste à cette soirée. Le violoncelliste français, invité régulièrement par de grandes formations symphoniques et de nombreux festivals, est notamment reconnu pour son interprétation du grand répertoire concertant. Son intervention permettra de mettre en regard la puissance de l’orchestre et la voix plus personnelle du violoncelle. Cet instrument, dont le registre peut évoquer aussi bien la voix humaine que la profondeur de l’orchestre, trouvera naturellement sa place dans un programme attaché aux notions de récit, de mémoire et d’expression individuelle. À la direction, Victorien Vanoosten accompagnera l’Orchestre de l’Opéra de Toulon. Chef d’orchestre et pianiste, il est régulièrement associé aux répertoires lyrique et symphonique. Cette double culture constitue un atout pour un programme construit autour de la scène, du récit et de la caractérisation musicale. Entre les épisodes de Prokofiev et les vastes architectures de Chostakovitch, l’enjeu sera de préserver la lisibilité du discours tout en laissant apparaître les nombreuses nuances de ces œuvres : violence, ironie, lyrisme, inquiétude et espoir. La soirée se déroulera au Palais Neptune, avenue de Besagne, dans le cadre de la programmation « hors les murs » de l’Opéra de Toulon. Le théâtre, inauguré en 1862 et inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1988, fait actuellement l’objet d’importants travaux. Cette situation conduit l’institution à déplacer une partie de ses spectacles dans différents lieux de la métropole. Le Palais Neptune offre ici un cadre adapté à une formation symphonique et permet à l’Opéra de maintenir son activité auprès du public pendant la période de chantier. Ce déplacement temporaire donne aussi à la saison une dimension particulière : le lieu change, mais le lien entre l’orchestre et les spectateurs demeure. Les tarifs annoncés vont de 5 à 32 euros, pour une représentation prévue de 20 heures à 22 heures. À travers ce premier rendez-vous symphonique, l’Opéra de Toulon entend préserver le fil de sa saison tout en donnant une place centrale à deux compositeurs dont la musique continue d’interroger le rapport entre création artistique, histoire et pouvoir. « Vérone / Leningrad » ouvrira ainsi une saison placée sous le signe de la continuité : celle d’un orchestre, d’un public et d’une institution qui poursuivent leur activité, même lorsque leur scène habituelle est temporairement fermée.

NEWSLETTER : inscrivez-vous !

Merci pour votre envoi !

Restez informé, découvrez le meilleur de LA GRANDE MUSIQUE dans la newsletter hebdomadaire gratuite et recevez directement dans votre boite e-mail notre sélection d'articles, de concerts, d'actualités musicales. Mais aussi des cadeaux et des offres de nos partenaires.

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX

  • alt.text.label.Twitter
  • alt.text.label.Facebook
  • Instagram
  • Youtube
  • LinkedIn
  • Les fils

DÉCOUVREZ RADIO PANAME

Radio Paname

TÉLÉCHARGER L'APP

bouton telechargement google play store
bouton telechargement apple app store
bouton Amazon Alexa
bottom of page