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- De Brest à l’Opéra de Paris, le retour en scène de Martin Paul avec les Pointes de l’avenir
Le dimanche 28 juin 2026, la scène de l’Armorica à Plouguerneau a vibré au rythme des battements d’un retour attendu : celui de Martin Paul, jeune danseur classique brestois aujourd'hui membre réputé du Ballet de l’Opéra national de Paris. À seulement 19 ans, cet ancien élève de l’école brestoise Les Pointes de l’avenir est revenu sur les terres qui l'ont vu naître artistiquement, offrant au public un spectacle riche en émotions. Un parcours d'exception enraciné à Brest Né à Brest et initié à la danse dès l'âge de 4 ans au sein des Pointes de l’avenir, Martin Paul raconte volontiers son parcours marqué par une passion précoce et un choix singulier. Dans plusieurs interviews, comme celle accordée à Ouest-France, il explique avoir dû arbitrer dès son enfance entre hip-hop et danse classique, avant de choisir cette dernière pratiquement par intuition, évoquant que "la danse classique l’a choisi". Cette école de quartier, portée par la pédagogue Armelle Soulier, ne se contente pas d’offrir un enseignement de qualité mais développe aussi un cursus danse-études en partenariat avec le Mac Orlan, permettant un entraînement intensif alliant rigueur artistique et adaption scolaire. C’est dans ce cadre exigeant que s’est affirmé progressivement le talent de Martin Paul. De Brest à l’Opéra national de Paris : un ascension remarquable Repéré pour sa technique irréprochable et son sérieux exemplaire, le jeune danseur intègre l’École de danse de l’Opéra national de Paris avant de rejoindre en 2024 le prestigieux corps de ballet, en qualité de quadrille. Sa nomination a été saluée par la presse régionale et spécialisée, notamment Le Télégramme et ResMusica, qui ont salué sa "grande propreté technique" et sa capacité à maîtriser des variations du répertoire particulièrement exigeantes. Un engagement jusqu’en 2050 avec l’Opéra de Paris, signé à l'âge de 18 ans, confirme la confiance accordée à ce jeune prodige. Il incarne ainsi un rare exemple de réussite précoce dans un univers artistique rigoureux et compétitif. Les Pointes de l’avenir : un vivier local au rayonnement national À Brest, l’école Les Pointes de l’avenir poursuit son travail de formation, proposant des cours tant en loisirs qu’en cursus intensifs, avec des spectacles inspirés de classiques comme "Alice au pays des merveilles" ou plus récemment "Raiponce". Elle rassemble une communauté d’enfants et d’adolescents passionnés de danse classique et contemporaine, renforçant ainsi son rôle de pépinière artistique locale. Le partenariat avec la salle de l’Armorica de Plouguerneau permet de créer des moments forts où amateurs et professionnels partagent la scène, stimulant la motivation et l’ambition des plus jeunes. Retour sur scène à Plouguerneau : un moment symbolique et fédérateur Le spectacle "Raiponce", présenté le 28 juin 2026 à l’Armorica, a été l’occasion unique pour Martin Paul de danser un extrait du ballet "Le Corsaire" aux côtés d’Indira Sas, autre figure du Ballet de l’Opéra de Paris. Ce passage a suscité un vif enthousiasme, faisant de cet événement un point d’orgue de la saison pour les Pointes de l'avenir et un rendez-vous privilégié pour le public breton. Les tarifs abordables et la billetterie en ligne ont contribué à une belle affluence, confirmant l’intérêt porté par la région à ce lien étroit entre formation territoriale et excellence nationale. L’impact et les perspectives d’un parcours inspirant Ce retour illustre avec force la possibilité pour des jeunes danseurs issus de structures locales de parvenir aux sommets de la danse classique. Il met en lumière le rôle crucial de l’enseignement régional, du suivi intensif en danse-études et du soutien des familles dans le développement de talents prodigieux. Pour les élèves actuels des Pointes de l’avenir, la présence de Martin Paul sur scène résonne comme un témoignage vivant qu’un rêve de scène peut devenir réalité. Cette dimension inspirationnelle, soulignée par de nombreux acteurs et médiatisée par la presse locale, motive également une nouvelle génération à persévérer dans cet art exigeant. L’Opéra de Paris et la détection des talents à l’échelle nationale Le parcours de Martin Paul relève d’une longue tradition à l’Opéra national de Paris qui favorise la détection de talents sur tout le territoire, souvent issus de villes moyennes ou régionales. Cela illustre l’investissement de l’École de danse et l’importance des concours internes de promotion, jalons indispensables vers une carrière professionnelle solide. Vers une future étoile du Ballet de l’Opéra Le très jeune quadrille a désormais devant lui une carrière prometteuse à l’Opéra national de Paris, qui prévoit un retour massif des grands classiques à l’affiche pour la saison 2024-2025. Son passage à Brest, à l’Armorica, restera un moment fort, entre mémoire affective et démonstration de la réussite d’une école locale. En somme, Martin Paul incarne cette belle dynamique d’excellence qui naît d’un travail patient, d’un enseignement adapté et d’une passion profonde, forgeant un pont entre territoire breton et scène internationale.
- À Beaune, le Festival international d’opéra baroque déploie une 44e édition plus vivante que jamais
À Beaune, en Côte-d’Or, la musique baroque investit à nouveau l’été. Du 3 au 26 juillet 2026, la 44e édition du Festival international d’opéra baroque de Beaune s’installe dans la ville avec dix-huit concerts et opéras répartis sur quatre week-ends. Cet événement emblématique se déploie dans des lieux historiques tels que les Hospices, la basilique Notre-Dame, le théâtre municipal, la Lanterne magique et diverses chapelles, combinant patrimoine architectural et musique ancienne pour une expérience unique. Un héritage pionnier de la redécouverte baroque Né il y a plus de quarante ans au cœur du mouvement de redécouverte de la musique baroque, le festival est l’un des plus anciens en France dédiés à ce répertoire « d’avant Mozart », comme le souligne son directeur Maximilien Hondermarck. Dans les années 1960 et 1970, un réveil passionné a permis de renouer avec les pratiques musicales du XVIIe et XVIIIe siècles, redonnant vie à des instruments anciens, joués avec des archets et cordes en boyaux, et à une interprétation plus fidèle des œuvres historiques. Ce renouveau a nourri la création du festival qui a su attirer au fil des décennies de grandes figures européennes de la scène baroque et bâtir une réputation internationale solide, attirant annuellement un public passionné et érudit. La thématique 2026 : « L’Au-delà », entre mémoire et mystère Cette 44e édition s’articule autour d’une thématique saisissante : « l’Au-delà ». Les œuvres proposées explorent les grandes questions du temps, de la mort et des frontières invisibles, mêlant profondeur spirituelle et musicalité. Ainsi, des chefs-d’œuvre comme le Actus tragicus de Bach ou le Stabat Mater de Pergolèse dialoguent avec un « Requiem imaginaire » consacré à l’empereur Charles Quint, offrant au public une promenade entre émotion et réflexion historique. Concert phare : « L’Épée et le lys » et la fusion des arts Le festival met aussi en lumière le patrimoine local à travers un fascinant parcours musical inspiré du polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, conservé aux Hospices. Le concert L’Épée et le lys, conçu par la formation britannique Fount & Origin sous la direction de James Tomlinson, invite les spectateurs à un voyage sonore au temps des ducs de Bourgogne (XVe siècle). Cette création audacieuse mêle chant et instrumentaux reflétant les quinze panneaux du retable, concluant en beauté cette édition dans un lieu chargé d’histoire. Un laboratoire avant-gardiste pour la scène baroque Au-delà de sa riche programmation, le festival se veut un véritable laboratoire pour la musique baroque. En 2025, près de 4 744 spectateurs ont assisté à 37 événements réunissant 437 artistes dans six lieux différents, avec une forte audience internationale (20 % du public vient de l’étranger). Pour 2026, les nouveautés s’enchaînent : ouverture récente des chapelles des Jacobins et de la Charité pour accueillir des concerts intimistes, arrivée du théâtre municipal et de la salle de musiques actuelles La Lanterne magique, où un spectacle familial inédit Peau d’Âne est proposé, mêlant récit et violes de gambe dans une mise en scène fidèle à l’époque de Charles Perrault. L’Avare de Gasparini : premier opéra baroque mis en scène à Beaune La grande innovation de cette édition est la présentation pour la première fois d’un opéra baroque de manière scénique : L’Avare de Francesco Gasparini, un intermezzo en trois actes créé en 1720 inspiré de Molière. La mise en scène confiée à Théophile Gasselin, sous la direction musicale de Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème Harmonique, investit le théâtre municipal, offrant une expérience immersive avec décors baroques, costumes d’époque et orchestre en fosse. Une première à Beaune qui témoigne du dynamisme et de la volonté de renouvellement du festival. Des expériences culturelles enrichies et ouvertes à tous Le festival ne se limite pas à la musique : il propose également des visites musicales chantées pour découvrir la ville autrement, des conversations avec artistes chaque samedi, ainsi que des dégustations de vins et dîners dans les lieux emblématiques comme les Hospices et l’Union des maisons de vins de Grande Bourgogne. Cette symbiose entre musique, patrimoine architectural et culture viticole fait partie intégrante de l’identité du festival et de son attrait singulier. Accessibilité et dynamisme touristique Les tarifs raisonnables, allant de 10 euros pour les moins de 18 ans à 140 euros pour certaines productions, visent à favoriser un large public, des mélomanes expérimentés aux familles curieuses. La municipalité et les acteurs locaux voient dans le festival un levier majeur pour attirer des visiteurs européens tout en offrant aux habitants une redécouverte culturelle de leur ville. Enjeux et perspectives pour une édition majeure À l’heure où les festivals doivent concilier exigence artistique et ouverture, Beaune mise sur un équilibre entre grandes productions lyriques, événements intimistes, propositions familiales et valorisation de son patrimoine. Le pari de l’opéra mis en scène, de nouveaux lieux et d’une thématique forte promettent de renforcer la renommée internationale du festival tout en renouvelant l’expérience des festivaliers. Les réservations ouvertes en ligne dessineront les premiers signes de l’engouement, avant que, durant tout le mois de juillet, la musique baroque ne résonne dans les cours, chapelles et salles historiques de Beaune, ravivant la passion des mélomanes et invitant chacun à un voyage musical hors du temps.
- « La Calisto » de Cavalli, réinventée à Aix par Sébastien Daucé, gagne une nouvelle vie au disque
Enregistrée en juillet 2025 au Théâtre de l’Archevêché, lors du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, la nouvelle version de La Calisto de Francesco Cavalli dirigée par Sébastien Daucé paraît au printemps 2026 chez Harmonia Mundi. Captée sur le vif dans la cour aixoise et désormais publiée en coffret de trois CD, cette relecture foisonnante d’un opéra baroque créé en 1651 à Venise transpose à l’échelle d’un grand festival international une œuvre longtemps restée dans l’ombre, en assumant pleinement la richesse de sa musique et l’actualité de ses thèmes. Contexte historique et redécouverte d’un opéra oublié Composé par Cavalli sur un livret de Giovanni Faustini d’après les Métamorphoses d’Ovide, La Calisto raconte l’histoire de la nymphe Callisto, suivante de la chaste Diane, séduite puis abusée par Jupiter déguisé en déesse de la chasse, avant d’être punie et métamorphosée en ourse par la jalouse Junon. Longtemps éclipsé après une création marquée par des difficultés et même un décès d’interprète au XVIIe siècle, l’ouvrage ne réapparaît véritablement au répertoire qu’à partir des années 1970, porté par le renouveau baroque et des chefs comme Raymond Leppard, puis René Jacobs. L’originalité de cette œuvre réside aussi dans son instrumentation réduite, pensée pour six instrumentistes au Teatro Sant’Apollinare à Venise, qui créait une proximité intime entre musiciens et public. Cette proximité est repensée et étendue pour le Festival d’Aix de 2025, où La Calisto bénéficia d’un nouveau souffle et d’une mise en lumière renouvelée. Une réinvention orchestrale ambitieuse Pour cette production, le Festival d’Aix confie la mise en scène à la Néerlandaise Jetske Mijnssen et la direction musicale à Sébastien Daucé, à la tête de son Ensemble Correspondances. Le chef français, spécialiste du répertoire du XVIIe siècle, choisit de reprendre la partition « de fond en comble », éditant entièrement la partition, recomposant la distribution instrumentale et élargissant l’effectif à trente-cinq musiciens. Ce travail aboutit à un déploiement spectaculaire de couleurs et de textures orchestrales, enrichissant le continuo et intégrant des instruments à vent et cordes, tout en respectant l’esprit et l’écriture de Cavalli. L’acoustique spécifique du Théâtre de l’Archevêché est ainsi mise à profit pour faire vibrer la dynamique dramatique avec une luxuriance inédite. Une mise en scène engagée et une lecture dramaturgique actuelle La captation de cet opéra présentée en juin 2026 restitue l’énergie théâtrale de la production aixoise, où le Festival d’Aix mettait l’œuvre en lumière comme un portrait sans complaisance des désirs et des dérèglements d’une société divine et humaine gouvernée par la jalousie, le mensonge et le pouvoir. Jetske Mijnssen illustre ainsi la « turpitude morale d’une société égoïste et cruelle », offrant une dimension crue aux enjeux de genre, consentement et domination, qui font résonner le livret du XVIIe siècle avec des débats contemporains. Cette approche transforme La Calisto d’un simple divertissement mythologique en une fable critique et poignante. Réception critique et singularité du projet musical La critique professionnelle salue unanimement la cohérence musicale et la qualité d’interprétation. Diapason parle d’une « luxuriance » orchestrale et souligne la densité morale qui habite la mise en scène. Seen and Heard International évoque une « very fine account » qui conjugue narration et sensualité vocale, tandis que WebThéâtre parle d’une « véritable recréation », soulignant l’ajout de sinfonias et enrichissements musicaux issus du même univers baroque. Ce projet, par son élargissement instrumental, souligne une vision nouvelle et ambitieuse du compositeur vénitien souvent réservé au cercle des spécialistes, dans un équilibre subtil entre respect des sources et innovation artistique. Une distribution vocale engagée portée par la relève baroque La distribution rassemble une génération montante de chanteurs baroques, que le label Harmonia Mundi met en avant. La soprano Lauranne Oliva est particulièrement remarquée pour sa prestation intense et nuancée. L’ensemble des interprètes est unanimement salué pour son homogénéité et son engagement dramatique, véritables vecteurs de la puissance de cette nouvelle interprétation. Une œuvre à l’ère contemporaine : enjeux et résonances Sébastien Daucé souligne lui-même que La Calisto parle toujours aujourd’hui, notamment sur les questions du regard masculin sur le corps féminin et de la violence symbolique qu’endure la nymphe, victime d’abus hors de son contrôle. Il apparaît comme un défi artistique de faire entendre cette ambivalence, entre comique et cruauté, grâce à une orchestration riche et des contrastes dynamiques qui traduisent la complexité des caractères et des situations. L’impact et l’héritage d’une parution portée par un grand festival La sortie du coffret chez Harmonia Mundi, annoncée pour le 5 juin 2026, prolonge la vie de cette production et promet d’installer cette lecture nouvelle de La Calisto dans la discographie de référence du compositeur, au côté des versions de Jacobs ou Rousset. Elle alimente ainsi un mouvement de redécouverte plus large de Cavalli sur les grandes scènes et au disque. De La Scala de Milan à Glimmerglass Festival aux États-Unis, La Calisto bénéficie d’une remise en lumière internationale, explorant ses thèmes de fluidité de genre et de tension entre chasteté et désir. Conclusion : Une nouvelle vie pour La Calisto Au-delà de son succès artistique, cette production et sa capture discographique marquent une étape dans le parcours de Cavalli vers une reconnaissance accrue dans le paysage lyrique contemporain. L’ambition de Sébastien Daucé et d’Ensemble Correspondances de combiner le respect du style baroque avec une taille orchestrale nouvelle ouvre des perspectives enthousiasmantes, pour un public élargi. Leur interprétation, née sous le ciel étoilé d’Aix-en-Provence, témoigne de la vitalité de l’opéra baroque et de la pertinence intemporelle des métamorphoses et tourments de Callisto.
- Le Festival de Saint-Denis, un mois de musique classique au cœur de la basilique et de la ville
Le Festival de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique classique et les passionnés de patrimoine. Chaque année, au printemps, ce festival s’installe dans le cadre somptueux de la basilique cathédrale de Saint-Denis et dans plusieurs lieux historiques de la ville, pour un mois entier de concerts qui mêlent tradition et innovation. L’édition 2027 promet de perpétuer cette riche tradition avec une programmation ambitieuse et variée, qui attire près de 15 000 spectateurs, selon les estimations de JDS. Un ancrage historique et patrimonial exceptionnel La basilique cathédrale de Saint-Denis, joyau du gothique français, est le cœur symbolique et architectural du festival. Nécropole des rois de France, elle accueille depuis des siècles des manifestations musicales, allant des chants grégoriens des moines au prestigieux Requiem de Cherubini en 1817, dédié à Louis XVI. Cette histoire musicale intrinsèquement liée au lieu confère une dimension unique aux concerts qui s’y tiennent. Diffuser des œuvres majeures dans une nef gothique aux dimensions impressionnantes crée une acoustique naturelle, chaude et enveloppante, valorisée par un cadre chargée d'histoire et de spiritualité. Mais le festival ne se limite pas à la basilique. Des sites comme la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, l’église Saint-Denys-de-l’Estrée ou l’Académie Fratellini ouvrent également leurs portes à la musique, offrant des espaces plus intimes pour des concerts de chambre, récitals ou créations contemporaines. Cette diversité de lieux permet au festival de proposer une expérience musicale protéiforme, où le dialogue entre patrimoine et modernité enrichit la programmation. Une programmation exigeante et éclectique Depuis sa création en 1969, le Festival de Saint-Denis s’efforce de conjuguer excellence artistique et ouverture à divers horizons musicaux. Le répertoire symphonique et les grandes œuvres chorales restent sa colonne vertébrale, avec des oratorios, requiems ou symphonies interprétés par des orchestres et chœurs de renommée internationale. En parallèle, le festival confie régulièrement à des compositeurs contemporains des commandes qui enrichissent le répertoire, témoignant d’une volonté d’évolution et de renouvellement. Cette politique de création s’accompagne d’une programmation qui intègre également le jazz, les musiques du monde et des formes hybrides, permettant d’élargir le public et de proposer des expériences artistiques inédites. Les éditions récentes ont ainsi accueilli des artistes confirmés et des jeunes musiciens prometteurs en résidence, favorisant un dialogue entre générations. Des concerts spécialement conçus pour le jeune public jalonnent aussi la saison, afin de transmettre la passion de la musique classique dès le plus jeune âge. Accessibilité et engagement social Un des grands engagements du Festival de Saint-Denis est son accessibilité. La politique tarifaire est pensée pour favoriser la venue de tous les publics : réductions pour les moins de 28 ans, étudiants, demandeurs d’emploi, mais aussi pour les habitants du département et du territoire de Plaine Commune. Le partenariat avec Pass’ POP Découverte permet un accès à prix réduit à certains concerts, renforçant la dimension sociale du festival. La situation géographique du site, facilement accessible depuis Paris grâce au métro ligne 13 et au RER D, facilite la fréquentation. Les organisateurs encouragent d’ailleurs l’utilisation des transports en commun pour limiter l’impact environnemental et les difficultés de stationnement lors des soirées de concert. Transmission et éducation musicale Au-delà des concerts, le Festival de Saint-Denis est un acteur actif de la transmission musicale. Tout au long de l’année, des actions de sensibilisation sont menées auprès des scolaires et des publics peu familiers avec la musique classique. Cette dynamique éducative s’inscrit dans une volonté forte de démocratisation culturelle. Des ateliers, rencontres avec des artistes et manifestations adaptées au jeune public complètent l’offre, permettant de stimuler la curiosité et l’intérêt des nouveaux publics. Le festival s’appuie notamment sur la collaboration avec les conservatoires locaux, pour offrir à de jeunes musiciens l’opportunité de se produire en concert et de bénéficier d’un accompagnement professionnel. Un acteur incontournable de la scène musicale francilienne Au fil des décennies, le Festival de Saint-Denis s’est imposé comme un rendez-vous majeur dans le paysage musical d’Île-de-France. Souvent qualifié comme l’un des plus anciens festivals de musique classique de la région, il est régulièrement salué par les médias spécialisés et les guides culturels pour son mélange réussi entre excellence artistique et valorisation du territoire. Cette reconnaissance participe également à redéfinir l’image d’une périphérie souvent stigmatisée, en mettant en lumière la richesse culturelle et patrimoniale de Saint-Denis. Le festival contribue ainsi à développer une identité positive et à renforcer le rayonnement culturel du département. Perspectives pour l’édition 2027 Alors que l’édition 2027 se profile, les organisateurs maintiennent le cap d’une programmation équilibrée entre respect des traditions et innovation. Les mélomanes attendent avec impatience les annonces concernant les artistes invités, les œuvres choisies et les éventuelles créations inédites. La dynamique « dialogue entre patrimoine et musique » restera au centre des préoccupations, associée à une volonté constante de diversifier les publics et de renforcer l’accessibilité. Dans un contexte social et urbain en pleine mutation, le Festival de Saint-Denis joue un rôle de trait d’union essentiel entre l’histoire, la culture et la population locale, offrant un espace où la grande musique se partage au-delà des frontières habituelles de la capitale.
- Les BaroQuiales 2026 : la musique baroque sur la route royale, sous le signe d’Alexandre le Grand
Du 5 au 12 juillet 2026, la musique baroque retrouve un cadre historique d'exception le long de l’ancienne route royale reliant Turin à Nice, à travers une nouvelle édition du festival Les BaroQuiales. Cette année, cinq communes majeures de l’Est des Alpes-Maritimes – Saorge, Sospel, Menton, Nice et La Trinité – s’animent au rythme de concerts, créations originales et rencontres culturelles. Le fil rouge choisi, loin d’être anodin, est incarné par la figure d’Alexandre le Grand et l’oratorio Alexander’s Feast de Georg Friedrich Haendel, donnant corps à un dialogue vertigineux entre histoire, patrimoine et enjeux contemporains. Un festival enraciné dans l’histoire et le patrimoine régional Créé en 1998 dans l’objectif de faire vivre la musique ancienne le long de cet axe historique entre Piémont et Côte d’Azur, Les BaroQuiales ont progressivement imposé leur singularité dans le paysage culturel regional. Le festival marie habilement des lieux patrimoniaux remarquables avec une programmation à la fois exigeante et accessible, séduisant amateurs et spécialistes. Après s’être tourné vers des thématiques anglo-américaines ou latino-américaines lors d’éditions précédentes, la direction artistique place en 2026 le cap sur la Méditerranée et l’héritage hellénistique, invitant à porter un regard neuf sur les résonances culturelles de cette région. Alexandre le Grand, un prisme pour penser la culture et les empires Le choix d’Alexandre le Grand comme figure emblématique ne relève pas du simple hommage historique. Dans un entretien avec Nice-Matin, Pierre Colliot, directeur général du festival, rappelle que cette thématique « est d’une actualité brûlante alors que nous revenons à la confrontation entre des empires après l’échec de la mondialisation heureuse ». Alexandre est ainsi envisagé comme un symbole complexe : conquérant militaire certes, mais surtout vecteur de circulation des arts, des idées et des cultures dans un espace géopolitique vaste, qui préfigure certains défis actuels d’échanges et d’influences culturelles. L’oratorio « Alexander’s Feast » de Haendel : au cœur du festival Au centre de cette édition figure l’oratorio Alexander’s Feast de Georg Friedrich Haendel, composé en 1736 sur un poème de John Dryden. Cette œuvre met en scène un banquet donné par le conquérant à Babylone, au cours duquel la musique interprétée par le poète Timothée suscite en Alexandre des émotions intenses : exaltation guerrière, compassion, ivresse, jusqu’à la destruction symbolique de la cité de Persepolis. Ce chef-d’œuvre à la croisée du théâtre et du concert, qui alterne pages chorales grandioses et airs solistes d’une expressivité poignante, interroge la puissance émotionnelle de la musique et son rôle dans l’orientation des passions collectives. Reconnu par les spécialistes comme un jalon majeur dans la carrière de Haendel, Alexander’s Feast affirme le modèle du grand oratorio anglais à caractère profane. Le festival le met en lumière à travers un concert en clôture, le 12 juillet à la cathédrale Saint-Michel de Sospel, dans une mise en espace signée par l’ensemble La Chambre dirigé par Jean-Sébastien Beauvais. Un concert fédérateur et une expérience immersive La soirée finale promet une fusion unique entre solistes professionnels, orchestre baroque et un chœur mixte, incluant des chanteurs amateurs. Cette formule participative renforce l’esprit d’ouverture du festival, qui vise à démocratiser l’accès à la musique baroque et à créer des passerelles entre pratique amateur et scène professionnelle. Dans l’intimité chaleureuse de la cathédrale, la performance promet une lecture fidèle à l’esprit baroque tout en exploitant pleinement le cadre architectural, pour une expérience musicale et sensorielle complète. Les tarifs, fixés à 20 euros pour le plein tarif et 10 euros en tarif réduit, témoignent de la vocation inclusive des BaroQuiales, favorisant la découverte du répertoire baroque auprès d’un large public, y compris les jeunes et les publics précaires. Transmission et pédagogie : le cœur du projet Les BaroQuiales ne se limitent pas aux concerts. Moteur de transmission, le festival organise masterclasses, stages et actions éducatives. En 2026, un stage vocal de six jours rassemble des choristes de toute la France pour travailler en profondeur sur Alexander’s Feast, sous la direction de l’ensemble La Chambre. Hébergés notamment au sanctuaire de Notre-Dame de Laghet, les participants bénéficient d’un encadrement professionnel rigoureux avant de rejoindre les musiciens professionnels pour le concert final, incarnant ainsi une rare synergie entre apprentissage et scène. Une programmation riche et éclectique La semaine musicale débute sur un spectacle inédit, Au Cœur de la nuit, mêlant œuvres Renaissance de Roland de Lassus à une berceuse séfarade et une création contemporaine autour du thème du rêve, jouée dans l’obscurité totale pour une immersion sensorielle. Le 8 juillet, le Concert de l’Hostel Dieu propose Dolce Follia, un programme fusionnant danses baroques, musiques populaires et rythmes liés à la transe soufie, illustrant la vocation transculturelle du festival. Les ensembles Aïgal, vocal féminin, et un duo clavecin/comédienne rendent hommage aux trobairitz et à Madame de Sévigné, évoquant la richesse féminine dans la musique ancienne, tout en soulignant les racines helléniques du théâtre et du chant profane. Innovation et structuration : une table ronde pour les professionnels Une initiative inédite est programmée le 9 juillet : une table ronde réservée aux acteurs du secteur (ensembles, jeunes instrumentistes, structures) organisée en partenariat avec la Spedidam, portant sur les droits d’auteur, modèles économiques et coopérations culturelles. Ce rendez-vous positionne le festival comme lieu de réflexion et de structuration de la filière musique ancienne, répondant aux besoins actuels de mutualisation et d’adaptation. Un avenir ambitieux pour Les BaroQuiales Au fil de ses éditions, le festival élargit peu à peu son territoire, espérant retrouver à terme la boucle historique complète entre Nice et le Piémont. L’édition 2026 affirme une direction claire : défendre un baroque vivant, ancré dans les cultures méditerranéennes, tourné vers des échanges interculturels, et profondément attaché aux sites patrimoniaux qui l’accueillent. En mettant en scène Alexandre le Grand et Haendel, Les BaroQuiales invitent à réfléchir sur la circulation artistique, la mémoire collective, et la responsabilité des créateurs face aux passions humaines, dans une interaction stimulante entre passé et présent. Cette édition s’annonce donc comme un rendez-vous majeur pour les amateurs de musique ancienne, les curieux de patrimoine et tous ceux qui souhaitent vivre un festival où résonnent les échos marquants de l’histoire à travers la magie intemporelle du baroque.
- Imaginer l’opéra de demain : un livre pour raconter et prolonger l’ère Aviel Cahn à Genève
Publié en juin 2026, l’ouvrage collectif Un Opéra pour le XXIe siècle paru aux éditions Noir sur Blanc, offre un regard approfondi sur les sept années significatives de la direction d’Aviel Cahn au Grand Théâtre de Genève. Plus qu’un simple album souvenir, ce livre agit comme une plateforme de réflexion et d’anticipation, prolongeant l’aventure artistique qui a marqué l’institution genevoise et questionnant l’avenir de l’opéra dans un monde en évolution. Un projet de transformation ambitieux à Genève Depuis 2019, sous la direction d’Aviel Cahn, le Grand Théâtre de Genève a engagé une transformation profonde, saluée comme l’une des plus ambitieuses d’Europe. Avec une volonté affirmée d’ouvrir l’opéra à de nouveaux publics, la programmation s’est articulée autour de saisons-mondes thématiques, abordant des enjeux sociétaux contemporains. Cette démarche a été nourrie par des collaborations interartistiques, associant la danse, le théâtre parlé et les arts visuels, transformant ainsi la maison en un véritable « hub culturel » au cœur de la Suisse. Parallèlement, la fermeture temporaire du bâtiment historique pour rénovation (jusqu’à l’été 2027) a contraint l’institution à investir des lieux alternatifs comme la Maison communale de Plainpalais ou la Comédie de Genève. Cette situation, loin d’être un frein, est devenue une opportunité pour renouveler les formats et toucher des publics jusque-là peu familiers avec l’opéra. Un témoignage collectif pour comprendre une époque L’ouvrage dirigé par Jean-Jacques Roth rassemble un ensemble de textes et d’images qui plongent le lecteur dans les coulisses de cette période. Il rappelle notamment les saisons thématiques emblématiques telles que « Les Indésirables » ou « Monstres, chimères et figures du chaos », qui ont suscité débats et réflexions. Le livre met en lumière la diversité des répertoires explorés, mêlant œuvres classiques et créations contemporaines, parfois confiées à des metteurs en scène venus d’horizons inattendus, accentuant l’ouverture et la modernité de la maison. Au-delà de la programmation, le livre recueille les témoignages d’artistes, techniciens et partenaires, esquissant le portrait d’une institution en perpétuel mouvement, soucieuse de dialoguer avec la cité et d’intégrer les mutations sociales et culturelles actuelles. Genève au cœur du réseau européen de l’opéra Selon le critique renommé Christian Merlin, ce cycle dirigé par Aviel Cahn a replacé le Grand Théâtre de Genève sur la carte des grandes scènes européennes. Cette reconnaissance s’inscrit dans une dynamique où l’opéra devient un espace d’expérimentation et de débats sur son rôle dans la société. La presse spécialisée souligne également que cette période a constitué un véritable laboratoire de réflexion sur les tensions entre exigence artistique, attentes du public et controverses, notamment face à des mises en scène audacieuses parfois perçues comme radicales. Le ténor suisse Bernard Richter illustre bien cette dualité, acceptant de défendre des productions clivantes mais essentielles. L’opéra connecté aux enjeux contemporains Plusieurs médias, dont la RTS en 2023 et Classica, ont rappelé l’importance accordée par Aviel Cahn aux thématiques actuelles telles que les migrations, le changement climatique ou les relations de pouvoir. Son approche défend un opéra qui questionne la société, s’éloignant d’une simple quête de complaisance pour engager un dialogue intense avec le public. Ce positionnement est au cœur du livre qui met en perspective ces choix artistiques et leurs réceptions souvent contrastées par le public genevois, oscillant entre enthousiasme et déstabilisation, mais rarement indifférence. Actions publiques et médiation culturelle L’ouvrage revient aussi sur les initiatives hors scène qui ont marqué l’ère Cahn, notamment les actions de médiation auprès des écoles, les projets participatifs et les formats hors les murs. Ces efforts visent à casser l’image élitiste souvent associée à l’opéra, pour en faire un lieu accessible, vivant et en prise avec les préoccupations contemporaines. Les reportages diffusés sur la chaîne locale Léman Bleu témoignent d’une institution ayant su tirer parti des contraintes imposées par la fermeture du théâtre principal, en s’installant dans des espaces inattendus, ce qui a permis d’attirer de nouveaux publics et de renforcer le lien avec la communauté locale. Un passage de relais et des perspectives pour l’avenir Alors que la fin de mandat d’Aviel Cahn à Genève ouvre la voie à une direction intérimaire et à une réflexion sur la prochaine étape pour le Grand Théâtre, Un Opéra pour le XXIe siècle sert d’outil de mémoire et de transmission. Il reflète ce qui a été tenté, réussi, et les défis rencontrés, offrant une base solide à l’équipe future. Par ailleurs, les perspectives liées au nouveau poste d’Aviel Cahn à la Deutsche Oper de Berlin illustrent les enjeux actuels pour les grandes maisons d’opéra européennes, en pleine réorganisation et adaptation aux évolutions culturelles et économiques. Réflexions sur le futur de l’opéra L’ouvrage aborde aussi la grande question du maintien de l’opéra dans le XXIe siècle : comment concilier son coût élevé, la nécessité de réactualiser un répertoire historique et le besoin de séduire une nouvelle génération de spectateurs sans céder à une simple mode passagère ? Ces interrogations, examinées à partir du cas genevois, trouvent une résonance plus large et symbolisent les débats présents dans tout le milieu lyrique international. Conclusion : un appel à croire en l’opéra En choisissant la forme d’un beau livre abondamment illustré, les auteurs livrent un témoignage vivant et un hommage vibrant à une période d’effervescence artistique. Cette publication invite aussi à une réflexion collective sur l’opéra comme art en mouvement, capable d’interroger et de refléter le monde contemporain avec ses propres moyens. C’est un véritable appel à croire en la vitalité et en la pertinence durables du genre, non seulement à Genève mais dans tout l’espace culturel européen.
- « Juste après Dieu, il y a papa » : Éric-Emmanuel Schmitt explore la relation entre Mozart et son père
Publié au printemps 2026, le roman d'Éric-Emmanuel Schmitt « Juste après Dieu, il y a papa » offre une plongée poignante dans la relation complexe entre Wolfgang Amadeus Mozart et son père, Léopold Mozart. Cet ouvrage s'attache à dévoiler les nuances d'une filiation à la fois profondément humaine et artistique, mêlant admiration, dévouement, tension et émancipation. Un regard intimiste sur la relation père-fils Plutôt que de présenter Mozart uniquement comme une icône musicale du XVIIIe siècle, Schmitt choisit de le voir d'abord comme un fils sous l'ombre tutélaire de son père. Léopold Mozart, lui-même violoniste et pédagogue renommé, est dépeint comme la figure centrale et quasi divine dans le jeune Wolfgang. Le père, convaincu du caractère sacré du talent de son enfant, s'investit entièrement dans sa formation, voyant en lui un don divin qu'il doit révéler au monde. Le récit, nourri de lettres, témoignages et études musicologiques, dévoile les tournées incessantes à travers l'Europe que le père organise, à la fois pour exposer le génie de son fils et asseoir leur réputation familiale. Ce duopole intense, fusionnel mais aussi parfois tyrannique, installe un rapport ambivalent entre adoration et domination. De la vénération à la rupture : une tragédie intime Au fil du temps, l'adoration initiale de Wolfgang se mue en une tension palpable. La volonté de Léopold que son fils soit toujours le meilleur, accompagné d'une pression constante, trouve son paroxysme dans une relation où les frontières entre ambition et contrôle deviennent indistinctes. Éric-Emmanuel Schmitt dépeint cette tragédie intime avec une sensibilité particulière, soulignant les douleurs silencieuses, les reproches implicites, et le risque de voir l'amour parental prendre la forme d'une entrave. Le tournant intervient lorsque Mozart cherche à s'affranchir : installé à Vienne, il aspire à une carrière indépendante, choisissant ses œuvres, ses relations, ses amours, malgré l'opposition paternelle. Ce passage d'enfant prodige à compositeur adulte est marqué par un éloignement progressif, où la révérence cède la place à la distance et quelquefois à la rancune. Contexte historique et culturel : le XVIIIe siècle musical À travers le roman, Schmitt situe habilement cette relation dans le contexte social et artistique du XVIIIe siècle. Cette époque est celle des grandes cours européennes, où la musique classique joue un rôle essentiel dans la diplomatie et l'affirmation du pouvoir. La figure du compositeur est encore largement dépendante des commandes aristocratiques, et l'ambition de Léopold s'inscrit dans ce cadre, cherchant pour Wolfgang une reconnaissance qui dépasse la simple célébrité. Cette période, riche en bouleversements culturels, voit également émerger la notion de génie artistique autonome, un concept auquel Mozart, à travers sa quête de liberté, participe pleinement. La musique comme transcendance et guérison Une dimension clé du livre est l'idée que la musique joue un rôle presque salvateur face aux tensions familiales. Schmitt souligne, notamment dans ses interviews, que l'œuvre de Mozart est inscrite dans une transfiguration de la souffrance. Les épreuves que l'artiste traverse avec son père nourrissent la profondeur émotionnelle de ses compositions, conférant à son génie une mélancolie et une intensité qui continuent d'émouvoir les auditeurs contemporains. Cette réflexion ouvre une question universelle sur la capacité de l'art à exprimer, digérer et sublimer les douleurs intimes – un thème qui irrigue l'œuvre de Schmitt et résonne avec toute sa production littéraire. Accueil critique et portée universelle Le roman a été accueilli favorablement par les critiques et les lecteurs, apprécié pour sa double approche : accessible tant aux passionnés de musique classique qu'aux novices, il allie rigueur historique et narration romanesque. Les avis présents sur Babelio, SensCritique ou Les Libraires soulignent la force du récit : replacer le génie Mozart dans la relation filiale d'amour et de conflit avec son père offre une lecture plus humaine et plausible. Au-delà de la figure emblématique du compositeur, le livre invite à réfléchir sur les dynamiques familiales, le poids des attentes parentales, et la difficulté de se libérer tout en restant fidèle à son héritage. Conclusion : une œuvre qui résonne aujourd’hui « Juste après Dieu, il y a papa » d’Éric-Emmanuel Schmitt élève un pan méconnu du mythe Mozart, celui d’une relation familiale source d’inspiration et de conflit. Par son écriture sensible et documentée, l’auteur apporte une nouvelle lumière sur cette histoire d’amour filial douloureux, incitant le lecteur à interroger ses propres liens familiaux et la quête d’émancipation. Dans un monde où la transmission reste un enjeu fondamental, ce livre trouve un écho tout particulier. L’œuvre promet de nourrir discussions, rencontres et réflexions sur le rôle des parents dans l’émergence du génie et la construction identitaire, faisant la preuve que derrière toute grande figure se dissimule une histoire intime tout aussi captivante.
- Bordeaux : Anne Fahmy nommée présidente de l’Opéra National, nouvelle ère culturelle engageante
À Bordeaux, l'Opéra National semble ouvrir un chapitre inédit de son histoire avec l'élection d'Anne Fahmy à la présidence de son conseil d'administration, officialisée le 7 mai 2026. Ce changement de gouvernance ne se limite pas à une simple transition administrative : il incarne une volonté manifeste de conjuguer excellence artistique, ouverture démocratique et enracinement territorial au cœur de la métropole bordelaise. Une gouvernance renouvelée au service de la culture locale Anne Fahmy, élue bordelaise polyvalente, termine son parcours de juriste spécialisée en droit européen de la concurrence pour embrasser un engagement passionné dans la vie locale et culinaire. Maire adjointe en charge de l'éducation, de l'enfance, des politiques alimentaires et du quartier Bordeaux Centre, elle se distingue par une expertise singulière, mêlant rigueur institutionnelle et sens aigu de la transmission par ses activités de cheffe indépendante. À ses côtés, Nathalie Bois Huyghe, adjointe au maire chargée de la culture et des mémoires, occupe le poste stratégique de vice-présidente, rappelant la forte implication municipale dans la gouvernance culturelle de la ville. L'Opéra National de Bordeaux : un joyau culturel et son rôle dans la métropole Installé au cœur du Grand Théâtre, place de la Comédie, l'Opéra National de Bordeaux est une institution phare mêlant opéra, ballet et orchestre symphonique. Sa programmation marie œuvres classiques et créations contemporaines, proposant une diversité artistique riche et accessible. Outre les représentations, l'établissement développe des projets éducatifs ambitieux, visant à rapprocher les habitants de tous horizons des arts lyriques et chorégraphiques. Une mission d’ancrage territorial et d’ouverture sociale Le renouvellement à sa présidence traduit aussi une stratégie de gouvernance partagée entre la Ville de Bordeaux et l'institution, épousant pleinement les priorités municipales qui valorisent l'accès à la culture pour tous, la transition écologique des équipements, ainsi que l'investissement dans les quartiers par des actions hors les murs. Ce lien direct avec le tissu social local stimule l'expansion de l'Opéra au-delà de son écrin historique. Un profil atypique, un engagement fort pour la pédagogie et la durabilité Le parcours d’Anne Fahmy est à la croisée d’expériences multiples, ce qui nourrit une vision holistique pour la présidence de l'Opéra. Ancienne juriste ardue, elle a su concilier l’exigence technique avec la créativité, notamment à travers sa reconversion dans la cuisine et la pâtisserie. Cette double expertise inspire une gouvernance pragmatique et innovante, attentive aux circuits courts et à la pédagogie participative. Une nouvelle dynamique pour l’Opéra Lors de son élection, la présidente a exprimé « l’immense honneur et la très grande responsabilité » que représente sa fonction, tout en rappelant son ambition d’œuvrer en étroite collaboration avec les équipes afin d'assurer une saison artistique à la fois exigeante et inclusive. Nathalie Bois Huyghe renforce cette dynamique en plaidant pour une culture « à la fois exigeante et accessible », avec une prise en compte accrue des mémoires et diversités urbaines dans les programmations et actions. Les défis et perspectives à venir pour l’Opéra National de Bordeaux Le contexte actuel appelle l’Opéra à relever plusieurs enjeux majeurs : maintenir la qualité artistique reconnue internationalement, démocratiser l’accès aux spectacles pour des publics variés, assurer une gestion budgétaire rigoureuse face à la hausse des coûts, et renforcer la place du théâtre dans l'écosystème culturel bordelais et régional. La conjugaison des savoir-faire d’Anne Fahmy et de Nathalie Bois Huyghe offre un cadre propice aux innovations audacieuses et à la consolidation des partenariats, notamment avec d'autres institutions comme les musées ou les festivals locaux. Un rayonnement accru au service du territoire et de l’Europe La maison d’opéra, accueillant l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, le Ballet et le Chœur, ambitionne aussi d’accroître sa visibilité à l’échelle nationale et européenne, tout en poursuivant son engagement écologique et sa politique d’inclusion sociale. Les nouvelles actions pédagogiques et de médiation envisagées permettront de renforcer les liens avec les scolaires, les associations et les quartiers populaires, prolongement naturel de la vocation éducative déjà fortement investie par la municipalité. Réception médiatique et attentes du public Les médias régionaux et spécialisés ont salué la nomination d’Anne Fahmy comme une prise de fonction porteuse d’innovations culturelles et sociales. Son profil atypique attire l’attention, et son engagement municipal inspire confiance quant à la continuité d’un projet culturel intégrant le public et les acteurs locaux. La collaboration étroite entre la Ville et l’Opéra sera considérée comme un levier clé pour renforcer le financement public, développer le mécénat privé et proposer une offre artistique en phase avec les attentes contemporaines. Conclusion : une présidence promise à écrire une nouvelle page du rayonnement bordelais Ainsi, l’Opéra National de Bordeaux, sous la houlette d’Anne Fahmy, s’apprête à conjuguer tradition et modernité, excellence artistique et politique culturelle innovante. Cette nouvelle ère ambitionne d’écrire avec les Bordelais un récit culturel riche, dynamique et inclusif, à la fois reflet de l’histoire locale et expression de la vitalité contemporaine. Sources : Bouger à Bordeaux, Opéra National de Bordeaux, Le Journal des Entreprises, Les Échos Judiciaires Girondins, Ville de Bordeaux, LinkedIn Anne Fahmy, Info Bordeaux.
- La saison 2026-2027 de l’Opéra de Nice : franchir les frontières du réel avec Orlando, Tristan, Manon et Pagliacci
À Nice, l’Opéra Nice Côte d’Azur vient de révéler une programmation d’exception pour sa saison 2026-2027, s'étalant de l’automne 2026 au printemps 2027. Lors d’une conférence de presse au grand foyer du théâtre, suivie en direct sur les réseaux sociaux, cinq œuvres emblématiques du répertoire lyrique ont été présentées : Orlando de Haendel, La Veuve joyeuse de Lehár, Tristan et Isolde de Wagner, Manon Lescaut de Puccini et Pagliacci de Leoncavallo. Ces productions, portées par des équipes artistiques reconnues sur la scène européenne, s'inscrivent dans une volonté affirmée de proposer une saison ambitieuse et accessible. Un positionnement stratégique dans un paysage opératique en transformation Dans un contexte où les maisons d’opéra françaises et européennes cherchent à se renouveler, l’Opéra de Nice a amorcé depuis plusieurs saisons une politique audacieuse mêlant abonnement repensé, modernisation de son image via les réseaux sociaux, et programmation ouverte aussi bien aux amateurs chevronnés qu’aux spectateurs occasionnels. Cette saison 26/27 est également riche en événements participatifs, avec notamment un festival cosplay en ouverture qui invite à une approche ludique et immersive de l’opéra. Cette stratégie témoigne de l'ambition de l'institution de dépasser les frontières traditionnelles du genre et de toucher un public élargi sur la Côte d’Azur, région où la concurrence culturelle et touristique est intense. Orlando de Haendel : un voyage baroque entre raison et folie Le coup d’envoi de la saison lyrique sera donné par Orlando, un chef-d’œuvre de Georg Friedrich Haendel inspiré du Roland furieux de l’Arioste. Programmée du 30 septembre au 6 octobre 2026, cette production, mise en scène par Mariame Clément et dirigée musicalement par Jean-Christophe Spinosi, est une coproduction avec l'Opéra de Lausanne et le Teatro de la Maestranza de Séville. La mise en scène, déjà saluée lors de sa création à Lausanne, exploite pleinement l’univers baroque pour explorer un récit mêlant amour, jalousie et folie dans une tonalité à la fois dramatique et visuelle. La distribution réunit des artistes spécialistes du répertoire baroque, garantissant une interprétation authentique et vibrante. Contexte historique et richesse musicale Composé au début du XVIIIe siècle, Orlando est représentatif de l’opéra baroque italien, mêlant récitatifs et airs virtuoses. La partition offre une palette émotionnelle intense, soulignant les travers du héros à travers la musique. La production niçoise promet d’en restituer la complexité, naviguant entre sobriété et démesure, faisant ainsi écho au caractère dérangé du personnage principal. La Veuve joyeuse : une immersion festive dans la Belle Époque Quelques semaines plus tard, du 11 au 13 novembre 2026, l’Opéra accueillera La Veuve joyeuse de Franz Lehár, dirigée par Nicolas André et mise en scène par Benoît Benichou. Ce classique de l’opérette viennoise sera proposé dans une ambiance immersive, où le théâtre se transforme en un élégant bal mondain rappelant la fête fastueuse de la Belle Époque. Cet opus, très apprécié du public, apporte une tonalité légère et festive à la saison et illustre parfaitement le goût de Nice pour un équilibre entre répertoire majeur et succès populaires. Tristan et Isolde : une immersion dans le drame wagnérien L’un des événements majeurs de la saison sera la production de Tristan et Isolde de Richard Wagner. Confiée au chef Marko Letonja et mise en scène par le réalisateur et cinéaste Bertrand Bonello, cette œuvre monumentale sera présentée dans une nouvelle vision scénique, reflet de la profonde exploration dramatique du couple tragique. Cette programmation rare pour une maison de taille moyenne s'inscrit dans un mouvement européen de redéploiement du répertoire wagnérien hors des très grandes maisons, offrant au public niçois une expérience dramatique et sonore d’une grande intensité. Manon Lescaut : portrait italien d’une femme déchirée Le printemps 2027 mettra en avant Manon Lescaut de Giacomo Puccini, un passage obligé du répertoire italien, programmé du 30 avril au 6 mai 2027. Placée sous la direction musicale d’Ariane Matiakh et la mise en scène d’Oliver Mears, cette production, résultat d’une collaboration internationale, prolongera l’écho des passions déchirantes avec une distribution et un travail scénique de premier plan. L’œuvre, qui dépeint la montée et la chute tragique d’une femme en quête d’amour et de fortune, fera vibrer le public par son intensité émotionnelle et sa richesse musicale. Pagliacci : clôture spectaculaire dans le vérisme Enfin, la saison se clôturera du 25 au 30 mai 2027 avec Pagliacci de Ruggero Leoncavallo, une œuvre phare du vérisme italien. Proposée seule pour pleinement développer son intrigue de jalousie meurtrière au sein d’une troupe de théâtre ambulant, cette production promet une conclusion vibrante, mêlant intensité dramatique et musicalité populaire, chère au cœur des amateurs d’opéra. Vers une saison d’équilibre entre ambition artistique et ancrage local L’analyse de cette saison révèle un équilibre réfléchi entre grands classiques européens, ambition artistique, coproduction internationale et une volonté claire de fidéliser un public varié. Elle mise sur l’attractivité d’œuvres connues et sur la mise en avant d’équipes artistiques reconnues, tout en proposant des approches innovantes de mise en scène pour renouer avec l’imaginaire et le récit. La communication digitale, via Facebook, Instagram ou YouTube, illustre cette volonté de faire vivre une expérience immersive et émotive, invitant le public à « dépasser le réel » avec des histoires d’amour, de tragédie et de fête. Les réactions initiales témoignent d’un accueil enthousiaste, soulignant le succès de la nouvelle ligne éditoriale de l’Opéra Nice Côte d’Azur. Reste à confirmer l'impact sur la fréquentation et l’engagement des publics dans le temps, mais les perspectives s'annoncent prometteuses pour cette maison d’opéra qui se positionne comme un acteur incontournable de la scène lyrique méditerranéenne et européenne.
- À l’Opéra Bastille, « Ercole amante » remet en lumière la compositrice baroque Antonia Bembo
À Paris, l’Opéra Bastille présente du 28 mai au 14 juin 2026 une création aussi attendue qu’inattendue : la première mise en scène moderne d’Ercole amante, unique opéra connu de la compositrice vénitienne Antonia Padoani Bembo, écrit en France en 1707. Porté par le chef Leonardo García Alarcón et la metteuse en scène Netia Jones, ce spectacle installe, pour quelques semaines, le nom encore méconnu d’Antonia Bembo sur l’une des plus grandes scènes lyriques du monde, bouclant ainsi un long voyage de plus de trois siècles entre l’oubli et la pleine lumière. Un chef-d'œuvre baroque au cœur de la cour de Louis XIV Pour saisir la portée de cette entrée au répertoire, il faut revenir au contexte d’Ercole amante. Le livret, signé du poète Francesco Buti, a d’abord été mis en musique par Francesco Cavalli pour célébrer le mariage de Louis XIV et de Marie‑Thérèse d’Autriche. L’œuvre est créée à Paris en 1662, dans la monumentale Salle des Machines des Tuileries, après plusieurs reports liés aux difficultés techniques et politiques du moment. À l’époque, le pouvoir royal mise sur un opéra italien spectaculaire pour exalter la figure d’Hercule, assimilée à celle du jeune souverain. Quelques décennies plus tard, c’est ce même livret que reprend Antonia Bembo, formée auprès de Cavalli, pour composer à son tour un Ercole amante, en 1707, cette fois au cœur de la cour de France où elle vit en exil et sous la protection du Roi‑Soleil. Entre la version de Cavalli et celle de Bembo, se lit en creux l’évolution des goûts musicaux et des équilibres culturels entre l’Italie et la France. Antonia Bembo : une compositrice en exil et pionnière du baroque Antonia Padoani Bembo naît à Venise vers 1640 dans une famille aisée, son père étant médecin. Très tôt, elle se forme au chant et à la composition, au point d’intégrer le cercle de Francesco Cavalli, figure majeure de l’opéra vénitien du XVIIe siècle. Mariée à un homme dont les archives laissent entrevoir la brutalité, la musicienne finit par quitter la Sérénissime, vraisemblablement dans les années 1670, pour gagner Paris. Plusieurs travaux biographiques, dont ceux synthétisés par la musicologue Claire Fontijn, convergent : c’est à la fois pour échapper à un mari violent et pour trouver un espace de création qu’Antonia Bembo sollicite la protection de Louis XIV. Arrivée à la cour, elle auditionne devant le roi comme chanteuse, obtient une pension et se voit logée probablement au sein de la communauté des Dames de la Madeleine de Traisnel. Ses partitions, conservées aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, témoignent d’une activité soutenue : motets, cantates, pièces instrumentales et cet opéra, Ercole amante, où se cristallise son langage le plus ambitieux. Une redécouverte moderne de l’œuvre La redécouverte de cette musique est récente. Longtemps, le nom d’Antonia Bembo ne circulait que dans quelques travaux universitaires ou catalogues spécialisés. Il a fallu attendre le début du XXIe siècle pour que ses œuvres soient éditées et enregistrées, puis 2023 pour qu’Ercole amante soit donné en concert pour la première fois en Allemagne, à Stuttgart, puis à San Francisco, sous l’impulsion d’ensembles baroques comme Il Gusto Barocco ou Ars Minerva. « Avec L’Ercole amante, Antonia Bembo met en lumière un joyau oublié de l’opéra baroque, une musique d’une beauté fascinante et d’une modernité surprenante », souligne ainsi un texte de présentation de l’ensemble Il Gusto Barocco, qui a défendu la partition au disque. C’est dans ce mouvement international de redécouverte des compositrices baroques, de Barbara Strozzi à Élisabeth Jacquet de La Guerre, que s’inscrit aujourd’hui la production de l’Opéra national de Paris. Une production scénique ambitieuse à Bastille Sur le plateau de Bastille, Leonardo García Alarcón retrouve un univers qu’il connaît bien. Huit ans après le succès de sa version des Indes galantes de Rameau, le chef argentin dirige pour la maison parisienne cette création scénique d’Ercole amante, à la tête de son ensemble Cappella Mediterranea et des Chœurs de l’Opéra de Paris. Dans la note de programme publiée par l’institution, il décrit une musique « à la croisée des mondes », où se mêlent le théâtre chanté italien, avec ses récitatifs expressifs et ses airs virtuoses, et les couleurs de la tragédie lyrique française, héritées de Lully. La distribution vocale réunit de jeunes chanteurs et des habitués du répertoire baroque, pour incarner la figure d’Hercule, sa femme Déjanire, son fils Hyllus et la princesse Iole, objet de tous les désirs. Un livret à la tension psychologique et à la dimension féminine Le livret met en scène un Hercule tout sauf triomphant. Vainqueur de monstres et de guerres, le héros légendaire se révèle impuissant face à un amour contrarié. Tombé éperdument amoureux d’Iole, fille du roi d’Echalie qu’il a lui‑même tué, Hercule souhaite l’épouser. Mais la jeune femme aime Hyllus, le fils du demi‑dieu, et entend rester fidèle à cette promesse. Dans ce palais isolé où se croisent humains et divinités, les intrigues amoureuses se nouent et se défont, tandis que Vénus et les dieux s’ingèrent dans les affaires des mortels. La version d’Antonia Bembo accentue, selon les spécialistes, la dimension psychologique de ces conflits et donne une place importante aux personnages féminins, dont les airs laissent affleurer la douleur, la colère ou la détermination. « Sa musique reflète la confrontation de son esprit vénitien avec le paysage sonore français du règne de Louis XIV », résume le New Muses Project, qui s’est penché sur l’esthétique de la compositrice. Une mise en scène contemporaine et engagée Pour la mise en scène, Netia Jones, artiste britannique habituée aux dispositifs mêlant vidéo, lumière et scénographie épurée, a choisi de jouer précisément sur cette tension entre mythe et modernité. Dans ses prises de parole en amont de la première, elle évoque un « opéra du pouvoir vieillissant », où un homme encore tout‑puissant ne parvient plus à contenir ses désirs ni à entendre le refus. Elle transpose cette fable baroque dans un univers visuel où les dieux ne sont plus seulement des figures allégoriques, mais des forces qui observent et commentent les dérives d’un chef accoutumé à ce qu’on lui cède. La chorégraphe Maud Le Pladec, également associée au projet, fait quant à elle dialoguer le mouvement des corps avec la polyphonie serrée de la partition, en cherchant moins l’illustration que la mise à nu des rapports de domination et de séduction qui traversent l’œuvre. Une avancée majeure pour la visibilité des compositrices Au‑delà du cas d’Antonia Bembo, cette production s’inscrit dans un mouvement plus large des maisons d’opéra, désireuses de rééquilibrer leur programmation en direction de répertoires négligés et, en particulier, des compositrices. Longtemps, les œuvres de ces dernières sont restées dans l’ombre, faute de soutien institutionnel et de diffusion. « Peut‑être que les compositrices ne suscitaient pas le même intérêt qu’aujourd’hui, peut‑être qu’un opéra, c’est lourd à monter et à produire ? », s’interrogeait récemment, sur franceinfo, Mathias Auclair, directeur du département de la musique de la Bibliothèque nationale de France, en rappelant combien il a fallu de temps pour que la partition d’Ercole amante sorte des archives. Voir aujourd’hui cette musique prendre vie sur la grande scène de Bastille, dans une production de grande envergure, est l’un des signes visibles de ce changement de regard. Un impact international et des perspectives prometteuses L’impact de cette redécouverte se mesure déjà à l’international : les premières exécutions en Allemagne et aux États‑Unis ont suscité des comptes rendus élogieux, saluant une écriture dramatique efficace et une inspiration mélodique singulière, entre Italie et France. La production parisienne, en offrant à l’œuvre un écrin scénique et une exposition médiatique sans commune mesure, pourrait contribuer à installer durablement Antonia Bembo dans le paysage baroque, aux côtés des compositeurs traditionnellement programmés. Elle pose aussi, en filigrane, une question plus large : combien de partitions de cette ampleur, écrites par des femmes aux XVIIe et XVIIIe siècles, attendent encore d’être exhumées des bibliothèques pour rejoindre pleinement les scènes ? L’avenir d’Ercole amante et d’Antonia Bembo À l’issue de cette série de représentations de fin de saison, Ercole amante rejoindra les archives de l’Opéra de Paris, aux côtés des grandes productions qui ont jalonné son histoire récente. Mais la trajectoire de cette œuvre, écrite par une compositrice en exil bénéficiant d’une pension royale, puis oubliée pendant trois siècles avant de réapparaître en concerts puis sur scène, laisse entrevoir d’autres prolongements. D’éventuelles reprises dans d’autres maisons, de nouvelles recherches musicologiques, des enregistrements supplémentaires pourraient prolonger cette « résurrection » lyrique. En levant le voile sur le talent d’Antonia Bembo, l’Opéra Bastille ne se contente pas de corriger une injustice de l’histoire musicale : il nourrit un mouvement de fond qui interroge les contours mêmes du répertoire et la place qu’y occupent, ou non, les créatrices d’hier et d’aujourd’hui.
- L’Opéra national de Lorraine mise sur l’équilibre et l’altérité pour sa saison 2026‑2027
À Nancy, l’Opéra national de Lorraine a levé le voile, jeudi 28 mai 2026, sur les grandes lignes de sa saison 2026‑2027 lors d’une conférence de presse organisée dans la capitale meurthe-et-mosellane. Aux côtés des représentants de la Ville, dont l’adjoint délégué à la culture Bertrand Masson, le directeur général et artistique de l’institution, Matthieu Dussouillez, a présenté une programmation qu’il veut résolument pensée autour de l’« altérité » et de l’« équilibre », dans une maison qui affiche par ailleurs des signes encourageants de renouvellement de son public. Selon lui, l’âge moyen des spectateurs se situe désormais à 49 ans et la fréquentation étudiante est en hausse, confirmant, dit-il, « une vraie appétence pour l’opéra » chez les jeunes générations. Une stratégie artistique profondément ancrée Cette nouvelle saison s’inscrit dans la continuité du travail engagé ces dernières années à Nancy pour faire de l’Opéra national de Lorraine un acteur majeur de la vie culturelle régionale et un interlocuteur reconnu sur la scène européenne. Installée sur la place Stanislas, au cœur du centre historique, l’institution bénéficie d’un label national et travaille de longue date en lien étroit avec d’autres structures, comme le CCN – Ballet de Lorraine, également basé à Nancy. Ensemble, elles défendent une ligne artistique qui conjugue grands titres du répertoire lyrique, créations contemporaines, partenariats internationaux et actions de médiation renforcées. Matthieu Dussouillez, qui dirige la maison depuis 2019, revendique une programmation « construite sur l’idée de la rencontre avec l’autre », comme il l’a rappelé dans plusieurs interventions publiques, citée notamment par l’hebdomadaire régional La Semaine. Cette orientation se traduit par une attention portée à la diversité des esthétiques, des époques et des formes scéniques, mais aussi à la place faite à de nouveaux publics, notamment scolaires et étudiants. Cette exigence artistique s’appuie également sur une politique engagée de diversification des talents, donnant la parole à des metteurs en scène et chefs d’orchestre issus de la jeune génération européenne, ce qui favorise un renouvellement des perspectives artistiques au sein de la maison. Le mot d’ordre : l’équilibre Au cœur de la saison 2026‑2027, l’équipe de l’Opéra met en avant un mot d’ordre : l’équilibre. Lors de la présentation nancéienne, Matthieu Dussouillez a insisté sur cet axe structurant, évoquant « l’équilibre entre les esthétiques, entre les genres, entre les siècles, entre l’émergence artistique et l’international ». Concrètement, la saison joue sur plusieurs registres. Elle s’ouvrira avec un grand titre du répertoire, « Otello » de Giuseppe Verdi, dans une coproduction avec l’Opéra national du Rhin et une reprise prévue au Grand Théâtre de Luxembourg, comme l’ont relevé plusieurs médias régionaux. « Otello », œuvre majeure du répertoire romantique italien, est l'occasion pour l'Opéra national de Lorraine d’aborder des thématiques sociétales fortes. Le drame, axé autour du meurtre de Desdémone, sera accompagné d’un important travail de contextualisation, destiné à replacer le récit dans les enjeux contemporains liés à la lutte contre les violences faites aux femmes ainsi qu’à une réflexion approfondie sur les représentations symboliques de la jalousie et du pouvoir. Ces clés de lecture viendront enrichir l'expérience du spectateur et alimenter des débats essentiels pour une meilleure compréhension de l’opéra aujourd’hui. Une saison entre grands classiques et créations novatrices La programmation, qualifiée de « dense » par La Semaine, proposera un savant mélange entre grands classiques et ouvrages plus rares, créations et reprises. L’idée de dialogue entre les siècles se traduit par une palette d’œuvres allant du répertoire romantique et vériste jusqu’à des compositions contemporaines, signées par des jeunes talents de la scène lyrique européenne. Cette dynamique artistique est renforcée par de nouveaux partenariats internationaux. Le réseau de coproducteurs s’étoffe, incluant notamment des collaborations consolidées avec l’Opéra national du Rhin, ainsi que des maisons luxembourgeoises, permettant de porter des projets plus ambitieux tant artistiquement que financièrement. La circulation des productions et des artistes à travers ces collaborations internationales favorise un rayonnement accru de l’Opéra national de Lorraine sur la scène européenne. Une offre diversifiée pour multiplier les publics Au-delà de la seule programmation lyrique, la saison 2026‑2027 intègre également une richesse de concerts, ballets, spectacles destinés au jeune public ainsi que des formats dits « fantaisies », désignant des propositions plus atypiques et expérimentales, mises en avant dans les vidéos de présentation diffusées sur les réseaux sociaux de l’Opéra. Cette diversité vise à toucher une audience plus large, des amateurs d’orchestre symphonique, aux familles cherchant des spectacles accessibles, jusqu’aux curieux intéressés par des démarches artistiques originales. La médiation culturelle constitue un volet essentiel de la saison, avec de nombreuses prestations accompagnées de rencontres avec les artistes, d’introductions musicales ou d’ateliers éducatifs. Ces dispositifs sont conçus pour rendre l’opéra plus accessible et pour encourager un dialogue direct entre le public et les créateurs, renforçant ainsi le lien entre l'institution et ses spectateurs. Un public renouvelé et une politique de démocratisation Une des spécificités mises en avant lors de la présentation est la dynamique de fréquentation, particulièrement marquée par une augmentation notable du public étudiant. Un signe clair, selon Matthieu Dussouillez, que l’opéra ne demeure plus le patrimoine exclusif d’une élite âgée. L’âge moyen du public, actuellement à 49 ans, témoigne d’un rajeunissement progressif, auquel la maison souhaite apporter un nouvel élan. Pour soutenir cette évolution, une politique tarifaire adaptée a été instaurée ainsi que des actions ciblées à destination des moins de 30 ans, relayées notamment au sein des universités et établissements scolaires de l’académie Nancy‑Metz. Le lancement de saison dédié aux enseignants, prévu pour le 10 juin en partenariat avec le rectorat, illustre le travail de fond mené pour favoriser l’intégration de l’opéra dans les cursus scolaires et encourager la venue des classes autour des projets pédagogiques proposés. Un soutien institutionnel et les défis à relever Lors de la conférence, l’adjoint à la culture Bertrand Masson a salué l'exigence artistique et culturelle de l'Opéra national de Lorraine, considérée comme un gage de sa réputation en France et en Europe. Ce soutien s’avère crucial alors que les institutions culturelles doivent composer avec des contraintes budgétaires délicates, tout en adaptant leurs activités aux nouveaux usages culturels et à la transformation des publics. La collaboration entre la municipalité, l’Opéra, le CCN – Ballet de Lorraine, et d’autres partenaires locaux est régulièrement mise en avant comme un levier stratégique pour renforcer l’offre culturelle locale et diversifier les audiences. La saison 2026‑2027 apparaîtra ainsi comme un test important de cette approche collective, avec des enjeux mesurables en termes de fréquentation, de visibilité nationale, et de rayonnement à l’international. Perspectives pour l’avenir En filigrane, la saison 2026‑2027 soulève plusieurs questions cruciales : comment maintenir l’équilibre revendiqué entre grandes œuvres classiques et créations audacieuses, tout en tenant compte des réalités financières et logistiques des coproductions ? Comment seront reçues par le public les initiatives de contextualisation et de sensibilisation autour de chefs-d’œuvre comme « Otello », notamment dans le cadre des débats contemporains sur les représentations du genre et des violences associées ? Le succès de la maison dépendra également de sa capacité à poursuivre le renouvellement de ses publics, en invitant plus de spectateurs à découvrir l’opéra, même ceux qui n’y seraient pas spontanément sensibles, tout en continuant d’offrir une programmation de haute exigence artistique. La saison récemment dévoilée marque un jalon important dans le projet porté par Matthieu Dussouillez et son équipe, alliant fidélité au répertoire, engagement contemporain, et désir d’ouverture vers une société en mouvement.
- À l’Opéra de Paris, une braderie unique pour s’offrir des fragments d’histoire
Du vendredi 29 au dimanche 31 mai 2026, l’Opéra national de Paris ouvre exceptionnellement ses portes au grand public pour une braderie hors du commun, au sein de la salle modulable de l’Opéra Bastille. Pendant trois jours, plus de 5 000 costumes et accessoires issus des riches productions lyriques et chorégraphiques seront proposés à la vente, offrant une occasion rare de s’approprier un morceau tangible de l’histoire du célèbre théâtre parisien. Une plongée au cœur du patrimoine matériel de l’Opéra Chaque saison, les ateliers de l’Opéra produisent environ 4 500 costumes, répartis entre l’Opéra Bastille et le Palais Garnier. Conservés précieusement dans des réserves immenses, plus de 300 000 éléments de costumes témoignent de décennies de créations artistiques. Cette braderie exceptionnelle permet d’ouvrir ces coulisses invisibles au grand public et de faire découvrir le travail minutieux des artisans de la maison, souvent méconnu. Des pièces uniques à petits prix Les visiteurs auront le plaisir de fouiller parmi une multitude de pièces uniques ou en petites séries : robes, vestes, capes brodées, plastrons, coiffes, uniformes, costumes de chœur, ainsi que de nombreux accessoires. Les prix varieront de 2 à 800 euros selon la rareté, la qualité et l’état des pièces, accessibles moyennant une réservation préalable et une entrée modérée autour de dix euros par créneau horaire. La dynamique de vente s’apparente à celle d’un grand marché aux trésors, où la découverte et l’émotion priment sur la compétition. Un regard sur les grandes productions représentées La diversité esthétique est au rendez-vous, grâce à une sélection de costumes issus de mises en scène célèbres de ces dernières décennies. On retrouvera notamment des pièces d’exception provenant d’« Eugène Onéguine » mis en scène par Willy Decker, « Les Capulet et les Montaigu » confié à Robert Carsen, « Eliogabalo » de Thomas Jolly et « Les Indes galantes » sous la direction d’Andrei Șerban. Les amateurs de ballet pourront quant à eux s’émerveiller devant des costumes issus d’« AIR » de Saburo Teshigawara, « Coppélia » de Pierre Lacotte, ou encore « Psyché » d’Alexeï Ratmansky. Un savoir-faire artisanal au service de l’art lyrique L’événement met en lumière le rôle essentiel des ateliers de costumes, où costumiers, modistes, tailleurs, brodeurs et perruquiers transforment les visions des metteurs en scène en œuvres textiles fascinantes. Chaque pièce raconte une histoire unique, reflet d’un travail artisanal minutieux qui participe pleinement à la magie du spectacle vivant. Le costume, un acteur à part entière Au-delà de leur fonction première, ces costumes deviennent des témoins vivants du temps présent et passé de l’Opéra. Pour certains, acquérir un costume signifie prolonger l’émotion d’une soirée inoubliable, pour d’autres, c’est une source d’inspiration créative dans la mode, le théâtre amateur, ou le design d’intérieur. Vers une gestion durable du patrimoine scénique Cette démarche s’inscrit également dans une logique responsable de gestion durable du patrimoine matériel des grandes institutions culturelles. Limiter l’entreposage excessif tout en offrant une nouvelle vie à ces pièces permet de conjuguer conservation, réemploi et accessibilité culturelle. Si la braderie est ponctuelle, elle pourrait ouvrir la voie à d’autres initiatives similaires, renforçant le lien entre l’Opéra et son public. Informations pratiques pour participer à l'événement Pour accéder à cette vente exceptionnelle, les réservations se réalisent sur le site officiel de l’Opéra national de Paris depuis la mi-mai, par créneaux horaires afin d’assurer un confort optimal de visite et une circulation sécurisée. Un réassort sera proposé tout au long du week-end, garantissant un choix renouvelé et une expérience enrichissante même pour les visiteurs des derniers jours. Ce rendez-vous rare donne ainsi une opportunité unique aux passionnés de musique, de mode, et d’histoire culturelle d’acquérir une véritable pièce de patrimoine, en mêlant passion, curiosité et découverte au cœur de l’univers féérique de l’Opéra de Paris.












